L’inflation française a bondi à 3,0 % sur un an en septembre 2026, contre 2,4 % en août, selon l’estimation provisoire publiée par l’Insee le 30 septembre. Ce chiffre, supérieur aux 2,8 % attendus par les économistes, relance mécaniquement le débat sur le prochain taux du Livret A, produit d’épargne dont les encours financent en grande partie le logement social et la rénovation énergétique en France.
Une inflation tirée par l’énergie
Selon l’Insee, les prix de l’énergie ont progressé de 21,2 % sur un an en septembre, après 16,7 % en août, sous l’effet des produits pétroliers et du gaz. Les prix de l’alimentation fraîche ont augmenté de 9,9 % (contre 5,9 % le mois précédent), tandis que l’inflation des services est montée à 2,2 % (1,9 % en août). Les produits manufacturés restent en légère baisse (-0,3 %) et le tabac progresse de 3,3 %. Sur un mois, les prix ont reculé de 0,3 %, en raison de baisses saisonnières dans les services. L’indice des prix à la consommation harmonisé, référence européenne, atteint 3,4 % sur un an, contre 2,6 % en août.
Les commentaires de marché relient cette accélération au conflit en Iran et au blocage du détroit d’Ormuz survenu fin février, qui pèsent sur les cours de l’énergie et des matières premières dans toute la zone euro. L’Insee précise que ces données sont provisoires : les résultats définitifs seront publiés le 15 octobre 2026.
Comment le taux du Livret A est fixé
Le taux du Livret A repose sur une formule légale : la moyenne entre le taux interbancaire à court terme €STR et l’inflation hors tabac, calculées sur six mois, arrondie au dixième de point inférieur ou supérieur, avec un plancher de 0,50 %. Le gouverneur de la Banque de France propose un taux, que le gouvernement peut ensuite suivre ou ajuster.
Lors de la dernière révision, le 15 juillet 2026, la Banque de France avait retenu une inflation hors tabac de 1,52 % et un €STR moyen de 1,95 % sur le premier semestre, ce qui a conduit à un Livret A à 1,7 % à compter du 1er août (contre 1,5 % auparavant). Le LEP a été maintenu à 2,5 %, alors que la formule aurait donné 2,2 %.
Vers 2,0 % ou plus en février 2027
Selon l’analyse de Selectra, l’inflation hors tabac ressort à 2,1 % en juillet et 2,3 % en août, tandis que l’€STR est monté à 2,44 % après un relèvement des taux directeurs de la BCE à 2,50 % en septembre. Dans ces conditions, le Livret A pourrait être porté entre 2,0 % et 2,5 % lors de la prochaine révision, qui interviendrait au 1er février 2027 après un calcul final de la Banque de France le 15 janvier. Toujours selon Selectra, même un repli de l’inflation vers 1,5 % laisserait la formule autour de 2,0 % en raison du niveau élevé des taux de la BCE.
Pour un épargnant, l’écart est concret : sur 10 000 euros, passer de 1,7 % à 2,3 % représente 33 à 66 euros d’intérêts supplémentaires par an, selon les calculs de Selectra. Certains sites spécialisés évoquent aussi un taux théorique de 2,0 % dès le 15 octobre ; les sources divergent sur ce calendrier, et seule la décision officielle fera foi.
Un enjeu de souveraineté financière
Au-delà du rendement, le Livret A est un instrument de financement national. Les dépôts sont en grande partie centralisés à la Caisse des Dépôts, qui les transforme en prêts de long terme aux bailleurs sociaux et aux collectivités. La Banque de France indiquait en juillet que les nouveaux prêts de 2025 ont atteint 22,9 milliards d’euros pour le logement social et la rénovation énergétique. Cette épargne domestique, stable et réglementée, permet de financer des priorités publiques sans dépendre des marchés internationaux ni de capitaux étrangers.
La hausse de l’inflation pose toutefois une double équation. Pour les ménages, elle érode le pouvoir d’achat de l’épargne tant que le taux reste inférieur aux prix. Pour la puissance publique, elle renchérit le coût de cette ressource, au moment où le projet de loi de finances 2027, présenté le 1er octobre, vise un déficit de 5 % du PIB et où la charge de la dette augmente d’une dizaine de milliards d’euros par an. Un Livret A mieux rémunéré peut aussi concurrencer d’autres supports d’épargne, comme l’assurance-vie ou les fonds destinés aux entreprises, que les pouvoirs publics cherchent par ailleurs à orienter vers le financement de l’économie productive.
Ce qu’il faut surveiller
Trois rendez-vous comptent désormais : la publication de l’inflation définitive le 15 octobre, la communication des chiffres de collecte du Livret A et du LDDS pour septembre, et la proposition du gouverneur de la Banque de France en janvier 2027. Entre-temps, l’évolution des cours de l’énergie, liée à la situation dans le Golfe, restera le facteur déterminant : un apaisement à Ormuz ralentirait l’inflation, alors qu’une nouvelle escalade pousserait la formule vers le haut.
Pour Refrance, l’enseignement est clair : l’épargne réglementée française reste un levier de souveraineté économique, mais sa rémunération dépend de plus en plus de chocs externes, énergétiques et monétaires, sur lesquels Paris a peu de prise.
