Safran Reosc a annoncé mardi 6 octobre vouloir capitaliser sur le chantier du Extremely Large Telescope pour monter en cadence sur les équipements optiques spatiaux et de défense. Explications.
La filiale de Safran Electronics & Defense a indiqué mardi 6 octobre, dans un communiqué publié depuis Poitiers, qu’elle s’appuyait sur la production des miroirs du télescope géant de l’Observatoire européen austral (ESO) pour accroître sa production d’instruments optiques destinés à l’espace et à la défense.
931 segments en ZERODUR à Poitiers, fin de production prévue d’ici fin 2026
Le contrat, attribué par l’ESO en 2017, porte sur le miroir primaire (M1) de l’Extremely Large Telescope (ELT), en cours d’installation au Chili. Safran Reosc produit pour ce miroir 931 segments hexagonaux en vitrocéramique ZERODUR, de 1,5 mètre de diamètre chacun. Parmi eux, 798 segments composent le miroir de 39 mètres de diamètre et 133 servent de pièces de rechange.
L’achèvement de la production de ces 931 segments à Poitiers est annoncé d’ici fin 2026. Le contrat entre ainsi dans sa phase finale, précise le communiqué. Safran Reosc fabrique par ailleurs les quatre autres miroirs du télescope sur son site de Saint-Pierre-du-Perray, en Essonne.
Selon le communiqué, l’ELT sera 20 fois plus puissant que le Very Large Telescope de l’ESO, mis en service au début des années 2000.
Un bâtiment de 5 000 m² modernisé pour 30 M€, inauguré en 2020
Pour tenir ce programme, Safran a investi 30 M€ dans la modernisation d’un bâtiment dédié de 5 000 m² à Poitiers, inauguré en 2020. Le site est présenté comme une usine « Industrie 4.0 ». Le communiqué décrit une ligne de production entièrement automatisée, associant polissage par faisceau d’ions sans contact, métrologie numérique et traçabilité par puces RFID.
Le contrat couvre le polissage à l’échelle du nanomètre, l’intégration mécatronique et les tests de l’ensemble des segments.
JIM Compact et autodirecteurs de missiles : l’optique militaire en ligne de mire
C’est sur ce socle industriel que Safran Reosc compte désormais s’appuyer. Dans le domaine de la défense, la montée en production doit concerner notamment les jumelles infrarouges multifonctions JIM Compact et les autodirecteurs de missiles, indique le communiqué. Dans l’espace, l’entreprise vise la production en série d’instruments optiques (grands miroirs, filtres, lentilles) pour le marché des constellations.
Le communiqué ne chiffre ni la capacité annuelle visée, ni le nombre d’emplois concernés, ni les commandes de défense associées. Il ne cite aucun client pour ces nouveaux volumes.
Aurélie Girou : « un formidable socle » pour le New Space
La présidente de Safran Reosc, Aurélie Girou, se félicite de cette étape dans le communiqué. « La réalisation de ce miroir primaire pour l’astronomie est une grande fierté pour nos équipes », déclare-t-elle.
Elle estime que ce travail permet de transformer un « savoir-faire historique » en filière industrielle, évoquant dix années d’innovations et d’engagement. Elle souligne le rôle des équipes des sites de Poitiers et de Saint-Pierre-du-Perray, dont la « réussite » constitue selon elle, un « formidable socle pour poursuivre nos ambitions sur le marché du ‘New Space’ ». Elle vise en particulier les constellations et les satellites d’observation souverains.
La dirigeante ne détaille pas à quel horizon ces ambitions doivent se traduire en production. Le communiqué n’indique pas non plus ce qu’il adviendra de la ligne de Poitiers une fois le dernier segment de l’ELT livré à l’ESO, fin 2026.
