Le groupe informatique français Atos poursuit sa restructuration. Au premier semestre 2025, il enregistre une baisse marquée de ses revenus mais réussit à réduire significativement sa perte nette grâce à un plan rigoureux de réduction des coûts. Tout en confirmant ses objectifs annuels, le groupe se projette vers un redressement progressif de son activité d’ici 2026.
Une activité toujours en recul mais sous contrôle
Sur les six premiers mois de l’année, Atos a généré un chiffre d’affaires de 4,02 milliards d’euros, contre 4,69 milliards un an plus tôt. Cette baisse représente -17,4 % en organique et -19,4 % en données publiées.
La division services, qui représente l’essentiel de l’activité, a réalisé 3,6 milliards d’euros de revenus, en repli de 17,9 % à périmètre et taux de change constants. La France a mieux résisté (-10,8 %), mais les performances ont été nettement plus difficiles en Amérique du Nord (-29 %) et au Royaume-Uni/Irlande (-29 %). La division Eviden, centrée sur les produits technologiques, affiche 417 millions d’euros de chiffre d’affaires, en baisse de 11,9 %.
Malgré ce contexte, le groupe réduit sa perte opérationnelle à 452 millions d’euros, soit -11,3 % du chiffre d’affaires, contre -34,3 % un an plus tôt. La perte nette est ramenée à 696 millions d’euros, contre 1,9 milliard en 2024. Ces résultats traduisent les premiers effets du plan de transformation initié au printemps.
Les effets du plan stratégique de Philippe Salle
Arrivé en février 2025 à la tête d’Atos, Philippe Salle a présenté en mai une feuille de route ambitieuse. Le plan repose sur une rationalisation drastique des coûts et un recentrage sur les activités stratégiques. Les mesures déjà engagées comprennent la réduction des effectifs, la fermeture de filiales non stratégiques et des désengagements dans certains pays.
Au premier semestre, les coûts de réorganisation se sont élevés à 355 millions d’euros, contre 60 millions un an plus tôt, preuve de l’accélération des restructurations. Le groupe a quitté un pays d’Amérique latine et prévoit de céder ses activités dans 15 à 20 pays jugés secondaires.
En parallèle, Atos a signé un accord avec l’État français pour la cession de sa division Advanced Computing, qui regroupe les supercalculateurs de dissuasion nucléaire et les technologies de calcul haute performance, quantique et d’intelligence artificielle. La transaction, d’une valeur de 410 millions d’euros, devrait être finalisée au premier semestre 2026.
Le groupe a en revanche suspendu la vente de sa branche Mission Critical Systems, qui fournit des solutions de communication sécurisée pour les armées, afin de profiter de l’augmentation des dépenses de défense en Europe.
Des finances assainies et des perspectives confirmées
Atos poursuit son désendettement : la dette nette est passée de 4,22 milliards d’euros en 2024 à 1,68 milliard fin juin 2025. La marge opérationnelle s’améliore à 2,8 % contre 2 % un an plus tôt.
Malgré le recul du chiffre d’affaires, le groupe confirme ses objectifs pour 2025 :
- un revenu annuel d’environ 8,5 milliards d’euros,
- une marge opérationnelle autour de 4 %,
- une variation nette de trésorerie avant remboursement de la dette de -350 millions d’euros.
À horizon 2028, Atos vise un chiffre d’affaires de 10 milliards d’euros et une marge opérationnelle de 10 %. Selon Philippe Salle, le “redémarrage” des revenus est attendu dès le quatrième trimestre 2025, tandis que la transformation sera menée jusqu’en 2026.

Une entreprise en quête de stabilité durable
Après avoir traversé une période de turbulences marquée par des pertes abyssales et une procédure de sauvegarde accélérée fin 2024, Atos veut désormais retrouver une trajectoire de croissance. Le recentrage stratégique, les cessions d’actifs et la baisse de la dette devraient permettre de redonner confiance aux investisseurs et aux clients.
Le groupe, qui emploie 70 000 salariés, veut également tirer parti de nouvelles opportunités liées à la cybersécurité et au numérique souverain. L’expérience acquise lors des Jeux Olympiques de Paris 2024, où Atos était responsable de la cybersécurité, conforte son positionnement sur des marchés en forte demande.
“L’entreprise est en train de reprendre des couleurs”, a assuré Philippe Salle lors de la présentation des résultats, soulignant que les efforts actuels préparent un rebond durable.
Que retenir pour les investisseurs d’Atos en Bourse ?
L’action Atos a fortement souffert des incertitudes liées à sa restructuration et à sa dette. Les résultats du premier semestre montrent cependant une amélioration nette de la rentabilité et une réduction substantielle de l’endettement.
Pour les investisseurs, les points à surveiller dans les prochains trimestres sont :
- la confirmation du rebond du chiffre d’affaires attendu fin 2025,
- la finalisation de la cession de la division Advanced Computing à l’État,
- l’évolution des activités sensibles comme Mission Critical Systems dans le contexte géopolitique actuel,
- la capacité du groupe à maintenir une trajectoire de désendettement rapide.
Si les objectifs financiers 2025 (8,5 milliards de revenus et 4 % de marge opérationnelle) sont atteints, Atos pourrait regagner en crédibilité auprès des marchés et renouer progressivement avec une valorisation plus en ligne avec son potentiel. D’autre part, l’Etat semble avoir fait d’Atos un enjeu de souveraineté nationale, comme nous le détaillions dans cet article.

