Hellenic Cables, filiale câbles d’un groupe d’investissement belge, a décroché un contrat-cadre d’1,15 milliard d’euros auprès du gestionnaire de réseau de transport grec pour relier par câbles sous-marins plusieurs îles de la mer Égée du Nord. Les travaux s’étaleront de 2027 à 2031.
Quatre interconnexions électriques au cœur de la mer Égée
Hellenic Cables, par l’entremise de sa filiale intégralement détenue Fulgor SA, a conclu début 2025 avec l’opérateur indépendant grec de transport d’électricité (IPTO) un accord-cadre portant sur le lot A de l’interconnexion électrique des îles septentrionales de la mer Égée, pour un montant total de 1,15 milliard d’euros. Ce contrat couvre la conception, l’approvisionnement, la construction et l’installation de quatre liaisons distinctes : Thrace-Limnos, Kos-Rhodes, Lesbos-Limnos et Lesbos-Chios.
L’envergure technique du projet est considérable. L’ensemble des quatre interconnexions mobilisera environ 694 kilomètres de câbles sous-marins en courant alternatif 150 kilovolts, auxquels s’ajouteront 227 kilomètres de câbles souterrains de même tension. Ce volume représente l’une des commandes les plus significatives jamais attribuées dans le domaine de l’électrification insulaire en Europe du Sud-Est. Le calendrier d’exécution prévoit un démarrage effectif des travaux en 2027, pour une livraison complète en 2031.
Ces îles de la mer Égée, aujourd’hui encore largement dépendantes de centrales thermiques locales pour leur alimentation électrique, souffrent d’une vulnérabilité structurelle tant sur le plan des coûts de production que sur celui de la sécurité d’approvisionnement. Leur raccordement au réseau continental grec constitue un objectif stratégique inscrit dans les plans pluriannuels de développement du réseau établis par IPTO, conformément aux orientations européennes en matière de décarbonation des systèmes insulaires.
Une production industrielle entièrement localisée en Grèce
L’un des aspects notables de ce contrat réside dans l’organisation industrielle retenue. Les câbles sous-marins seront fabriqués dans l’usine de Hellenic Cables implantée à Corinthe, tandis que la production des câbles souterrains sera assurée par le site de Thèbes. Ces deux établissements ont bénéficié d’investissements significatifs ces dernières années et opèrent désormais à pleine capacité productive. Cette localisation de la chaîne de valeur sur le territoire grec illustre une tendance plus large observée en Europe : la volonté de rapatrier la fabrication d’équipements d’infrastructure énergétique critique au plus près des marchés de déploiement.
Dans un contexte où la demande mondiale de câbles sous-marins s’accélère sous l’effet conjugué du développement de l’éolien offshore et des grands projets d’interconnexion continentaux, les capacités de production constituent un goulot d’étranglement bien identifié par les opérateurs de réseau. Les carnets de commandes des principaux câbliers européens — qu’il s’agisse de Prysmian, Nexans ou NKT — affichent des délais tendus sur plusieurs années. Dans ce contexte, la montée en puissance de Hellenic Cables renforce le tissu industriel européen dans un segment à forte intensité technologique.
Pour la Grèce, ce contrat s’inscrit dans une dynamique plus large de modernisation de son infrastructure électrique nationale. Le pays doit répondre simultanément à des impératifs de transition énergétique, d’intégration de capacités renouvelables en forte croissance et de sécurisation de l’alimentation de territoires insulaires dispersés sur une façade maritime étendue. L’interconnexion des îles de la mer Égée permettra également de valoriser le potentiel solaire et éolien de ces territoires en facilitant l’export de leur production vers le continent.
L’interconnexion électrique insulaire, enjeu croissant pour l’Europe
Au-delà du cas grec, ce contrat illustre une dynamique sectorielle qui dépasse les frontières nationales. L’Union européenne a fait de l’interconnexion de ses territoires insulaires un axe structurant de sa politique énergétique, à la fois pour réduire leur dépendance aux combustibles fossiles et pour améliorer la résilience globale du système électrique européen. Les îles grecques de la mer Égée ne sont pas un cas isolé : Malte, les Canaries, la Sicile ou encore la Corse font l’objet de projets comparables à diverses échelles.
Le règlement européen sur le réseau transeuropéen d’énergie (RTE-E), révisé en 2022, a renforcé les mécanismes de financement et d’accompagnement de ce type de projets, en particulier lorsqu’ils contribuent à la décarbonation des systèmes insulaires et à l’intégration des énergies renouvelables. Les fonds européens, notamment ceux issus du mécanisme pour l’interconnexion en Europe (MIE), constituent des leviers de cofinancement pour les gestionnaires de réseaux nationaux engagés dans ces chantiers.
Pour les décideurs économiques et industriels européens, ce contrat de 1,15 milliard d’euros signé entre IPTO et Hellenic Cables constitue un signal fort : la transition énergétique génère des commandes industrielles massives, concentrées sur un nombre limité d’acteurs disposant des capacités techniques et manufacturières adéquates. La maîtrise de la chaîne de production des câbles haute tension — qu’ils soient sous-marins ou souterrains — s’affirme comme un atout compétitif déterminant dans la recomposition du paysage énergétique européen. À l’heure où la souveraineté industrielle redevient une priorité politique affichée de Bruxelles à Paris, la capacité à produire localement des équipements d’infrastructure critique prend une valeur stratégique qui dépasse la seule logique commerciale.


