La France et l’Italie franchissent une nouvelle étape dans la modernisation de leur coopération transfrontalière. Le 4 février 2026, le Gouvernement a présenté en Conseil des ministres un projet de loi autorisant l’approbation d’une nouvelle convention bilatérale relative à l’entretien et à l’exploitation de la ligne ferroviaire Coni-Breil-Vintimille. Un dossier à la fois technique et hautement stratégique pour la vallée de la Roya et pour la dynamique franco-italienne.
Une infrastructure clé au cœur des Alpes du Sud
La ligne Coni-Breil-Vintimille relie les villes italiennes de Coni et Vintimille en traversant le territoire français sous le col de Tende. Sa section centrale dessert notamment les gares de Tende et de Breil-sur-Roya, dans un secteur montagneux où le rail constitue un lien vital pour les habitants.
Jusqu’à présent, les conditions d’exploitation reposaient sur une convention signée le 24 juin 1970 entre les deux États. Ce cadre juridique, devenu obsolète, ne correspondait plus aux réalités actuelles d’usage, de financement et d’investissement. En particulier, l’entretien de la ligne était intégralement à la charge de l’Italie, une situation de plus en plus difficile à soutenir dans un contexte d’évolution des flux et des besoins d’infrastructure.
La nouvelle convention, signée à Milan le 12 avril 2024, rebat les cartes. Désormais, les dépenses d’entretien courant et d’exploitation seront réparties entre la France et l’Italie en fonction de leur utilisation respective de l’infrastructure. Ce principe d’équité vise à sécuriser durablement le financement de la ligne.
Mettre fin à quinze ans d’incertitude financière
Au-delà de l’aspect budgétaire, l’enjeu est institutionnel et politique. Le texte présenté par Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, et Philippe Tabarot, ministre des Transports, doit mettre fin à plus de quinze années d’incertitude sur le financement de l’exploitation et des investissements.
Cette clarification est essentielle pour engager les travaux nécessaires au rétablissement d’un niveau de service plus élevé sur l’ensemble de la ligne. Dans une vallée marquée par des épisodes climatiques violents et par une forte dépendance aux mobilités transfrontalières, la fiabilité du rail constitue un levier de résilience territoriale.
Le Gouvernement insiste également sur la dimension stratégique de l’accord à l’approche du prochain sommet franco-italien. L’approbation parlementaire de la convention s’inscrit dans la continuité du Traité du Quirinal, entré en vigueur le 1er février 2023, qui structure le rapprochement politique, économique et industriel entre Paris et Rome.
Un levier pour la vallée de la Roya et l’économie locale
Pour les élus locaux et les habitants de la vallée de la Roya, cette ratification représente bien plus qu’un ajustement juridique. Elle ouvre la voie à une amélioration concrète du service ferroviaire, avec des retombées attendues en matière de mobilité quotidienne, d’échanges économiques et de tourisme.
La dynamique engagée s’inscrit dans un calendrier plus large : après la réouverture du tunnel de Tende le 28 juin et celle du train des Merveilles le 15 décembre, la modernisation du cadre financier de la ligne vient consolider l’axe transfrontalier.
À l’heure où l’Union européenne promeut les mobilités durables et la cohésion territoriale, l’actualisation de cette convention apparaît comme un signal fort. Elle illustre une gestion concertée d’une infrastructure stratégique, au service d’un espace alpin intégré, et témoigne d’une coopération bilatérale qui dépasse le simple cadre symbolique pour s’incarner dans des projets concrets.
Pour la France comme pour l’Italie, la ligne Coni-Breil-Vintimille redevient ainsi un outil de souveraineté partagée et de développement local, au cœur d’un espace européen où les frontières administratives ne doivent plus être des obstacles à la mobilité et à l’investissement.
