Face à l’explosion du coût des catastrophes naturelles en France, cinq poids lourds de l’assurance et de l’ingénierie unissent leurs forces pour créer une plateforme inédite dédiée à la prévention des risques climatiques. Baptisée Geoya, cette « solution de place » ambitionne de transformer en profondeur le modèle assurantiel français.
Une réponse structurée à l’explosion des sinistres climatiques
Generali France, MAIF, Société Générale Assurances, Saretec et Sixense annoncent la création de Geoya, une plateforme consacrée à la prévention des risques climatiques. Une initiative inédite qui rassemble, pour la première fois, des assureurs issus des trois grands modèles du secteur – assurance privée, mutualiste et bancassurance – aux côtés d’un leader de l’expertise post-sinistre et d’un spécialiste de l’ingénierie des infrastructures.
Le contexte est sans appel. Entre 2022 et 2024, les indemnisations liées aux aléas climatiques ont atteint en moyenne 7,16 milliards d’euros par an en France, contre 3,2 milliards d’euros sur la période 2019-2021. Inondations, sécheresses, tempêtes et cyclones se multiplient et s’intensifient. Un Français sur quatre est aujourd’hui exposé à un risque d’inondation, alors qu’à peine une commune sur trois concernée bénéficie d’un Plan de prévention des risques inondation.
Dans ce paysage, la prévention devient un impératif économique. Selon les estimations du secteur, un euro investi en amont permettrait d’éviter jusqu’à huit euros de dommages. Pour les assureurs, il ne s’agit plus seulement d’indemniser, mais de préserver l’assurabilité des biens et des territoires à long terme.
Une plateforme ouverte pour transformer le modèle assurantiel
Geoya se présente comme une « solution de place », destinée à être utilisée par l’ensemble des assureurs du marché, sur la base d’une souscription. L’objectif est clair : structurer à grande échelle une offre homogène de prévention, accessible aux particuliers, aux entreprises, aux collectivités et aux associations.
La plateforme propose un parcours gradué. Les particuliers et petites entreprises peuvent réaliser un autodiagnostic de leur exposition aux risques climatiques, avant d’accéder, si nécessaire, à un diagnostic à distance ou sur site réalisé par un expert. Chaque évaluation débouche sur des recommandations concrètes et une estimation des investissements requis.
Les grandes entreprises et collectivités bénéficient, quant à elles, d’un audit approfondi sur site, assorti d’un plan d’actions sur mesure : étanchéification, rehaussement d’équipements sensibles, protection des ouvertures ou encore coordination des travaux. Geoya prévoit également un accompagnement dans l’accès aux dispositifs publics de financement lorsque ceux-ci sont mobilisables.
Au-delà des parcours dédiés, la plateforme entend intégrer un volet prévention à chaque interaction entre assureur et assuré, qu’il s’agisse d’une visite commerciale ou d’une expertise post-sinistre. L’ambition est d’inscrire la prévention dans une logique d’amélioration continue, transformant chaque contact en opportunité de réduction du risque.
Priorité aux inondations, avant un déploiement élargi
Dans un premier temps, Geoya se concentre sur les inondations, premier poste d’indemnisation des catastrophes naturelles pour les assureurs, avec un coût supérieur à 2 milliards d’euros en 2024. La solution sera d’abord déployée auprès des clients des assureurs fondateurs, avant une ouverture progressive à l’ensemble du marché au cours du premier semestre 2026.
À moyen terme, la plateforme intégrera d’autres aléas majeurs : retrait-gonflement des argiles, grêle, tempêtes. Son ambition à trois ans est de rendre la prévention accessible sur tout le territoire, y compris dans les DROM, et à terme dans d’autres pays européens.
En creux, Geoya marque une évolution stratégique du secteur. En mutualisant données, expertises et capacités d’intervention – 5,4 millions d’assurés pour les trois assureurs fondateurs, 2,6 millions d’expertises capitalisées par Saretec, capacités d’exécution issues du groupe VINCI via Sixense – l’assurance française cherche à passer d’un modèle essentiellement réparateur à un modèle préventif et résilient.
Alors que la soutenabilité du régime des catastrophes naturelles fait régulièrement débat, cette initiative pourrait préfigurer une nouvelle architecture du risque climatique, où la prévention devient le socle d’un pacte renouvelé entre assureurs, assurés et territoires.


