Novo Nordisk vise la Chine avec son comprimé Wegovy

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Le groupe pharmaceutique danois Novo Nordisk prévoit de soumettre son médicament amaigrissant oral Wegovy aux autorités réglementaires chinoises dans les prochains mois, selon les déclarations de son directeur général lors d’une visite à Pékin. L’entreprise cherche à combler son retard sur l’américain Eli Lilly sur le deuxième marché pharmaceutique mondial, dans un contexte de compétition exacerbée et de pression croissante des génériques.

Wegovy oral Chine : une demande d’autorisation imminente

Le directeur général de Novo Nordisk, Mike Doustdar, a annoncé mardi en Chine que le groupe danois déposerait sa demande d’autorisation de mise sur le marché pour la version comprimé de Wegovy auprès des autorités sanitaires chinoises « d’ici quelques mois ». Cette déclaration intervient lors de sa première visite en Chine depuis sa prise de fonction à la tête du groupe en août dernier. L’enjeu est considérable : le marché chinois des traitements contre l’obésité, encore difficile à chiffrer avec précision, représente néanmoins un volume estimé à 1,4 milliard de yuans, soit environ 207 millions de dollars, pour le seul premier trimestre de l’année, sur les seules grandes plateformes de commerce électronique Alibaba et JD.com, selon des données du cabinet Jefferies. Ces chiffres ne reflètent qu’une fraction du potentiel réel d’un marché qui reste largement sous-pénétré.

La décision de Novo Nordisk de cibler la Chine avec une formulation orale s’inscrit dans une logique commerciale précise. Les deux géants du secteur, le danois et l’américain Eli Lilly, considèrent que les médicaments sous forme de comprimés pourraient séduire une frange importante de patients réfractaires aux injections hebdomadaires. Cette orientation vers l’oral constitue désormais un axe stratégique central dans la bataille mondiale pour le traitement de l’obésité, un segment qui a profondément reconfiguré l’industrie pharmaceutique internationale au cours des trois dernières années.

Eli Lilly en avance, la concurrence locale s’organise

Sur le front chinois, Novo Nordisk accuse un retard sensible face à Eli Lilly. Le groupe américain a annoncé dès mars dernier avoir déposé une demande d’homologation auprès des autorités chinoises pour son médicament oral orforglipron avant la fin de l’année 2025, prenant ainsi une longueur d’avance dans la course réglementaire. Aux États-Unis, Lilly avait d’ailleurs obtenu en avril l’autorisation de mise sur le marché pour ce même traitement oral. Novo, de son côté, a bien lancé son comprimé Wegovy sur le marché américain cette année après avoir obtenu une approbation anticipée aux États-Unis et au Royaume-Uni, mais la séquence réglementaire chinoise prend du retard.

Au-delà de la rivalité entre les deux leaders mondiaux des traitements GLP-1 — la classe thérapeutique à laquelle appartiennent Wegovy, Ozempic et orforglipron —, le paysage concurrentiel en Chine s’est considérablement densifié. Pfizer y a fait son entrée, tandis que des acteurs locaux de poids, comme Innovent Biologics, ont également développé leurs propres molécules. Cette dynamique illustre la tendance des industriels chinois à investir massivement dans les biotechnologies de pointe, réduisant progressivement la dépendance du marché local vis-à-vis des innovations occidentales.

Expiration des brevets et génériques : une pression structurelle sur Wegovy oral en Chine

La situation de Novo Nordisk en Chine est également fragilisée par un calendrier brevet défavorable. Le brevet portant sur le semaglutide, principe actif commun à Wegovy et à Ozempic, a expiré en Chine dès le mois de mars. Si le groupe bénéficie encore d’une protection réglementaire des données jusqu’au début de l’année prochaine, cette fenêtre se referme rapidement. Mike Doustdar lui-même anticipe l’arrivée de fabricants de génériques dès le deuxième trimestre de l’année prochaine, une échéance qui comprime drastiquement le temps disponible pour établir une position commerciale solide avant que les prix ne subissent une pression baissière significative.

Cette situation n’est pas sans rappeler les dynamiques observées sur d’autres marchés émergents à fort potentiel où la durée de vie effective des molécules innovantes tend à se raccourcir sous l’effet conjugué de la politique locale d’accès au médicament et du dynamisme des industries génériques nationales. Pour Novo Nordisk, l’enjeu stratégique dépasse donc la simple conquête de parts de marché : il s’agit de s’implanter suffisamment vite pour construire une notoriété de marque et une relation médecin-patient capables de résister à l’érosion tarifaire inévitable.

Un marché mondial de l’obésité aux enjeux industriels considérables

À l’échelle globale, la bataille pour les traitements de l’obésité constitue l’un des rares segments de l’industrie pharmaceutique où les perspectives de croissance à long terme font l’objet d’un consensus quasi-universel parmi les analystes. L’OMS estime que plus d’un milliard de personnes dans le monde souffrent d’obésité, et les marchés asiatiques, longtemps sous-représentés dans les études cliniques et les stratégies commerciales des grands laboratoires occidentaux, font désormais l’objet d’une attention soutenue.

Pour les décideurs européens, la montée en puissance des acteurs chinois dans ce segment — portée par des investissements publics et privés massifs en recherche et développement — constitue un signal d’alerte supplémentaire quant à la nécessité de renforcer la compétitivité de l’industrie pharmaceutique du Vieux Continent. Novo Nordisk, fleuron danois et première capitalisation boursière européenne jusqu’à récemment, incarne à lui seul les tensions entre souveraineté industrielle, innovation et globalisation des marchés de santé. Sa capacité à sécuriser une présence durable en Chine avant l’ouverture aux génériques sera scrutée de près par l’ensemble de l’écosystème pharmaceutique continental.

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