Interparfums a publié le 22 avril 2026 ses résultats du premier trimestre, faisant état d’un chiffre d’affaires de 215,5 millions d’euros à devises courantes, en retrait de 8,5 % par rapport aux 235,5 millions d’euros enregistrés sur la même période en 2025. Le groupe, qui détient les licences de parfums des marques Jimmy Choo, Montblanc, Moncler et Karl Lagerfeld, invoque deux facteurs principaux : un effet de change défavorable et la persistance des perturbations géopolitiques au Moyen-Orient. Un démarrage d’année qui confirme la fragilité de la visibilité déjà signalée en février.
Un chiffre d’affaires T1 pénalisé par le Moyen-Orient et la volatilité des devises
Le recul du chiffre d’affaires d’Interparfums au premier trimestre 2026 tient à deux facteurs distincts mais cumulatifs. L’effet de change défavorable reflète d’abord la dynamique monétaire internationale : le groupe, dont une part significative des ventes est libellée en dollars américains, subit mécaniquement la dépréciation du billet vert face à l’euro — l’EUR/USD s’affichant à 1,1720 au moment de la publication. À données comparables en devises constantes, la performance opérationnelle du trimestre serait donc plus favorable que ne le laisse paraître le chiffre publié.
Le second facteur est géopolitique. L’intensification des conflits dans la zone Moyen-Orient continue de peser directement sur l’activité d’Interparfums dans cette région, qui constitue historiquement l’un de ses marchés les plus dynamiques pour les parfums de luxe. Les perturbations liées aux conflits affectent à la fois la distribution physique, la fréquentation des circuits de vente et la demande des consommateurs dans plusieurs pays de la zone. Cette exposition géographique, qui avait déjà pesé sur les résultats de 2025, ne montre pas de signe d’amélioration à court terme.
La zone Amérique, seul point d’appui solide du trimestre pour Interparfums
Dans ce contexte difficile, le PDG d’Interparfums, Philippe Benacin, a mis en avant la dynamique américaine comme principal élément positif du trimestre. Les Amériques ont affiché un début d’année particulièrement dynamique, selon la direction, compensant en partie le repli subi sur d’autres zones géographiques. Cette résilience du marché américain s’inscrit dans un contexte de consommation de luxe encore soutenue aux États-Unis, malgré l’incertitude macroéconomique globale et les tensions commerciales liées aux politiques tarifaires de l’administration Trump.
Pour un groupe comme Interparfums, dont le modèle repose sur des licences de marques à forte notoriété et une distribution internationale diversifiée, la capacité à compenser les creux géographiques par d’autres zones de croissance est structurellement essentielle. La performance américaine du premier trimestre valide en partie cette logique de portefeuille, mais elle ne suffit pas à absorber l’ensemble des vents contraires qui soufflent sur le reste du monde.
Visibilité limitée sur 2026 : Interparfums joue la prudence
Interparfums avait prévenu dès le mois de février que la visibilité sur l’exercice 2026 resterait limitée, et les résultats du premier trimestre ne modifient pas ce cadrage. Le groupe évolue dans un environnement macroéconomique et géopolitique que la direction qualifie elle-même de « particulièrement dégradé » — une formulation prudente qui signale l’absence de visibilité sur un retournement rapide de situation au Moyen-Orient ou sur une stabilisation du marché des changes.
Pour les acteurs du parfum de luxe opérant sous licence, l’incertitude géopolitique est une variable particulièrement difficile à couvrir : contrairement à des risques de change qui peuvent être en partie hedgés, les perturbations liées aux conflits régionaux affectent directement les comportements d’achat des consommateurs et les capacités logistiques des distributeurs locaux, sans que le groupe dispose de levier direct pour y remédier. Interparfums devra donc compter sur un rebond de la zone Amérique et, à terme, sur une stabilisation progressive de la situation au Moyen-Orient pour retrouver une trajectoire de croissance conforme à ses objectifs de long terme.
Le luxe français face à la géopolitique : une dépendance structurelle à surveiller
Le cas d’Interparfums illustre une vulnérabilité qui dépasse largement le seul groupe montalbanais : la grande majorité des acteurs français du parfum et du luxe sont significativement exposés au Moyen-Orient, marché à forte capacité d’achat et sensibilité culturelle élevée aux produits de prestige européens. Lorsque cette zone est en proie à des tensions militaires durables, c’est une fraction non négligeable du chiffre d’affaires de toute une filière qui se trouve menacée — sans que les entreprises concernées disposent d’instruments de couverture efficaces.
Cette dépendance géographique pose, en filigrane, la question de la diversification des débouchés pour les industries culturelles et créatives françaises. Le dynamisme américain observé ce trimestre est encourageant, mais il ne saurait constituer à lui seul une réponse structurelle. Pour les groupes du parfum opérant sous licence de grandes maisons européennes, renforcer la présence en Asie du Sud-Est, en Inde ou en Amérique latine apparaît comme un impératif stratégique de moyen terme — moins pour réduire leur dépendance à un marché particulier que pour consolider la résilience globale d’une filière qui contribue significativement au rayonnement et à la balance commerciale de la France.


