CARMAT avance dans sa procédure de redressement judiciaire. Le Tribunal des Activités Économiques de Versailles a validé le plan de cession proposé pour assurer la poursuite de l’activité : la société CARMAT SA sera liquidée, tandis que ses opérations, ses équipes et ses actifs seront transférés à une nouvelle structure, CARMAT SAS. Cette dernière est contrôlée par LOHAS, le véhicule d’investissement lié à Pierre Bastid, président du conseil d’administration et actionnaire de référence.
Cette décision marque un moment crucial pour l’un des projets médicaux les plus ambitieux menés en France, autour d’Aeson®, le premier cœur artificiel total physiologique au monde.
Une reprise structurée autour d’une nouvelle stratégie industrielle
La nouvelle entité CARMAT SAS reprend l’activité opérationnelle dès le 1er décembre 2025. Elle conserve 88 salariés et la quasi-totalité des contrats, tout en déployant une feuille de route recentrée sur trois axes :
- accélération vers le marché nord-américain, où le cœur Aeson® poursuit sa phase d’évaluation clinique ;
- obtention d’une indication de thérapie de destination en Europe, à horizon deux à trois ans, afin d’élargir l’usage du dispositif au-delà du seul pont à la greffe ;
- déploiement commercial plus maîtrisé, avec une réduction de la consommation de trésorerie.
Le plan s’appuie sur un financement global de 110 millions d’euros, dont 30 millions disponibles rapidement. Outre LOHAS, un autre actionnaire historique, Sante Holdings, participera aux premiers apports financiers.
Une issue difficile pour les actionnaires, mais la continuité de l’activité assurée
Si cette reprise garantit la poursuite du développement du cœur artificiel Aeson®, les conséquences financières sont lourdes pour les actionnaires actuels de CARMAT SA. La société annonce qu’une perte totale est “hautement probable”. Les créanciers devraient également subir des pertes significatives.
La liquidation prochaine de CARMAT SA entraînera mécaniquement la radiation du titre d’Euronext Growth, déjà suspendu. À partir du 1er décembre, la nouvelle société opératrice, CARMAT SAS, assure le support clinique et technique des patients porteurs du cœur artificiel.
Un enjeu stratégique pour la souveraineté biomédicale française
CARMAT occupe une place singulière dans le paysage français : alliant innovation médicale, robotique et ingénierie de pointe, la société développe l’un des rares dispositifs au monde capables de remplacer intégralement les ventricules cardiaques.
Aeson® est aujourd’hui la seule solution implantable pulsatile, auto-régulée et hémocompatible, déjà disponible commercialement en Europe dans l’indication de pont à la transplantation. Son succès représente un enjeu de souveraineté technologique, mais aussi sanitaire, face au manque chronique de greffons cardiaques.
La reprise via CARMAT SAS permet de préserver un savoir-faire industriel unique, des capacités de production en région parisienne, ainsi que la continuité des travaux cliniques menés en Europe et aux États-Unis.
Préserver un projet stratégique malgré les turbulences financières
Pour la nouvelle direction, l’objectif est clair : stabiliser la structure, renforcer la visibilité financière et accélérer la trajectoire réglementaire, notamment outre-Atlantique où se joue une partie du futur marché.
Le redémarrage industriel conditionnera la capacité de la France à rester un acteur central du dispositif médical implantable avancé, dans un domaine où très peu d’entreprises disposent d’un niveau de maturité aussi élevé.
Alors que des milliers de patients souffrent chaque année d’insuffisance cardiaque biventriculaire terminale et que les greffons se raréfient, le maintien de CARMAT constitue un enjeu stratégique dépassant le strict périmètre économique.







