Duralex : trois repreneurs, dont un fonds basé à Hong Kong, se disputent la verrerie française

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La célèbre verrerie Duralex traverse son cinquième redressement judiciaire en un peu plus de vingt ans. Réunis le 17 septembre devant le tribunal de commerce d’Orléans, trois candidats repreneurs, deux industriels français et une société enregistrée à Hong Kong, se disputent désormais le contrôle d’une marque devenue symbole du « fabriqué en France ».

Fondée en 1945 à La Chapelle-Saint-Mesmin, près d’Orléans, Duralex a bâti sa notoriété sur le verre trempé et ses gobelets increvables présents dans les cantines et les foyers français depuis trois générations. Un patrimoine industriel que la fragilité financière récurrente de l’entreprise met pourtant régulièrement en péril.

Une reprise coopérative de courte durée

En juillet 2024, les salariés avaient repris l’entreprise sous forme de société coopérative et participative (SCOP), un projet porté par une mobilisation citoyenne : une campagne de financement participatif avait permis de réunir 7 millions d’euros, pour un besoin initial évalué à 15 millions. Moins de deux ans plus tard, la verrerie s’est retrouvée de nouveau en redressement judiciaire, placée sous cette procédure depuis le 1er juin 2026.

Interrogé au Sénat, l’élu du Loiret Hugues Saury a pointé des difficultés de trésorerie liées à la volatilité des prix de l’énergie, à la hausse du coût des matières premières et à des besoins d’investissements industriels non couverts. Le gouvernement a répondu s’engager à une mobilisation aux côtés de l’administrateur judiciaire et des collectivités locales, avec un accompagnement possible si un projet de reprise crédible se dégage.

Trois offres, trois visions industrielles

La date limite de dépôt des offres, fixée au 11 septembre à midi, a permis d’identifier trois candidats. Cédric Meston, ancien consultant chez McKinsey âgé de 32 ans, s’est fait une spécialité des reprises d’entreprises en difficulté via sa holding Tomé : il a déjà repris Tupperware France en 2025, ainsi que HappyVore, Bluedigo et Black Star. Son offre promet le maintien du site industriel et un réinvestissement significatif, financé par des investisseurs privés, avec environ 155 postes conservés sur les 220 concernés, soit 70 suppressions.

Le groupe Carlesimo, entreprise métallurgique de Saint-Étienne dirigée par Jonathan Carlesimo, 30 ans, s’était déjà porté candidat lors du précédent redressement de 2024. Son projet actuel prévoit le maintien d’environ 125 emplois, impliquant une centaine de suppressions de postes.

Le troisième dossier, celui d’AA Investments, se distingue par la nature de ses capitaux. La société est enregistrée à Hong Kong et détenue par l’homme d’affaires français Morteza Goshayeshi et sa famille, actifs dans la commercialisation internationale de produits de beauté, de parfums et de biens de grande consommation. Ce groupe a récemment acquis l’enseigne de décoration Bouchara. Son offre pour Duralex ne prévoirait, selon les informations disponibles, quasiment aucun maintien d’emploi sur le site.

Le tribunal fixe un calendrier, sans trancher

L’audience du 17 septembre au tribunal de commerce d’Orléans n’a pas désigné de repreneur : elle a permis de fixer le calendrier d’examen des trois offres. Une nouvelle audience est attendue le 12 octobre pour poursuivre l’instruction du dossier. Du côté des salariés, l’inquiétude domine. Pascal Colichet, employé du site, s’interroge sur la viabilité industrielle d’un scénario à deux lignes de production amputées de 70 postes. Pour la CGT du Loiret, représentée par Pascal Sudre, aucune suppression d’emploi n’est acceptable : « S’il n’y avait que 70 licenciements, ce serait 70 de trop », a-t-il averti, annonçant une mobilisation pour défendre l’intégralité des postes.

Un cas d’école pour la souveraineté industrielle française

Au-delà du sort d’un site et de ses salariés, le dossier Duralex illustre une tension récurrente dans le tissu industriel français : la difficulté à stabiliser durablement des sites patrimoniaux exposés aux chocs énergétiques et matières premières, même après un sauvetage porté par les salariés eux-mêmes et par l’épargne citoyenne. La confrontation entre deux repreneurs industriels français, engagés sur le maintien de l’outil de production, et un véhicule d’investissement domicilié à Hong Kong, pose la question du type de capital appelé à consolider des actifs industriels jugés stratégiques pour l’image économique du pays. Que la structure hongkongaise soit in fine contrôlée par un entrepreneur français ne dissipe pas entièrement cette question : elle témoigne de la facilité avec laquelle des actifs industriels symboliques peuvent être approchés via des montages financiers extraterritoriaux, loin des standards de transparence et de gouvernance généralement attendus pour la reprise d’une entreprise employant plusieurs centaines de salariés en France.

Le précédent de 2024, où la mobilisation citoyenne avait permis un temps de maintenir l’ancrage français et coopératif de la marque, montre aussi les limites d’un modèle de sauvetage reposant sur la seule solidarité territoriale face à des difficultés structurelles de compétitivité énergétique. L’issue de l’audience du 12 octobre déterminera si Duralex reste, pour les décennies à venir, un fabricant piloté depuis la France ou si son destin industriel se décide ailleurs.

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