Lundi 28 septembre, les promoteurs britanniques ont bondi à la Bourse de Londres après l’annonce d’un nouveau dispositif d’aide aux primo-accédants. Quelques semaines plus tôt, la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI) publiait pour la France le pire trimestre de son histoire. Deux marchés, deux réponses publiques : la comparaison éclaire les limites de la politique française du logement neuf.
Londres : un prêt en fonds propres garanti par l’État
Le gouvernement britannique a confirmé qu’il présenterait, dans le budget du mois prochain, un programme baptisé « Your First Home ». Selon les informations relayées par Investing.com, il permet à un primo-accédant d’acheter un logement neuf auprès d’un promoteur agréé avec seulement 2,5 % d’apport. L’État garantit un prêt en fonds propres couvrant 20 % du prix d’achat, assorti d’une période initiale sans intérêts. Le mécanisme réduit sensiblement la mensualité par rapport à un crédit à 95 % de la valeur du bien.
Des plafonds de revenus et de prix locaux sont prévus pour cibler les ménages les plus en difficulté. Les promoteurs participants devront eux-mêmes contribuer au financement du dispositif. Les détails restent à préciser lors du budget.
La réaction des marchés a été immédiate : Berkeley Group, Persimmon, Barratt Redrow, Taylor Wimpey, Bellway, Vistry et Crest Nicholson ont gagné entre 3 % et 14,5 % lundi, d’après la même source. Le gouvernement justifie sa décision par les vents contraires de l’économie internationale et la hausse des coûts de construction, qui pèsent sur le marché du neuf.
Paris : un marché du neuf en chute libre
En France, le tableau est nettement plus sombre. Dans son bilan du deuxième trimestre 2026, publié le 10 septembre, la FPI recense 19 356 réservations, soit 23,6 % de moins qu’un an plus tôt. Au premier semestre, les ventes passent sous la barre des 40 000 logements, du jamais vu, avec un recul de 18,3 % sur un an.
Les ventes en bloc aux investisseurs institutionnels et aux opérateurs s’effondrent de 40,8 % sur un an, à 5 162 logements. Elles ne représentent plus que 27 % des ventes totales, alors qu’elles jouaient jusqu’ici un rôle d’amortisseur. Les achats de particuliers reculent de 11,3 %, et ceux des propriétaires occupants de 17,9 %, à 9 267 réservations. Seuls les investisseurs individuels progressent (+13,4 %, à 3 427 logements), mais depuis un niveau historiquement bas, avec des résultats jugés modestes pour le dispositif d’aide Jeanbrun en vigueur depuis le 21 février 2026.
Les mises en vente ne suivent pas non plus : 18 740 logements, en baisse de 17,9 % sur le trimestre. Les prix, eux, résistent. Le prix moyen des appartements reste supérieur à 5 000 euros le mètre carré, un niveau que la fédération attribue à des coûts de production qui ne baissent pas malgré l’effondrement des volumes.
Un diagnostic partagé, des réponses différentes
Le président de la FPI, Pascal Boulanger, décrit un secteur au plus bas. Il met en cause la stagnation du PIB, des taux de crédit autour de 3,16 %, les tensions géopolitiques et l’incertitude politique entourant le budget 2027 et l’élection présidentielle. Sa demande est claire : « Le gouvernement doit absolument renforcer le statut du bailleur privé pour atteindre nos objectifs communs. Nous en sommes encore loin. »
Les deux pays partagent un diagnostic : des coûts de construction élevés, des acheteurs privés de capacité d’emprunt et un secteur qui dépend d’un soutien public pour écouler ses programmes. Londres a choisi un outil ciblé sur la demande, adossé à une garantie d’État et à une participation des promoteurs. Paris, de son côté, a d’abord misé sur un dispositif fiscal destiné aux investisseurs locatifs, dont l’effet reste pour l’instant limité, alors que la demande des propriétaires occupants, elle, continue de reculer.
L’enjeu de souveraineté : produire des logements sans dépendre des seuls marchés
Pour un média centré sur la souveraineté économique, l’enjeu dépasse la conjoncture. Le logement neuf est un pilier de l’activité de la construction, avec ses emplois locaux non délocalisables, ses filières de matériaux et sa capacité à répondre à un besoin social de premier ordre. Quand les ventes en bloc s’évaporent et que les particuliers renoncent, c’est toute la chaîne, du foncier aux artisans, qui se contracte, et les permis d’aujourd’hui préparent la pénurie de demain.
La réaction boursière britannique montre aussi la sensibilité des promoteurs cotés à l’annonce publique. Un signal clair de l’État, ici financé en partie par les promoteurs eux-mêmes, suffit à rétablir la confiance des investisseurs. En France, l’attente du budget 2027 et de l’échéance présidentielle entretient au contraire l’attentisme des ménages comme des institutionnels.
