Airbus prêt à céder ses activités spatiales américaines pour bâtir le champion satellite européen

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Airbus a entamé une réflexion stratégique majeure : céder une partie significative de ses activités spatiales aux États-Unis afin de concentrer ses forces sur la construction d’un acteur européen dominant dans le secteur des satellites. Révélée fin août par le Financial Times et confirmée dans la presse spécialisée, cette manœuvre s’inscrit dans un contexte de pertes financières lourdes pour la division spatiale du groupe et de course à la souveraineté technologique face à SpaceX et aux acteurs chinois.

Une usine en Floride et une gamme de satellites sur le marché

Selon les informations disponibles, le groupe européen sonde des acquéreurs potentiels pour trois actifs américains : l’usine de fabrication de satellites de Merritt Island, en Floride, à proximité immédiate du Kennedy Space Center et qui emploie plus de 200 personnes ; la gamme de petits satellites Arrow, destinée aux marchés commerciaux, institutionnels et de sécurité nationale ; et Airbus OneWeb Satellites (AOS), coentreprise fondée en 2016 avec Eutelsat-OneWeb et passée sous contrôle total d’Airbus après le rachat de la participation de son partenaire en janvier 2024. Depuis sa création, AOS a assemblé plus de 600 satellites de communication en orbite basse pour la constellation OneWeb. L’ensemble de ces activités américaines génère, selon les estimations citées par la presse, plusieurs centaines de millions de dollars de chiffre d’affaires annuel.

Cette cession envisagée répond à une logique financière autant que stratégique. La division spatiale d’Airbus a enregistré 1,3 milliard d’euros de charges en 2024, à l’issue d’une revue technique approfondie de ses programmes, dont 300 millions au seul quatrième trimestre. Un choc comptable qui a précipité une réorganisation en profondeur de l’activité, désormais recentrée sur l’objectif de rentabilité et sur le marché européen.

Le projet Bromo, futur géant européen du satellite

La cession des actifs américains ne peut se comprendre indépendamment du projet « Bromo », l’alliance annoncée en octobre 2025 entre Airbus, Thales et l’italien Leonardo pour fusionner leurs activités de fabrication de satellites et de systèmes spatiaux. Le protocole d’accord prévoit une répartition capitalistique de 35 % pour Airbus et 32,5 % chacun pour Thales et Leonardo, pour une entité qui pourrait compter jusqu’à 25 000 salariés et générer environ 6,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel. Le siège de cette nouvelle entreprise serait installé à Toulouse, confirmant l’ancrage français du futur ensemble.

Le calendrier prévoit un dépôt du dossier auprès des autorités de la concurrence en 2026, pour une pleine opérationnalité visée en 2027. Interrogé sur la logique de ce rapprochement, le PDG d’Airbus Guillaume Faury a résumé l’enjeu en une formule : « Nous avons les compétences, nous avons les aptitudes, nous avons les technologies, mais il nous manque l’échelle. » Une manière de reconnaître que la fragmentation industrielle européenne, avec plusieurs champions nationaux de taille moyenne, ne permet plus de rivaliser efficacement avec les géants américains.

Réduire la dépendance à Starlink

L’enjeu dépasse la seule compétitivité commerciale. La Commission européenne, qui examine le dossier Bromo, a fait évoluer ses lignes directrices pour privilégier désormais la taille critique des entreprises comme facteur de compétitivité mondiale, un changement de doctrine notable pour une institution traditionnellement vigilante sur les concentrations. Le contexte géopolitique pèse lourd dans cette évolution : la guerre en Ukraine a mis en évidence la dépendance opérationnelle de plusieurs armées et administrations européennes vis-à-vis de la constellation Starlink d’Elon Musk pour les communications critiques, un point de vulnérabilité stratégique que Bruxelles entend corriger en soutenant l’émergence d’une alternative souveraine.

Cette ambition ne fait toutefois pas l’unanimité parmi les acteurs européens du secteur. L’allemand OHB et l’espagnol Indra ont exprimé des inquiétudes quant à une concentration excessive du marché satellitaire européen entre les mains d’un seul consortium tricéphale, qui pourrait marginaliser les équipementiers de taille plus modeste et réduire la diversité industrielle du continent.

Un rééquilibrage au profit de l’Europe

Pour Airbus, l’opération se lit comme un choix assumé : sacrifier une présence américaine coûteuse et peu rentable pour concentrer les moyens financiers et humains sur la consolidation d’un pôle industriel européen à même de peser face à SpaceX et à la montée en puissance des constellations chinoises. Le groupe emploie au total environ 11 000 personnes dans ses activités spatiales à l’échelle mondiale ; l’issue des négociations sur la cession américaine déterminera dans quelle mesure cette empreinte se redéploie vers l’Europe, et vers la France en particulier, où Toulouse s’apprête à devenir le siège du plus grand groupe satellitaire du continent. Aucun calendrier précis de cession n’a été communiqué à ce stade, les discussions avec des acquéreurs potentiels américains restant, selon les informations disponibles, à un stade exploratoire.

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