Leonardo décroche 84 millions d’euros du Fonds européen de défense

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Le groupe italien Leonardo a obtenu, dans le cadre de l’édition 2025 du Fonds européen de défense, plus de 84 millions d’euros de financements en cumulant sa part directe et celle de ses filiales, après avoir vu 15 de ses 18 propositions retenues par la Commission européenne. Un résultat qui illustre les dynamiques de concentration industrielle à l’œuvre dans la défense continentale.

Un taux de succès élevé au Fonds européen de défense 2025

Leonardo, le conglomérat industriel de défense italien coté à Milan, a annoncé la sélection de 15 de ses 18 propositions soumises au Fonds européen de défense pour l’exercice 2025, soit un taux de succès supérieur à 83 %. Parmi les dossiers retenus figurent 11 projets de développement capacitaire et 4 projets de recherche, couvrant un spectre technologique particulièrement large. Le financement directement attribué au groupe s’élève à plus de 64 millions d’euros, dont 51 millions dédiés au développement capacitaire et 13 millions orientés vers la recherche fondamentale et appliquée. En intégrant la part revenant à ses filiales, l’enveloppe totale consolidée atteint environ 84 millions d’euros.

Ces chiffres positionnent Leonardo parmi les bénéficiaires les plus significatifs de ce cycle de financement européen. Le Fonds européen de défense, instrument budgétaire communautaire lancé pour la période 2021-2027 avec une dotation globale de 7,9 milliards d’euros, vise à stimuler la coopération industrielle et technologique entre États membres dans le secteur de la défense. Les résultats de l’édition 2025 confirment la capacité des grands groupes intégrés, disposant d’une présence multi-pays et de filiales spécialisées, à capter une part disproportionnée des crédits disponibles.

Deux projets stratégiques pilotés en direct par le groupe

Au-delà du volume financier, c’est la nature des projets retenus qui retient l’attention. Leonardo coordonne en direct deux initiatives emblématiques du cycle 2025. Le premier, baptisé ASIMOV, porte sur le développement d’opérations et de services en orbite à destination de la défense européenne, un segment en forte croissance à l’heure où la militarisation du domaine spatial s’accélère à l’échelle mondiale. Le second projet, ANEMOS, est consacré à de nouvelles solutions de communication radio et d’interopérabilité entre forces alliées, une problématique centrale pour la cohérence opérationnelle des armées européennes dans un contexte d’engagements collectifs renforcés.

Ces deux projets s’inscrivent dans la stratégie industrielle affichée par Leonardo, centrée sur les technologies dites « multi-domaines », c’est-à-dire capables de connecter et de synchroniser des opérations menées simultanément dans les espaces terrestre, aérien, naval, cyber et spatial. Cette orientation reflète une évolution doctrinale partagée par les principales armées de l’OTAN, qui cherchent à gagner en agilité face à des adversaires potentiels maîtrisant eux-mêmes ces capacités de déni d’accès et de brouillage.

Un portefeuille technologique couvrant l’ensemble du spectre capacitaire

L’ensemble des 15 projets sélectionnés couvre un éventail technologique représentatif des priorités actuelles de la défense européenne. Le combat aérien collaboratif, qui implique la coordination entre aéronefs pilotés et drones autonomes, figure parmi les axes retenus, tout comme les systèmes terrestres de nouvelle génération et les capacités navales. La cybersécurité et l’entraînement interopérable complètent ce panorama, auxquels s’ajoutent des briques technologiques transversales telles que les radars de quatrième génération à détection quadridimensionnelle, les capteurs infrarouges et les composants électroniques avancés.

Cette diversité thématique témoigne de la profondeur industrielle du groupe, qui dispose d’entités spécialisées dans chacun de ces domaines et peut ainsi constituer des consortiums crédibles aux yeux des évaluateurs européens. La capacité à agréger des partenaires industriels et académiques issus de plusieurs États membres constitue en effet un critère décisif dans le processus de sélection du Fonds européen de défense, qui privilégie explicitement les projets transfrontaliers.

Le Fonds européen de défense et la question de la souveraineté industrielle européenne

Les résultats de Leonardo au titre de l’édition 2025 du Fonds européen de défense soulèvent une question structurelle pour les décideurs économiques et politiques européens : dans quelle mesure cet instrument communautaire contribue-t-il à rééquilibrer la base industrielle de défense en Europe, ou au contraire à renforcer les positions des acteurs déjà dominants ? Leonardo, aux côtés d’Airbus Defence and Space, Thales, Rheinmetall ou Leonardo-DRS, appartient au cercle restreint des groupes dotés de la taille et des capacités d’ingénierie nécessaires pour répondre efficacement aux appels à projets européens.

Pour les entreprises françaises, ce constat invite à s’interroger sur la compétitivité relative des acteurs nationaux dans la captation de ces financements. Thales et Safran, notamment, sont régulièrement présents dans les consortiums EDF, mais la lisibilité de leur positionnement global reste moins immédiate que celle affichée par Leonardo à travers cette communication consolidée. La montée en puissance des budgets de défense en Europe, portée par le contexte géopolitique issu de l’invasion de l’Ukraine en 2022 et par les engagements pris au sein de l’OTAN, devrait mécaniquement accroître le volume des appels à projets dans les prochains exercices du Fonds, offrant aux industriels européens de nouvelles opportunités de financement et de coopération.

Sur les marchés financiers, l’annonce n’a pas généré de mouvement notable, le titre Leonardo évoluant à l’équilibre lors de la séance milanaise suivant la publication. Les investisseurs semblent avoir anticipé ces résultats, ou les considèrent comme s’inscrivant dans la continuité d’une trajectoire de captation de financements publics européens déjà bien établie pour le groupe.

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