Safran accélère le renforcement de son outil industriel en France. Le groupe aéronautique a annoncé l’extension de son site du Creusot, en Saône-et-Loire, afin d’y produire des pièces tournantes complexes destinées à plusieurs programmes stratégiques, civils comme militaires. Cette décision marque une nouvelle étape dans la montée en puissance de la filière aéronautique française, dans un contexte de tensions sur les chaînes d’approvisionnement mondiales et de forte demande sur les programmes de défense.
Un investissement industriel structurant pour la Bourgogne
Le projet prévoit une extension de 9 000 m² du site existant, pour un investissement total de 70 millions d’euros. À horizon 2032, les effectifs devraient passer de 200 à 300 salariés, renforçant l’ancrage industriel du groupe dans la région. L’unité agrandie portera la surface industrielle totale à 26 000 m² et sera pleinement opérationnelle à partir de 2029.
Historiquement spécialisé dans la production de disques de turbine basse pression pour les moteurs LEAP et CFM56, le site du Creusot élargira désormais son périmètre à des pièces tournantes complexes destinées aux moteurs M88 et GE90. Une diversification qui traduit la volonté de Safran de sécuriser ses capacités industrielles sur des programmes à forte valeur stratégique.
Le moteur du Rafale au cœur de la montée en cadence
L’extension du Creusot répond directement aux besoins croissants liés au moteur M88, qui équipe l’avion de combat Rafale. Le site deviendra la deuxième source industrielle pour certaines pièces critiques, en complément du site d’Évry-Corbeil. Objectif : garantir la continuité de production et soutenir l’augmentation des cadences dans un contexte de commandes soutenues, en France comme à l’export.
Les premières opérations d’usinage pour le M88 débuteront dès 2026 sur le site historique, avant un déploiement progressif dans les nouveaux bâtiments. Cette anticipation vise à répondre rapidement aux besoins opérationnels tout en sécurisant la transition industrielle.
Souveraineté industrielle et maîtrise technologique
Au-delà des volumes, le projet s’inscrit dans une logique de souveraineté industrielle. En internalisant davantage la production de pièces complexes, Safran renforce la résilience de sa chaîne d’approvisionnement et limite sa dépendance à des fournisseurs extérieurs, dans un contexte international marqué par des tensions géopolitiques persistantes.
Le site du Creusot est présenté comme une vitrine du modèle industriel du groupe, intégrant les standards les plus avancés de l’usine 4.0 : processus numériques intégrés, pilotage automatisé de la production et contrôle qualité de haut niveau. Le recours au « closed door machining », permettant une production continue sans intervention humaine, y compris de nuit, illustre cette recherche de performance et de robustesse industrielle.
Une réponse aux besoins civils et militaires
Si le moteur du Rafale constitue un axe central du projet, l’extension bénéficiera également aux programmes civils long-courriers, notamment via le moteur GE90 qui équipe le Boeing 777. Cette polyvalence conforte la stratégie de Safran : mutualiser les capacités industrielles pour servir à la fois l’aviation commerciale et la défense, tout en maintenant un haut niveau d’exigence technologique.
Avec cette extension au Creusot, Safran envoie un signal clair : la montée en puissance de l’aéronautique française passera par des investissements industriels lourds sur le territoire national, au service de la compétitivité, de l’emploi et de l’autonomie stratégique.
