TotalEnergies : l’Europe dépendra encore des énergies fossiles pour 60 % de son énergie primaire en 2035

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TotalEnergies publie lundi 2 novembre la huitième édition de son « Energy Outlook », qui dessine trois scénarios énergétiques jusqu’en 2060 et place la crise du détroit d’Ormuz au cœur de l’équation. Lecture.

Paris, lundi 2 novembre. TotalEnergies publie la huitième édition de son « TotalEnergies Energy Outlook », un état des lieux du système énergétique mondial assorti de scénarios d’évolution à l’horizon 2060, apprend-on dans un communiqué du groupe. La compagnie présente l’exercice comme une contribution « au débat public sur la transition énergétique ».

Les 2 100 milliards de dollars du bas carbone et la Chine en tête de peloton

Le document part d’un constat : toutes les sources d’énergie, du charbon au renouvelable, voient encore leur demande croître. Mais le rythme de progression des énergies fossiles et des émissions associées ralentit, alors que la croissance économique mondiale se maintient au-dessus de 3 %. Pour TotalEnergies, c’est le signe d’un système qui a démarré sa transition, puisqu’il consomme moins d’énergie et émet moins de CO2 pour une même richesse créée.

Les investissements dans les énergies bas carbone, usages finaux et électrification de la demande compris, ont quasiment doublé, passant de 1 200 milliards de dollars en 2015 à 2 100 milliards en 2025, précise le communiqué. La Chine en est le principal acteur : elle accueille environ 60 % des additions de panneaux solaires, 70 % des éoliennes et 60 % des ventes de voitures électriques, et exporte largement ses technologies « vertes ». En 2025, l’augmentation de la demande d’électricité a été entièrement satisfaite par de nouvelles sources bas carbone.

Ormuz, deuxième test de résilience après l’Ukraine

Le groupe consacre un développement à la crise du détroit d’Ormuz en 2026, qui, après la crise ukrainienne de 2022, teste la résilience du système. Selon le communiqué, elle met en avant la sécurité d’approvisionnement, qui passe par la promotion des énergies locales (renouvelables, biocarburants), par la diversification des sources et par le stockage des énergies fossiles. TotalEnergies observe aussi, depuis le deuxième trimestre 2026, une accélération des ventes de voitures électriques en Asie, en Amérique latine et en Europe, ainsi qu’un relèvement des exigences d’incorporation de biocarburants.

Aurélien Hamelle, directeur général Strategy & Sustainability, résume : « Le système énergétique mondial continue à évoluer sur une ligne de crête, entre des enjeux de résilience et de souveraineté une nouvelle fois mis en exergue par la crise au Moyen-Orient et une transition qui se poursuit. » Il ajoute que ces tendances « ne laissent pas augurer d’une accélération suffisante pour atteindre l’objectif de contenir le réchauffement sous 2 degrés ».

Le sujet est familier du groupe. Dans ses résultats du troisième trimestre, publiés le 29 octobre, le raffinage avait précisément fait la différence.

Trends, Momentum, Rupture : de +2,6 °C à +1,8 °C en 2100

TotalEnergies met à jour trois scénarios, qui diffèrent par l’ambition climatique des États et leur niveau de coopération.

Le scénario Trends prolonge les politiques publiques actuelles. Les contraintes d’infrastructure, notamment sur les réseaux électriques, les tensions géopolitiques et les coûts freinent le déploiement des technologies bas carbone. Les pays de l’OCDE n’atteignent pas la neutralité carbone en 2050, la Chine s’en approche en 2060. La demande de produits pétroliers se stabilise dans les années 2030 avant une lente décrue, celle de gaz progresse jusqu’aux années 2040. Hausse de température estimée : entre +2,6 °C et +2,8 °C d’ici 2100.

Le scénario Momentum, plus volontariste, suppose une OCDE proche de la neutralité en 2050, un quasi-abandon du charbon dans ces pays et le gaz comme énergie de transition. Les fossiles couvrent encore la moitié de la croissance de la demande en Inde et dans le reste du monde, faute d’investissements bas carbone suffisants. Résultat : entre +2,3 °C et +2,4 °C.

Le scénario Rupture, construit à partir d’un point d’arrivée en 2050 compatible avec l’Accord de Paris, conduit à +1,8 °C à +1,9 °C. Sa réalisation « semble à l’heure actuelle hors de portée », juge le groupe, car elle supposerait une coopération multilatérale considérablement renforcée.

Washington au schiste, Pékin « électro-puissance », Bruxelles sur la ligne de crête

Le communiqué décrit des trajectoires régionales de plus en plus différenciées. Les États-Unis, exportateur net de gaz depuis 2017 et de produits pétroliers depuis 2020, resteraient le premier exportateur mondial de GNL, avec des énergies fossiles domestiques représentant environ 60 % de l’énergie primaire en 2060, contre 80 % aujourd’hui.

La Chine devient pour sa part une « électro-puissance » : la part du charbon dans son énergie primaire passerait d’environ 60 % en 2025 à environ 25 % en 2060, celle des produits pétroliers d’environ 20 % à environ 10 %.

Quant à l’Union européenne, elle « fait la course en tête » dans la réduction des émissions, mais doit investir massivement dans ses réseaux électriques et concilier compétitivité industrielle et réticences de la population face aux surcoûts de la décarbonation. Les énergies fossiles y représenteront encore environ 60 % de l’énergie primaire en 2035.

Aurélien Hamelle anticipe « des trajectoires énergétiques de plus en plus différenciées par région » : les producteurs continueront d’utiliser leurs ressources domestiques, « pétrole et gaz pour les Etats Unis, charbon pour la Chine, l’Inde et les autres pays asiatiques ». L’Europe, elle, « recherchera un équilibre entre préservation d’objectifs climatiques ambitieux, compétitivité de son industrie et financement des investissements nécessaires à la transition et à la sécurité énergétique ».

Le groupe renvoie à une présentation détaillée en PDF pour les hypothèses de chaque scénario.

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