La DGSI prolonge son alliance avec Palantir : un choix stratégique qui relance le débat sur la souveraineté numérique

Crédits photo : DGSI

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La Direction générale de la Sécurité intérieure a décidé de reconduire, pour une durée de trois ans, son partenariat avec Palantir, entreprise américaine spécialisée dans l’analyse massive de données. Un renouvellement qui ne passe pas inaperçu tant il entre en tension avec les discours récurrents sur l’indépendance technologique et la protection des données sensibles françaises.

Fondée par Alex Karp et Peter Thiel, Palantir incarne une certaine vision du pouvoir technologique américain, étroitement liée aux sphères militaires, sécuritaires et politiques des États-Unis. Le fait que l’un de ses cofondateurs soit un soutien assumé de Donald Trump renforce encore le caractère controversé de ce choix.

Un partenariat présenté comme transitoire… qui ne cesse de ce prolonger

Lorsque la DGSI s’est tournée vers Palantir en 2015, le contexte était exceptionnel. Les attentats de novembre avaient révélé les limites des outils disponibles et imposé une réaction rapide. La solution américaine, déjà opérationnelle et performante, s’est alors imposée comme une réponse pragmatique à une urgence sécuritaire. À l’époque, les autorités évoquaient un recours temporaire, en attendant l’émergence de solutions alternatives.

Dix ans plus tard, le provisoire s’est installé dans la durée. Après des reconductions successives en 2019 puis en 2022, ce nouveau contrat prolonge une collaboration qui atteindra au minimum treize années. Un horizon qui interroge sur la capacité de l’État français à développer ou soutenir des outils souverains, qu’ils soient nationaux ou européens, dans un domaine aussi stratégique que le renseignement.

Données sensibles et dépendance technologique

Au cœur des critiques figure la question du droit américain, et notamment le Cloud Act, qui autorise les autorités des États-Unis à exiger l’accès à des données détenues par des entreprises américaines, y compris lorsque ces données sont hébergées hors du territoire. La coexistence de Palantir avec de multiples services de renseignement à travers le monde, parfois concurrents, nourrit également les inquiétudes sur d’éventuelles vulnérabilités.

L’entreprise assure de son côté que les informations traitées pour la DGSI sont stockées sur des infrastructures cloisonnées, accessibles uniquement par des agents français habilités. Des garanties techniques qui reposent néanmoins sur une relation de confiance difficile à auditer pleinement, compte tenu de l’opacité inhérente aux activités de renseignement.

Palantir s’implante de façon croissante en Europe

Parallèlement à ses contrats étatiques, Palantir renforce sa présence en Europe, y compris en France, où elle travaille avec plusieurs grands groupes du CAC 40. Cette stratégie vise à banaliser son image et à s’inscrire durablement dans les écosystèmes économiques et institutionnels européens. L’entreprise s’invite désormais aussi dans la gestion des politiques publiques locales, comme l’illustrent des contrats conclus au Royaume-Uni pour l’optimisation de services sociaux.

Cette expansion s’appuie sur la montée en puissance de l’intelligence artificielle, devenue un levier central de valorisation pour Palantir. Les conflits contemporains, notamment en Ukraine, servent également de terrain d’expérimentation grandeur nature à ses outils, renforçant à la fois sa crédibilité opérationnelle et sa valorisation boursière.

Un symbole des contradictions françaises : la DGSI n’est plus souveraine

Les déclarations d’Alex Karp, appelant à un renforcement assumé de la puissance américaine par la technologie, contrastent fortement avec les ambitions affichées en France et en Europe en matière de souveraineté numérique. En renouvelant son engagement avec Palantir, la DGSI acte un choix d’efficacité immédiate, mais au prix d’une dépendance prolongée à un acteur étranger au cœur du complexe techno-sécuritaire américain.

Ce partenariat illustre, une fois de plus, l’écart persistant entre les discours politiques sur l’autonomie stratégique et les décisions concrètes prises dans les secteurs les plus sensibles de l’État. Une contradiction qui pose une question de fond : la France est-elle réellement prête à investir, sur le long terme, dans des alternatives souveraines crédibles, ou continuera-t-elle à s’en remettre à des solutions importées lorsqu’il s’agit de sécurité nationale ?

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