Réunis dimanche 25 et lundi 26 octobre à Giżycko, en Pologne, les ministres délégués chargés des Affaires européennes allemand, français et polonais ont adopté une déclaration conjointe, publiée mardi 27 octobre. Elle lie le renforcement de l’industrie de défense européenne au prochain cadre financier pluriannuel, alors que la négociation du budget 2028-2034 entre dans sa dernière ligne droite. Explications.
Gunther Krichbaum pour l’Allemagne, Benjamin Haddad pour la France et Ignacy Niemczycki pour la Pologne, ministres délégués chargés des Affaires européennes du Triangle de Weimar, se sont retrouvés dimanche 25 et lundi 26 octobre à Giżycko, dans la voïvodie de Varmie-Mazurie. Leur déclaration conjointe a été mise en ligne mardi 27 octobre par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.
Le lieu n’a rien d’anodin. La région, précise le texte, est celle « qui jouxte l’oblast russe de Kaliningrad ». Les trois ministres y soulignent que « Ces régions sont confrontées à des problématiques importantes en matière de sécurité et d’économie », qu’ils rattachent à la stratégie hostile de Moscou.
Kaliningrad à l’horizon, la Russie désignée « plus grande menace »
Le cœur de la déclaration porte sur la sécurité. Les signataires estiment qu’à court terme, « la Russie demeure la plus grande menace pesant sur la sécurité euro-atlantique ». Ils s’engagent à renforcer le flanc est de l’Union européenne et de l’Otan, et à garantir la sécurité de toutes les frontières terrestres, aériennes et maritimes.
Le texte va plus loin sur le terrain de l’autonomie. « L’Europe doit assumer une plus grande responsabilité en ce qui concerne sa propre défense », affirment les trois ministres, qui plaident pour une action européenne autonome et coordonnée. Un discours que les Vingt-Sept avaient déjà décliné lors du dernier sommet de Bruxelles, où le Conseil européen a dressé le bilan de la défense, drones et flanc Est en tête.
SAFE, EDIP et cadre financier : trois guichets pour l’industrie de défense
C’est sur le volet industriel que la déclaration rejoint le terrain économique. Berlin, Paris et Varsovie disent soutenir le développement d’« une base industrielle et technologique de défense européenne plus solide et plus compétitive ». Pour y parvenir, ils citent trois instruments : « l’instrument « Agir pour la sécurité de l’Europe » », connu sous l’acronyme SAFE, « le programme pour l’industrie européenne de la défense », dit EDIP, et « le prochain cadre financier pluriannuel ».
La déclaration ne chiffre en revanche aucun montant ni aucune échéance pour ces trois programmes. Elle ne nomme pas non plus de pays candidat lorsqu’elle évoque l’élargissement.
Par ailleurs, les ministres disent s’appuyer sur la déclaration de leurs homologues des Affaires étrangères du 3 septembre. Ils ont passé en revue le soutien à l’Ukraine, la lutte contre les « activités de manipulation de l’information et d’ingérence menées depuis l’étranger », l’élargissement, le cadre financier pluriannuel, ainsi que la compétitivité et l’industrie.
1 622 milliards d’euros sur la table de la présidence irlandaise
L’allusion au budget européen tombe à un moment sensible. Selon Touteleurope.eu, dans un article du 12 octobre, la présidence irlandaise du Conseil propose de ramener l’enveloppe 2028-2034 à 1 622 milliards d’euros en prix constants de 2025, soit environ 1 825 milliards en euros courants. Le compromis représente « 141 milliards d’euros d’économies en prix 2025 », une baisse de 8 % par rapport au projet de la Commission européenne.
Le poste qui intéresse directement l’industrie de défense est le plus touché. Toujours selon Touteleurope.eu, les programmes liés à la compétitivité, à la recherche, à la défense et à la sécurité « reculeraient de 13 %, à 456 milliards d’euros ». Les crédits de la cohésion, de l’agriculture et de la pêche, eux, ne baisseraient que de 3 %, « pour atteindre 914 milliards d’euros à prix constant 2025 ». L’action extérieure perdrait 17 %, à 157 milliards d’euros.
Berlin chef de file des « frugaux », Paris arc-boutée sur la PAC
Au sein même du Triangle de Weimar, les positions de départ divergent. D’après Agra, l’Allemagne est « le chef de file des pays dits frugaux », aux côtés de l’Autriche, du Danemark, de la Finlande, des Pays-Bas et de la Suède. Ce groupe réclame une baisse du budget européen de « plusieurs centaines de milliards d’euros ». En face, dix-sept pays du Sud et de l’Est forment le bloc des « amis de la cohésion ».
Quant à la France, elle n’a pas signé la déclaration du 18 juin portée par l’Italie et la Roumanie, rappelle Touteleurope.eu. Paris refuse toute réduction de la politique agricole commune et soutient un budget qui finance la compétitivité, l’innovation et la défense.
La déclaration de Giżycko se garde de trancher. Elle ne mentionne ni enveloppe globale, ni ventilation, ni ressources propres. Les trois ministres se bornent à promettre de poursuivre leur travail commun « dans un esprit de confiance mutuelle et d’engagement commun en faveur d’une Europe forte et sûre ».
Un accord politique visé d’ici la fin de l’année
Le calendrier, lui, est serré. Les chefs d’État et de gouvernement se sont saisis du dossier lors du Conseil européen des 15 et 16 octobre, et l’objectif affiché reste un accord politique d’ici la fin de l’année, pour une entrée en vigueur du budget en 2028, selon Touteleurope.eu.
Thomas Byrne, ministre d’État irlandais aux Affaires européennes, avait prévenu début octobre, cité par Agra, que les Vingt-Sept et le Parlement européen, dont l’approbation est également requise, ne seraient pas tous servis : « Nous ne pouvons donc pas satisfaire tout le monde ». Le Triangle de Weimar, qui fête ses 35 ans, en offre déjà une petite démonstration.
