Rheinmetall s’impose en Europe du Sud-Est avec deux contrats majeurs

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Le groupe allemand Rheinmetall consolide sa présence militaire et industrielle en Europe du Sud-Est, en signant un accord-cadre stratégique avec le groupe grec GEK TERNA et en remportant un contrat de défense aérienne en Roumanie d’un programme global valorisé à 5,7 milliards d’euros.

Rheinmetall défense : un partenariat industriel structurant en Grèce

Le groupe allemand Rheinmetall, par l’intermédiaire de sa filiale Landsysteme, a signé un accord-cadre de long terme avec GEK TERNA, l’un des premiers groupes grecs actifs dans les infrastructures, l’énergie et l’investissement industriel, dans le but de renforcer la base industrielle de défense souveraine de la Grèce. Cette initiative s’inscrit dans un contexte de réarmement généralisé des membres de l’OTAN face aux nouvelles tensions géopolitiques sur le flanc oriental de l’Alliance.

Le partenariat vise à combiner le savoir-faire de GEK TERNA dans les domaines des infrastructures et de l’énergie en Europe du Sud-Est avec le portefeuille de systèmes terrestres et de technologies militaires de Rheinmetall. L’objectif affiché est double : accroître la valeur industrielle locale en Grèce et générer des avancées technologiques durables au bénéfice des forces armées helléniques.

Concrètement, l’accord prévoit la fourniture de nouveaux systèmes terrestres tactiques à l’armée grecque, ainsi que la prise en charge de la maintenance et de la modernisation des équipements militaires existants. Pour Athènes, cet accord représente une opportunité de renforcer son autonomie stratégique dans le secteur de la défense, tout en ancrant sur son territoire des compétences industrielles à haute valeur ajoutée. Pour Rheinmetall, la Grèce constitue un marché d’entrée vers une région où les budgets de défense sont en forte croissance depuis l’invasion russe de l’Ukraine en 2022.

GEK TERNA, groupe aux ramifications étendues dans la construction d’infrastructures et les énergies renouvelables, apporte à ce partenariat une connaissance fine du tissu économique et institutionnel grec, un atout de poids dans la conduite de programmes d’armement souvent soumis à des impératifs de transfert de technologie et d’intégration locale. Ce type de co-construction industrielle entre un groupe de défense européen et un acteur national constitue désormais un modèle privilégié par les gouvernements membres de l’OTAN pour concilier acquisition de capacités militaires et développement de leur base industrielle domestique.

Un contrat roumain de 5,7 milliards d’euros autour du système Skyranger 35

Parallèlement à son engagement en Grèce, Rheinmetall a annoncé la conclusion d’un contrat avec le gouvernement roumain portant sur la fourniture de 24 systèmes de défense aérienne Skyranger 35. Ce contrat s’inscrit dans un programme d’acquisition plus large, estimé à 5,7 milliards d’euros, qui comprend également sept systèmes Skynex, deux canons Millennium destinés à la défense aérienne navale, des véhicules de combat et des navires.

Sur le plan technique, les systèmes Skyranger 35 seront intégrés sur la plateforme chenillée Lynx KF41, un véhicule de combat dont Rheinmetall assure également la production. Cette combinaison vise à offrir une solution mobile de défense contre-aérienne capable de répondre aux menaces contemporaines, en particulier celles émanant des drones, devenus un facteur déterminant des conflits modernes depuis le conflit ukrainien. Rheinmetall met en avant la synergie entre la puissance de feu du Skyranger 35, ses capacités de détection et la mobilité du châssis Lynx pour justifier la pertinence opérationnelle de l’ensemble.

Pour la Roumanie, membre de l’OTAN partageant une frontière avec l’Ukraine, cet investissement massif dans la défense aérienne traduit une volonté affirmée de renforcer la protection de son territoire et de contribuer à la sécurisation du flanc oriental de l’Alliance atlantique. Bucarest s’inscrit ainsi dans une dynamique partagée par l’ensemble des pays membres de l’Europe centrale et orientale, qui ont sensiblement accru leurs budgets militaires depuis 2022.

Pour le groupe allemand, ce contrat roumain conforte son positionnement de fournisseur de référence en matière de défense aérienne mobile sur le continent européen. Rheinmetall engrange ainsi une commande de premier plan dans un pays dont les ambitions de modernisation militaire sont parmi les plus prononcées de la région.

Rheinmetall défense : une dynamique boursière heurtée malgré les succès commerciaux

Ces deux annonces interviennent pourtant dans un contexte boursier difficile pour le groupe. L’action Rheinmetall a reculé de 15 % en séance, pénalisée par la perspective d’un abandon par le gouvernement allemand d’un programme de construction de six frégates qui devait revenir au groupe. Cette déconvenue illustre la volatilité inhérente au secteur de la défense, où les grands contrats publics, souvent négociés sur plusieurs années, peuvent être remis en cause par des arbitrages politiques ou budgétaires de dernière minute.

Cette correction boursière souligne également les limites d’une valorisation fondée sur un carnet de commandes potentiel plutôt que sur des contrats définitivement acquis. Pour les investisseurs comme pour les décideurs industriels, la distinction entre intentions gouvernementales et engagements fermes reste déterminante dans l’appréciation de la solidité des perspectives d’un groupe de défense.

Au-delà de la volatilité de court terme, les contrats grecs et roumains témoignent d’une tendance de fond : la montée en puissance de Rheinmetall comme acteur structurant de la défense européenne, dans une période où les États membres de l’OTAN cherchent à réduire leur dépendance aux équipements américains et à renforcer la base industrielle et technologique de défense du continent. La multiplication des partenariats locaux, associant grands groupes allemands et acteurs industriels nationaux, dessine les contours d’une nouvelle architecture de souveraineté défensive européenne, où la production partagée et le transfert de compétences s’imposent comme les conditions sine qua non des grands contrats d’armement.

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