Lancé en 2025 au Bourget par le ministre des Armées Sébastien Lecornu, le Pacte Espace engage le ministère des Armées dans un dialogue structuré avec la filière spatiale de défense. Sa deuxième plénière a placé l’export et la coopération internationale au cœur des priorités industrielles et stratégiques françaises.
Le Pacte Espace, un cadre de dialogue entre la DGA et l’industrie spatiale de défense
C’est au Bourget, en 2025, lors du 55e Salon international de l’aéronautique et de l’espace, que le ministre des Armées Sébastien Lecornu a officiellement lancé le Pacte Espace, un dispositif piloté par la Direction générale de l’armement visant à structurer les échanges entre le ministère des Armées et les acteurs industriels du spatial de défense. L’initiative répond à un constat partagé : la nécessité de mieux articuler les feuilles de route stratégiques, capacitaires et technologiques de la filière avec les besoins opérationnels et budgétaires des armées françaises.
Le Pacte repose sur trois piliers distincts. Le premier porte sur l’accélération industrielle et la compétitivité, dans la continuité du concept de « DGA de combat » qui traduit une posture plus réactive face aux urgences opérationnelles. Le deuxième concerne les standards et les architectures modulaires, condition indispensable à l’interopérabilité des systèmes spatiaux dans un environnement de défense de plus en plus fragmenté. Le troisième pilier, consacré à l’export et à la coopération internationale, a constitué le fil directeur de la deuxième plénière du Pacte.
Jean-Michel Parlier, manageur Pacte Espace à la DGA et organisateur de la plénière, souligne la valeur ajoutée de ce troisième axe : l’export et la coopération représentent un levier sur lequel le Pacte offre une plus-value significative pour les industriels, qu’il s’agisse de grands groupes, de PME ou de start-up du secteur spatial de défense.
L’export spatial de défense face à une concurrence mondiale inédite
Le secteur spatial traverse une phase d’expansion et de recomposition sans précédent à l’échelle mondiale. La multiplication des acteurs étatiques et privés, combinée à la réduction des coûts d’accès à l’orbite, génère une concurrence accrue sur les marchés internationaux. Pour les industriels français, cette dynamique crée à la fois des opportunités commerciales et des risques de décrochage si les mécanismes d’accompagnement à l’export ne sont pas adaptés en conséquence.
La Direction internationale de la coopération et de l’export de la DGA, connue sous l’acronyme DICE, enregistre une hausse des demandes de soutien de la part des industriels, notamment pour l’accompagnement dans le dépôt de licences d’exportation. Ce cadre réglementaire, essentiel pour encadrer les transferts de technologies sensibles, constitue souvent un point de friction pour les entreprises, en particulier les plus petites structures qui ne disposent pas de ressources juridiques dédiées.
Au-delà du cadre réglementaire, la question de la diversification géographique des partenariats se pose avec une acuité croissante. Jean-Michel Parlier pointe la nécessité de ne pas limiter l’horizon commercial aux seuls partenaires européens traditionnels : des marchés comme l’Inde, les pays d’Asie du Sud-Est ou les nations du Golfe représentent des débouchés stratégiques pour l’industrie spatiale de défense française. Cette diversification conditionne en partie le maintien de la compétitivité industrielle nationale sur le long terme.
Un plateau Europe pour renforcer le positionnement de la France à Bruxelles
La deuxième plénière du Pacte Espace a également été l’occasion pour la DGA de présenter un nouvel outil institutionnel : le plateau Europe. Cette structure, composée d’une quinzaine de spécialistes, a été mise en place dans le cadre de la transformation de la DGA vers une posture plus proactive dans le contexte d’augmentation significative des budgets européens consacrés à la défense, et plus particulièrement au domaine spatial.
La mission du plateau Europe est double. D’une part, il doit structurer et coordonner l’action de la DGA au sein des instances européennes, en veillant à ce que les priorités françaises soient correctement relayées dans les arbitrages communautaires. D’autre part, il est appelé à accompagner concrètement les projets industriels français dans leur accès aux financements et appels à projets lancés par Bruxelles, notamment dans le cadre du Fonds européen de défense.
Ce plateau est amené à devenir l’interlocuteur de référence pour les partenaires étatiques, institutionnels et industriels sur les sujets européens. Sa création traduit une prise de conscience : dans un contexte où l’Union européenne mobilise des ressources croissantes pour sa défense, la capacité à orienter les décisions prises à Bruxelles constitue un enjeu de souveraineté industrielle à part entière pour la France.
Des recommandations attendues pour accompagner toute la filière spatiale de défense
Les échanges réunis lors de cette deuxième plénière ont associé des experts issus de la DGA, du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales, de l’Alliance NewSpace France, et du Mouvement des entreprises de France. La diversité de ces parties prenantes illustre la volonté du dispositif de couvrir l’ensemble du spectre industriel, des grands intégrateurs aux jeunes pousses du NewSpace.
Ces travaux collectifs ont permis d’identifier plusieurs points d’attention sur lesquels des améliorations sont jugées nécessaires. Des recommandations concrètes doivent en découler, afin d’orienter les prochains travaux du Pacte et d’apporter des réponses opérationnelles aux industriels confrontés aux complexités réglementaires, aux enjeux de standardisation ou aux défis de l’internationalisation. L’objectif affiché est de construire un écosystème spatial de défense français plus cohérent, plus compétitif et mieux armé pour faire face aux transformations profondes que connaît le secteur à l’échelle mondiale.
Le Pacte Espace s’inscrit ainsi dans une logique de long terme : renforcer la base industrielle et technologique de défense française dans le domaine spatial, tout en consolidant la position de la France comme acteur spatial de premier rang en Europe et sur les marchés internationaux.


