Mer du Nord : premier pipeline pétrolier reconverti au transport de CO₂

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Bureau Veritas a validé, le 28 mai 2026, la requalification d’un pipeline offshore néerlandais pour le transport de CO₂, une première dans le cadre du projet Abeona CSC. Cette certification technique ouvre la voie à une réutilisation des infrastructures existantes de la mer du Nord au service de la décarbonisation industrielle.

Une requalification inédite pour la mer du Nord néerlandaise

Le 28 mai 2026, Bureau Veritas a conclu avec succès l’évaluation technique permettant la reconversion d’un pipeline offshore néerlandais, jusqu’alors dédié au transport d’hydrocarbures, au transport de dioxyde de carbone. L’opération concerne une conduite de 20 pouces reliant la plateforme Q1 au terminal EVOS, exploitée par Petrogas EP Netherlands B.V. dans le cadre du projet Abeona CSC. Ce résultat, obtenu après dix-huit mois d’études et d’examens techniques approfondis, constitue officiellement la première requalification d’un pipeline pétrolier existant en mer du Nord néerlandaise intégrée à une chaîne de valeur de captage et stockage du carbone offshore.

L’enjeu dépasse le seul cadre technique. Pour les Pays-Bas, dont l’industrie lourde concentrée dans la région du Grand Amsterdam fait face à des objectifs de décarbonisation contraignants, la capacité à mobiliser des infrastructures offshore héritées représente un levier économique considérable. Plutôt que d’engager des investissements massifs dans de nouveaux équipements sous-marins, le projet Abeona CSC démontre qu’une conversion sécurisée des actifs existants est techniquement envisageable, à condition de respecter un cadre réglementaire rigoureux.

Bureau Veritas est intervenu en qualité d’organisme indépendant et compétent selon les exigences du cadre minier néerlandais. Son rapport final confirme qu’aucune condition limitante n’a été identifiée dans le périmètre de la phase d’initiation et de criblage, autorisant ainsi la progression vers l’étape suivante du processus de requalification.

Le captage et stockage du carbone, vecteur stratégique de la transition énergétique offshore

Le captage et stockage du carbone s’impose progressivement comme une technologie centrale dans les stratégies de décarbonisation industrielle européennes. Là où la réduction directe des émissions se heurte à des contraintes techniques ou économiques — sidérurgie, chimie, cimenterie — le CSC offre une alternative crédible pour neutraliser des volumes significatifs de CO₂. L’Union européenne a d’ailleurs renforcé ses engagements en la matière, notamment via la loi sur l’industrie nette zéro, qui fixe un objectif de capacité de stockage de 50 millions de tonnes de CO₂ par an d’ici 2030 à l’échelle du continent.

Dans ce contexte, la mer du Nord représente un espace stratégique de premier ordre. Ses formations géologiques sous-marines, en partie déjà cartographiées lors de décennies d’exploitation pétrolière et gazière, offrent des capacités de stockage géologique importantes. Les Pays-Bas, comme la Norvège et le Royaume-Uni, ont engagé des programmes ambitieux pour développer des corridors de transport et d’injection de CO₂ à partir de leurs côtes. Le projet Abeona CSC s’inscrit précisément dans cette dynamique, avec pour spécificité de s’appuyer sur des infrastructures existantes plutôt que de les reconstruire ex nihilo.

La réutilisation de pipelines offshore n’est pas une démarche sans précédent à l’échelle mondiale, ni même aux Pays-Bas dans un contexte terrestre. Des reconversions onshore y fonctionnent d’ailleurs en toute sécurité depuis plus d’une décennie. En revanche, l’application de cette approche au domaine offshore néerlandais dans le cadre d’une chaîne de valeur CSC intégrée constitue bien une première technique et réglementaire, dont la portée dépasse les frontières nationales.

Des étapes réglementaires décisives avant une mise en service opérationnelle

La validation obtenue fin mai 2026 ne constitue pas une certification opérationnelle définitive. Bureau Veritas et Petrogas EP Netherlands B.V. précisent clairement que des phases complémentaires restent nécessaires avant toute mise en exploitation commerciale du pipeline reconverti. Une évaluation dite de phase d’exécution, une procédure d’approbation à la mise en service ainsi que la délivrance d’un certificat d’aptitude à durée limitée devront être menées à leur terme avant que le pipeline puisse transporter du CO₂ dans des conditions opérationnelles réelles.

Cette progressivité du processus de certification illustre la rigueur imposée par le cadre réglementaire minier néerlandais, qui distingue explicitement les phases d’évaluation préliminaire des autorisations d’exploitation effectives. Pour les porteurs du projet, cette transparence est aussi un atout de crédibilité vis-à-vis des investisseurs et des autorités compétentes : la requalification avance sur une base documentée, vérifiée par un tiers indépendant reconnu.

Pour Bureau Veritas, acteur mondial de l’inspection, de la certification et des tests, cette mission illustre l’élargissement de ses activités vers les problématiques de transition énergétique offshore. La société française, dont le siège est établi à Paris, positionne depuis plusieurs années ses compétences techniques au service des nouveaux projets d’infrastructure énergétique, qu’il s’agisse d’éolien offshore, d’hydrogène ou désormais de captage et stockage du carbone.

Un modèle réplicable pour la décarbonisation des bassins industriels européens

Au-delà de son intérêt immédiat pour la région du Grand Amsterdam, la requalification du pipeline Petrogas pourrait faire office de référence méthodologique pour d’autres bassins industriels européens confrontés aux mêmes impératifs de décarbonisation. La mer du Nord concentre en effet plusieurs milliers de kilomètres de pipelines sous-marins hérités de l’ère pétrolière et gazière, dont une partie significative approche de la fin de vie productive.

Plutôt que d’engager des procédures de démantèlement coûteuses, la reconversion de ces actifs au service du transport de CO₂ ou, à terme, d’hydrogène, pourrait représenter une option économiquement rationnelle pour les opérateurs et politiquement cohérente pour les États membres engagés dans la transition énergétique. Le projet Abeona CSC démontre que cette trajectoire est praticable, sous réserve d’une évaluation technique rigoureuse et d’un cadre réglementaire adapté. La requalification du pipeline Petrogas constituera sans doute un jalon de référence pour les projets similaires appelés à se multiplier dans les prochaines années en Europe du Nord.

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