Volkswagen cède 51 % d’Everllence à Bain Capital pour 7,4 milliards

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Le constructeur automobile allemand Volkswagen a sélectionné le fonds américain Bain Capital pour acquérir une participation majoritaire de 51 % dans sa filiale de moteurs Everllence, dans le cadre d’une opération valorisée nettement au-dessus de 9 milliards d’euros, annoncée mercredi soir. La transaction, l’une des plus importantes scissions industrielles européennes de l’année, doit permettre au groupe de financer sa restructuration en profondeur.

Volkswagen et Bain Capital : une transaction à plus de 9 milliards d’euros

Volkswagen a retenu, mercredi soir en Allemagne, la société américaine de capital-investissement Bain Capital pour reprendre 51 % du capital d’Everllence, son fabricant de moteurs, dans une opération dont le produit attendu est estimé à 7,4 milliards d’euros pour le constructeur. L’annonce a immédiatement fait réagir les marchés : le titre Volkswagen a progressé de près de 3 % dès le lendemain matin à la Bourse de Francfort, saluant une initiative perçue comme un accélérateur de la remise en ordre financière du groupe.

Selon une source directement impliquée dans les négociations, les trois offres reçues par Volkswagen pour cette filiale valorisaient toutes Everllence « nettement au-dessus » de 9 milliards d’euros, soit environ 10,2 milliards de dollars au cours actuel. Le groupe a cependant choisi de retenir Bain Capital, dont la proposition était pourtant financièrement la plus basse des trois soumissions, selon deux sources indépendantes proches du dossier ayant requis l’anonymat.

Ce choix apparemment contre-intuitif s’explique, selon ces mêmes sources, par les garanties offertes par Bain Capital autour d’un audit interne baptisé « Balthazar », conduit par Everllence auprès de plusieurs partenaires commerciaux. Cet audit avait été initié à la suite d’une enquête menée par les autorités japonaises en 2024 sur des fabricants de moteurs concernant des données de consommation de carburant. Bien qu’Everllence n’ait ni produit les moteurs ni réalisé les tests visés par cette enquête, et qu’elle ait déclaré n’être la cible d’aucune demande de dommages-intérêts ni d’aucune procédure réglementaire, le risque résiduel associé à cet audit a pesé dans la balance lors de la sélection finale de l’acquéreur.

Un appel d’offres sous haute tension entre Bain Capital, CVC et EQT

La compétition s’est jouée entre trois grandes maisons de capital-investissement. Outre Bain Capital, deux autres fonds étaient en lice : le luxembourgeois CVC et le suédois EQT. D’après les sources consultées, c’est CVC qui avait formulé l’offre la plus élevée, devançant ainsi financièrement ses deux concurrents. EQT, de son côté, s’était associé à Porsche SE, la holding d’investissement de la famille Porsche-Piech et principal actionnaire du groupe Volkswagen, pour constituer un consortium de reprise.

Cette configuration a conduit la direction de Volkswagen à organiser la procédure d’appel d’offres selon un processus à enveloppes fermées strictement cloisonné. De nombreux membres du conseil de surveillance se sont abstenus de participer aux délibérations afin d’éviter tout conflit d’intérêts lié à leurs liens avec Porsche SE. Un porte-parole de la holding a confirmé que la procédure s’était déroulée de manière transparente et professionnelle. Volkswagen n’a pas souhaité commenter les montants des différentes offres reçues, et ni Bain Capital ni EQT ni CVC n’ont répondu aux sollicitations dans l’immédiat.

La finalisation de l’opération, structurée comme un rachat par endettement, est attendue d’ici la fin de l’année 2025. Volkswagen a précisé qu’il se prononcerait ultérieurement sur l’affectation des fonds générés par la cession partielle.

Everllence et Volkswagen : la restructuration au cœur des enjeux industriels européens

Au-delà de la mécanique financière, cette transaction s’inscrit dans une logique de recentrage stratégique conduite par Oliver Blume, directeur général de Volkswagen, qui a fait de la simplification du portefeuille d’activités une priorité absolue. Dans un contexte marqué par la pression des droits de douane américains, l’intensification de la concurrence des constructeurs chinois sur le segment des véhicules électriques et le coût considérable de la transition énergétique du secteur automobile, le groupe allemand cherche à dégager des ressources pour financer sa transformation industrielle.

Everllence n’est pas une entité périphérique. Fabricant de moteurs marins parmi les leaders mondiaux de son segment, la filiale s’est également positionnée sur la demande croissante en générateurs destinés aux centres de données, portée par l’expansion rapide de l’intelligence artificielle. Ce double positionnement — industrie maritime et infrastructures numériques — confère à l’entreprise une résilience et un potentiel de croissance qui justifient en partie les valorisations élevées soumises par les candidats à la reprise.

Pour Volkswagen, l’enjeu est direct. Selon les analystes de JP Morgan, la transaction « renforcerait considérablement la situation financière du groupe alors que sa transformation se poursuit ». Les 7,4 milliards d’euros attendus représentent une manne significative pour un constructeur qui doit simultanément investir dans les plateformes électriques, réduire ses coûts fixes en Europe et répondre aux exigences croissantes de ses actionnaires institutionnels.

À l’échelle européenne, cette cession illustre une tendance plus large : les grands groupes industriels du continent accélèrent leurs arbitrages de portefeuille sous la pression conjuguée des marchés financiers et des mutations technologiques, ouvrant la voie à des fonds de capital-investissement américains qui captent une part croissante des actifs industriels stratégiques européens. Une dynamique qui ne manquera pas d’alimenter les débats sur la souveraineté économique et industrielle du Vieux Continent dans les prochains mois.

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