Le nombre de plateformes de forage actives aux États-Unis a atteint 588 lors de la semaine du 17 juillet 2025, son niveau le plus élevé depuis avril, marquant une cinquième hausse hebdomadaire consécutive inédite depuis le début juin. Ce rebond de l’activité extractive américaine intervient dans un contexte de tensions persistantes sur les marchés pétroliers mondiaux et de perspectives de production records attendues pour 2026.
Le forage pétrolier américain renoue avec une dynamique haussière
Les compagnies énergétiques américaines ont porté leur parc de plateformes de forage à 588 unités au cours de la semaine se terminant le 17 juillet 2025, enregistrant une progression nette de sept unités par rapport à la semaine précédente, selon les données publiées par le prestataire de services énergétiques Baker Hughes. Ce chiffre dépasse de 44 unités, soit un écart de 8 %, le niveau observé à la même période en 2024, signalant un retour notable de l’appétit pour l’investissement dans l’exploration et la production d’hydrocarbures sur le territoire nord-américain.
Cette cinquième progression hebdomadaire consécutive constitue la série haussière la plus longue enregistrée depuis début juin, un signal que les opérateurs du secteur interprètent comme un indicateur avancé d’une intensification de la production à venir. Les plateformes dédiées au pétrole ont progressé de sept unités pour s’établir à 452, leur plus haut niveau depuis mai 2025. Les installations gazières sont restées stables à 126 unités, tandis que les plateformes diverses se maintiennent à 10 unités.
Sur le plan géographique, le Texas, premier État producteur d’hydrocarbures des États-Unis, a vu son parc de plateformes croître de deux unités supplémentaires pour atteindre 274, un sommet depuis avril 2025. L’Oklahoma a également enregistré une hausse de deux unités, portant son total à 50 plateformes actives, niveau le plus élevé depuis juin 2025. Ces deux États concentrent à eux seuls la majeure partie de l’activité de forage nationale et restent des baromètres essentiels de la santé du secteur énergétique américain.
Un rebond contrasté après trois années de repli du forage
Le regain d’activité observé ces dernières semaines doit être replacé dans une trajectoire de moyen terme marquée par un recul structurel. Le nombre total de plateformes de forage a reculé de 20 % en 2023, de 5 % en 2024, puis encore de 7 % en 2025, une tendance directement liée à la baisse des cours du brut américain de référence, le West Texas Intermediate. Face à la pression sur les marges, les groupes énergétiques avaient privilégié le désendettement et la rémunération des actionnaires au détriment de l’expansion de la capacité productive.
Ce changement de posture stratégique avait pesé sur l’ensemble de la chaîne de valeur du secteur, des équipementiers aux sous-traitants spécialisés dans les services de forage. La reprise actuelle, bien que récente, suggère que les conditions de marché évoluent suffisamment pour justifier une réallocation partielle du capital vers l’amont pétrolier. Les perturbations de l’approvisionnement mondial liées au conflit en Iran figurent parmi les facteurs explicatifs de cette inflexion, en soutenant les anticipations de prix pour 2026.
L’Agence américaine d’information sur l’énergie prévoit en effet une hausse des cours du brut WTI l’année prochaine, après trois exercices consécutifs de baisse. Dans ce cadre, la production de pétrole brut américaine devrait passer d’un niveau record de 13,6 millions de barils par jour en 2025 à 13,8 millions de barils par jour en 2026. Ces projections confortent les décisions d’investissement des opérateurs qui misent sur un environnement de prix plus favorable à moyen terme.
Le gaz naturel, moteur structurel porté par les centres de données et le GNL
Au-delà du pétrole, la dynamique du gaz naturel s’inscrit dans une perspective de croissance structurelle distincte. La production gazière américaine, déjà à un niveau record de 107,7 milliards de pieds cubes par jour en 2025, devrait progresser jusqu’à 111,3 milliards de pieds cubes par jour en 2026, selon les projections de l’agence fédérale. Deux moteurs principaux alimentent cette demande croissante : la multiplication des centres de données à forte consommation énergétique, directement liée à l’essor de l’intelligence artificielle, et le développement soutenu des exportations de gaz naturel liquéfié.
Cette double traction — numérique et géopolitique — confère au gaz naturel américain un rôle stratégique croissant sur les marchés mondiaux de l’énergie. Pour les décideurs européens, cette dynamique n’est pas sans incidences directes : les États-Unis sont devenus l’un des principaux fournisseurs de GNL de l’Union européenne depuis la réduction des approvisionnements russes, et toute variation significative de la production américaine se répercute mécaniquement sur les prix et la sécurité d’approvisionnement du Vieux Continent.
Dans ce contexte, la remontée du nombre de plateformes actives aux États-Unis revêt une double lecture pour les décideurs européens et français : d’un côté, une détente potentielle sur les prix des hydrocarbures importés si la production augmente comme prévu ; de l’autre, un renforcement de la position de négociation américaine dans les échanges commerciaux et diplomatiques portant sur l’énergie. La souveraineté énergétique européenne, encore incomplète malgré les efforts de diversification engagés depuis 2022, demeure étroitement conditionnée aux orientations de production du premier producteur mondial d’hydrocarbures.
