Les députés La France Insoumise (LFI) déposent une proposition de loi pour nationaliser ArcelorMittal

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Le groupe parlementaire de La France Insoumise (LFI) a déposé le 14 octobre 2025 à l’Assemblée nationale une proposition de loi visant à nationaliser ArcelorMittal France. Porté par la députée Aurélie Trouvé, le texte entend répondre à la crise qui frappe la sidérurgie nationale et défendre la souveraineté industrielle du pays.

Une filière stratégique menacée

ArcelorMittal, premier producteur d’acier mondial, emploie près de 15 400 salariés en France, répartis sur une quarantaine de sites, dont les hauts-fourneaux de Dunkerque et de Fos-sur-Mer. Selon les élus insoumis, le groupe aurait engagé depuis plusieurs années un désengagement progressif du territoire français : fermetures d’usines à Reims et Denain, mise à l’arrêt d’un haut-fourneau à Fos, délocalisations de services support vers l’Inde ou la Pologne et suppressions d’emplois dans la maintenance.

Les parlementaires dénoncent également un gel des investissements industriels malgré des aides publiques massives, dont un contrat de 850 millions d’euros destiné à la décarbonation du site de Dunkerque. ArcelorMittal aurait par ailleurs échappé à l’impôt sur les sociétés en France grâce à une stratégie d’optimisation fiscale agressive.

Pour LFI, ces choix menacent directement la filière sidérurgique française et, avec elle, des secteurs essentiels comme l’automobile, la construction navale, le nucléaire, la défense ou le ferroviaire. En l’absence de production nationale, la France serait contrainte d’importer massivement son acier, au risque d’une dépendance accrue et d’une perte de savoir-faire.

La nationalisation comme réponse politique et économique

Face à ce constat, la proposition de loi défend la nationalisation d’ArcelorMittal France comme une mesure « nécessaire, proportionnée et conforme à l’intérêt général ». Elle prévoit le transfert à l’État de l’ensemble des actions du groupe sur la base d’une valorisation moyenne calculée entre octobre 2024 et septembre 2025.

Les contrats de travail seraient intégralement maintenus et la société continuerait d’être régie par le droit commercial. Un administrateur général, nommé par décret, assurerait la transition avant la mise en place d’un nouveau conseil d’administration composé à la fois de représentants de l’État et de salariés.

Pour financer cette opération, le texte propose de créer une taxe additionnelle sur le tabac et d’augmenter temporairement le taux de l’impôt sur les sociétés. Les députés insoumis estiment que cette reprise publique permettrait de sécuriser l’emploi, d’assurer la transition écologique des hauts-fourneaux grâce aux technologies bas carbone et de garantir que les subventions publiques servent à l’investissement industriel plutôt qu’aux actionnaires.

Une bataille symbolique pour la souveraineté industrielle

La France a déjà connu une nationalisation de la sidérurgie entre 1982 et 1995, avant la privatisation d’Usinor et Sacilor qui ont conduit à la création d’Arcelor, puis au rachat par Mittal en 2006. Pour LFI, il s’agit aujourd’hui de renouer avec cette tradition de planification industrielle, adaptée aux enjeux contemporains de transition énergétique et de réindustrialisation.

Le texte souligne que d’autres pays, comme le Royaume-Uni ou le Kazakhstan, ont récemment repris le contrôle de leurs actifs sidérurgiques pour préserver leur autonomie stratégique. Dans le contexte européen marqué par la fin prochaine des quotas carbone gratuits et la hausse des coûts de production, la question de la souveraineté industrielle prend une dimension urgente.

Même si la proposition a peu de chances d’être adoptée dans sa forme actuelle, elle marque un tournant politique. En plaçant la nationalisation d’ArcelorMittal au cœur du débat parlementaire, les députés LFI cherchent à imposer une réflexion de fond : celle d’un État stratège capable de reprendre la main sur les secteurs vitaux à la fois pour l’emploi, l’écologie et l’indépendance nationale.

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