Le groupe de gaz industriels dévoile son plan BEYOND jusqu’en 2030 : 24 milliards d’euros de décisions d’investissement et une émission obligataire de 2 milliards d’euros dans la foulée. Explications.
Lundi 5 octobre, Air Liquide a présenté à Paris son plan stratégique BEYOND pour la période 2026-2030, annonçant à cette occasion, pour la première fois de son histoire, un programme de rachat d’actions de 4 milliards d’euros sur 2027 et 2028, selon un communiqué publié par le groupe.
24 milliards d’euros d’investissements industriels d’ici 2030
Le plan succède à ADVANCE (2022-2025). Il fixe une croissance annuelle moyenne du bénéfice net récurrent par action de 10 % (à plus ou moins 2 points), un ROCE récurrent supérieur à 11 % en 2030 hors acquisitions stratégiques, et une croissance annuelle moyenne du chiffre d’affaires de 5 % (à plus ou moins 1 point), soit deux à trois fois la production industrielle d’après le communiqué. La marge opérationnelle doit progresser de 400 à 600 points de base sur la période.
L’allocation de capital dépasse 40 milliards d’euros sur 2026-2030, dont plus de la moitié pour les investissements industriels et les acquisitions ciblées. Les décisions d’investissement industriel représentent environ 24 milliards d’euros. Quant au dividende, le groupe promet une hausse régulière et soutenue, sans chiffrer.
Le président-directeur général, François Jackow, résume l’ambition : « With BEYOND, Air Liquide opens an ambitious new strategic chapter in its profitable growth trajectory » (citation traduite de l’anglais : « Avec BEYOND, Air Liquide ouvre un nouveau chapitre stratégique ambitieux dans sa trajectoire de croissance rentable »).
Électronique, espace, santé et hydrogène : quatre relais de croissance
Le groupe, qui revendique environ 65 000 collaborateurs dans 59 pays et un chiffre d’affaires d’environ 27 milliards d’euros en 2025, cible quatre marchés : l’électronique et l’intelligence artificielle, la transition énergétique, la santé à domicile et le spatial.
Côté énergie, le communiqué cite des technologies brevetées à industrialiser : Cryocap pour la capture du carbone, électrolyseurs PEM, craquage de l’ammoniac et liquéfaction de l’hydrogène. Aucun objectif chiffré propre à l’hydrogène n’est fixé. Les émissions de CO₂ (périmètres 1 et 2) doivent reculer de 33 % en 2035 par rapport à 2020, avec la neutralité carbone visée en 2050.
Jefferies : une marge au-dessus des attentes de 360 points de base
Dans une analyse relayée par Option Finance, le courtier Jefferies maintient sa recommandation à l’achat avec un objectif de cours de 204 euros. Il juge la croissance du bénéfice par action conforme au consensus, mais l’ambition de marge supérieure aux attentes, estimées à environ 360 points de base. Jefferies relève par ailleurs que la direction a historiquement fait preuve de prudence en début de plan avant de relever ses objectifs.
Trois tranches de 2, 5 et 10 ans pour 2 milliards d’euros
Mardi 6 octobre, Air Liquide a annoncé avoir placé avec succès une émission obligataire multi-tranche de 2 milliards d’euros, dans le cadre de son programme EMTN, selon un second communiqué. Les maturités sont de deux, cinq et dix ans. L’opération a été très significativement sursouscrite par les investisseurs, précise le groupe, qui indique un taux moyen pondéré inférieur à 4,00 % par an, couvertures préalables incluses. Le groupe est noté A par S&P et Scope Ratings, et A2 par Moody’s.
Le directeur financier, Jérôme Pelletan, affirme que l’émission « reflects investor confidence in the implementation of our new BEYOND strategic plan for 2030 » (traduit de l’anglais : « reflète la confiance des investisseurs dans la mise en œuvre de notre nouveau plan stratégique BEYOND pour 2030 »). Les fonds serviront aux besoins généraux et au refinancement de dette existante.
Elliott, un tiers de capital détenu par des particuliers
Le plan était attendu dans un contexte particulier. Le Financial Times a révélé en septembre que le fonds activiste américain Elliott détenait une participation dans Air Liquide, rapporte l’AFP, reprise par Connaissance des énergies. Le fonds n’a ni confirmé ni démenti, et sa participation serait inférieure au seuil de 5 % qui impose une déclaration à l’Autorité des marchés financiers.
Pour sa part, Air Liquide a un actionnariat atypique pour un groupe de cette taille : près d’un tiers du capital est détenu par près d’un million d’actionnaires individuels, souligne l’AFP. La direction est en transition, François Jackow pilotant le groupe et Benoît Potier restant président du conseil d’administration.
11 346 salariés en France fin 2025
Sur le plan social, l’AFP indique que les effectifs français du groupe s’élevaient à 11 346 personnes en 2025, contre 11 940 un an plus tôt. La CGT affirme que près de 2 000 emplois ont été supprimés en France depuis 2023, ce que l’agence précise que le groupe n’a pas confirmé. Le communiqué du 5 octobre ne donne aucun chiffre d’emplois, hormis l’effectif mondial.
Le rachat d’actions de 4 milliards d’euros ne sera exécuté qu’en 2027 et 2028. Elliott, lui, n’a formulé publiquement aucune demande, d’après l’AFP.
