Le groupe automobile Stellantis a annoncé pour 2025 une perte nette de 22,3 milliards d’euros, un niveau inédit pour un constructeur français. Ce déficit record intervient dans un contexte de transition énergétique accélérée et de tensions réglementaires croissantes entre l’industrie automobile et les autorités européennes.
Une perte historique liée à l’électrification
Avec 22,3 milliards d’euros de pertes, Stellantis enregistre l’une des plus lourdes pertes jamais subies par un groupe français. Le montant dépasse notamment celle d’EDF en 2022 (17,9 milliards d’euros) et se rapproche du record historique de Vivendi en 2002.
La principale explication réside dans une provision exceptionnelle de 25,4 milliards d’euros. Celle-ci vise à financer un repositionnement stratégique du groupe, notamment la réduction de certains programmes liés aux véhicules électriques.
Selon la direction du groupe, la stratégie précédente a surestimé la vitesse de transition vers l’électrique, en particulier sur le marché américain. Les ventes de véhicules électriques y restent encore limitées, représentant environ 8 % du marché, loin des anticipations formulées ces dernières années par les constructeurs.
Le nouveau directeur général, Antonio Filosa, nommé en 2025 pour succéder à Carlos Tavares, a expliqué vouloir « réinitialiser » la stratégie industrielle du groupe afin de l’adapter davantage à la réalité du marché.
Le retour du thermique dans la stratégie industrielle
Face à une adoption plus lente que prévu des véhicules électriques, Stellantis prévoit désormais de relancer certains modèles thermiques, notamment sur le marché nord-américain.
Les ventes de pick-up essence et diesel devraient ainsi soutenir les volumes en 2026. Cette orientation marque un tournant stratégique par rapport à la politique menée ces dernières années, qui visait une électrification rapide du portefeuille de produits.
Pour la direction du groupe, la priorité est désormais de répondre à la demande réelle des clients, plutôt que d’anticiper une mutation technologique trop rapide.
Le groupe critique également certaines orientations réglementaires européennes. Les exigences en matière d’électrification, notamment pour les véhicules utilitaires légers, sont jugées déconnectées du marché. Stellantis estime que les objectifs fixés par Bruxelles ne correspondent pas encore aux capacités industrielles et à la demande des consommateurs.
Un contexte international défavorable
La situation du groupe a également été compliquée par plusieurs facteurs géopolitiques et commerciaux.
Aux États-Unis, la suppression des aides fédérales aux véhicules électriques a freiné la demande. Par ailleurs, les droits de douane américains ont pesé sur les comptes du constructeur, à hauteur de 1,2 milliard d’euros en 2025, et pourraient atteindre 1,6 milliard d’euros en 2026.
Dans ce contexte, Stellantis a enregistré un chiffre d’affaires de 153,5 milliards d’euros en 2025, en recul de 2 %. Les ventes mondiales ont néanmoins légèrement progressé, avec 5,5 millions de véhicules vendus.
Le second semestre a même montré des signes de reprise, notamment aux États-Unis où les livraisons ont rebondi de 39 %.
Une transition énergétique aux rythmes très différents
La crise traversée par Stellantis illustre les fortes disparités dans l’adoption des véhicules électriques selon les régions du monde.
En Chine, les voitures entièrement électriques représentent déjà près de la moitié des ventes. En Europe, leur part avoisine 20 %, tandis qu’aux États-Unis elle reste encore marginale.
Ces écarts posent un défi majeur aux constructeurs mondiaux, contraints d’adapter leurs stratégies industrielles à des marchés évoluant à des rythmes très différents.
Pour l’Union européenne, l’objectif reste ambitieux : 90 % de véhicules électriques vendus d’ici 2035. Un cap qui suscite de plus en plus de débats au sein de l’industrie automobile.
Vers un rebond en 2026 ?
Malgré cette perte record, Stellantis affirme anticiper une amélioration de ses résultats dès 2026, avec un retour attendu à une marge légèrement positive.
Le groupe mise sur la montée en puissance de nouveaux modèles, une stabilisation des prix aux États-Unis et un redressement progressif de la demande.
Mais cette crise soulève une question plus large : la transition énergétique imposée à l’industrie automobile européenne est-elle compatible avec les réalités du marché mondial ?
Pour de nombreux industriels, la réponse dépendra désormais de la capacité des politiques publiques à concilier objectifs climatiques, compétitivité industrielle et acceptation des consommateurs.


