Le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent a annoncé lundi 24 août un nouveau train de sanctions « secondaires » visant à asphyxier ce qui reste de l’économie iranienne, tout en menaçant explicitement les pays tiers qui continuent de commercer avec Téhéran. Cette offensive économique intervient six mois après le déclenchement du conflit israélo-américain contre l’Iran et marque un tournant : faute de solution militaire ou diplomatique rapide, Washington mise désormais sur l’asphyxie financière pour forcer une capitulation économique.
Un blocus étendu au système du dollar
Les nouvelles mesures ciblent en priorité le secteur pétrolier iranien, mais aussi l’or, la technologie, l’aviation et le transport maritime — les derniers canaux permettant à Téhéran de générer des devises. Scott Bessent a résumé l’ultimatum en des termes sans détour : « L’Iran fait face à un choix très clair, avec seulement deux chemins possibles : un isolement total et une économie de subsistance, ou un retour vers la normalité. »
La menace ne s’arrête pas à l’Iran. Les pays qui refuseraient de couper leurs échanges avec Téhéran s’exposent, selon le Trésor américain, à une expulsion du système du dollar et partageraient ainsi « l’isolement » du régime iranien. Washington vise en particulier la Chine, la Russie, l’Inde, le Pakistan, le Qatar et la Turquie, qui maintiennent des flux commerciaux significatifs avec l’Iran malgré les sanctions existantes, jusqu’ici appliquées de façon inégale. Selon des informations concordantes, l’administration américaine considère désormais cette pression économique comme l’axe principal de sa stratégie au moins jusqu’aux élections de mi-mandat, une nouvelle option militaire n’étant pas exclue au-delà.
Une économie iranienne déjà exsangue
Le constat chiffré illustre l’ampleur du choc subi par l’économie iranienne depuis le début du conflit, déclenché le 28 février par une offensive conjointe israélo-américaine. Le blocus naval imposé par Washington dans le détroit d’Ormuz — verrouillé côté iranien depuis six mois — a fait chuter les exportations pétrolières du pays de 2 millions à environ 0,4 million de barils par jour. L’inflation atteignait 66 % en rythme annuel en juillet, et la monnaie nationale poursuit sa chute libre : le rial a franchi lundi la barre des 2 millions pour un dollar. Sur le terrain, une pharmacienne de Téhéran citée par l’AFP résume une réalité quotidienne : « la situation est vraiment très difficile. »
Côté iranien, le ministre de l’Économie Ali Madanizadeh a rejeté ces nouvelles menaces, les qualifiant de « nouvelle défaite » pour Washington et assurant que Téhéran dispose d’un plan sur deux ans pour contourner les sanctions.
Un test pour la souveraineté énergétique européenne
Au-delà du bras de fer américano-iranien, cette escalade constitue un test grandeur nature pour la sécurité d’approvisionnement énergétique de l’Europe. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite historiquement environ 20 % du pétrole mondial, reste un point de fragilité majeur pour les économies européennes, très exposées à toute flambée durable des prix de l’énergie en cas de prolongation du blocage. Plusieurs analyses économiques européennes ont déjà souligné le risque d’un choc industriel si la crise du détroit devait s’installer dans la durée, avec des répercussions sur la compétitivité manufacturière du continent, du raffinage à la pétrochimie.
Pour la France et ses partenaires européens, l’épisode illustre une nouvelle fois la dépendance structurelle du continent aux routes énergétiques du Golfe et à l’architecture financière dominée par le dollar — deux vulnérabilités au cœur des débats sur la souveraineté économique européenne. L’extension des sanctions secondaires américaines au commerce avec l’Iran place également plusieurs partenaires économiques de l’UE (Turquie, Inde) devant un choix potentiellement contraignant, avec des effets indirects possibles sur les chaînes d’approvisionnement européennes.
L’issue de ce bras de fer, dont Washington a fixé l’échéance politique aux élections de mi-mandat américaines, sera scrutée de près à Paris et à Bruxelles, où la volatilité des prix de l’énergie reste l’un des principaux facteurs de risque pour les perspectives économiques du second semestre.
