Eramet : un fonds américano-émirati vise le capital français

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Le fonds Orion Critical Mineral Consortium, soutenu par les États-Unis et les Émirats arabes unis, envisage de prendre une participation significative dans le groupe minier français Eramet, fragilisé par une perte nette de 477 millions d’euros en 2025 et un fort endettement. L’opération, si elle se concrétise, placerait un acteur étranger au cœur d’un groupe stratégique dont l’État français est le deuxième actionnaire.

Eramet en difficulté, une cible pour Orion CMC

Le fonds Orion Critical Mineral Consortium envisage, selon des sources proches du dossier, d’acquérir tout ou partie de la participation de la famille Duval dans le groupe minier français Eramet, dont le siège est établi en région parisienne. La famille Duval détient actuellement 37 % du capital d’Eramet et en constitue le premier actionnaire privé, devant l’État français qui occupe la deuxième place au sein de l’actionnariat.

Orion CMC est un fonds constitué l’année dernière, doté d’un capital initial de 1,8 milliard de dollars spécifiquement alloué à des investissements dans des projets miniers à l’étranger. Il bénéficie du soutien des États-Unis et des Émirats arabes unis, deux puissances qui cherchent activement à sécuriser leurs approvisionnements en minéraux critiques face à la prépondérance de la Chine sur ces marchés, notamment sur le lithium, le cobalt et les terres rares.

Pour Eramet, la période est particulièrement délicate. L’exercice 2025 s’est soldé par une perte nette de 477 millions d’euros, dans un contexte de fort endettement et de volatilité des cours des matières premières. Ses actionnaires ont autorisé fin mai une augmentation de capital de 500 millions d’euros, destinée à restaurer l’équilibre financier du groupe et à lui redonner des marges de manœuvre opérationnelles.

Une gouvernance sous tension avant l’entrée d’Orion CMC

Au-delà des difficultés financières, c’est la stabilité managériale d’Eramet qui suscite des interrogations. Début 2026, le groupe a traversé une séquence de turbulences internes : le départ de Paulo Castellari, directeur général fraîchement nommé, a été suivi de la mise à l’écart du directeur financier, dont le poste a été confié fin mai à Simon Enochsberg, ancien directeur de cabinet de la présidente du conseil d’administration Christel Bories. Cette dernière, qui avait dirigé l’entreprise pendant une dizaine d’années avant de se recentrer sur la présidence non exécutive, a repris la direction générale à titre intérimaire pour assurer la continuité opérationnelle du groupe dans cette période critique.

Cette instabilité au sommet de la hiérarchie survient à un moment où Eramet doit simultanément gérer sa restructuration financière, piloter une augmentation de capital complexe et répondre aux attentes de ses actionnaires institutionnels. La perspective d’un nouvel entrant au capital, disposant d’un pouvoir financier considérable et d’ambitions géopolitiques affirmées, ajoute une dimension supplémentaire à une équation déjà complexe pour les dirigeants en place.

Ni Eramet ni Orion CMC n’ont souhaité confirmer ou commenter les discussions évoquées par les sources proches du dossier. L’absence de réaction officielle laisse entière la question du calendrier et des modalités précises d’une éventuelle transaction, qui pourrait prendre la forme d’une acquisition partielle ou totale de la participation de la famille Duval.

Eramet au cœur de la bataille mondiale pour les minéraux critiques

L’intérêt d’Orion CMC pour Eramet s’inscrit dans une dynamique géopolitique plus large. Le fonds a signé en février un protocole d’entente non contraignant avec le groupe minier anglo-suisse Glencore, prévoyant une prise de participation potentielle de 40 % dans les actifs congolais de ce dernier, notamment les filiales Mutanda Mining et Kamoto Copper Company, spécialisées dans l’extraction de cuivre et de cobalt en République démocratique du Congo. Cette stratégie de montée en puissance dans les chaînes d’approvisionnement minières illustre la volonté des pays alliés occidentaux de structurer des blocs alternatifs à l’influence chinoise sur les ressources extractives mondiales.

Pour la France, l’enjeu dépasse la simple opération capitalistique. Eramet est un acteur industriel d’importance stratégique : présent sur le manganèse, le nickel, le lithium et d’autres métaux essentiels à la transition énergétique et à l’industrie de défense, le groupe dispose d’actifs dans plusieurs pays à fort potentiel minier. L’État français, en tant que deuxième actionnaire, dispose d’un droit de regard sur les évolutions de l’actionnariat, mais la question de l’exercice effectif de ce droit de surveillance dans une opération impliquant des partenaires alliés demeure ouverte.

Une entrée d’Orion CMC dans le capital d’Eramet constituerait certes un signal positif quant à la valorisation du groupe et à sa capacité à attirer des investisseurs institutionnels de premier plan. Elle représenterait également un ancrage supplémentaire dans les réseaux d’approvisionnement en minéraux critiques portés par Washington et Abou Dhabi. Mais elle soulève, pour Paris, une question de fond : dans quelle mesure l’État entend-il maintenir une forme de contrôle effectif sur un groupe dont les matières premières extraites alimenteront les industries de souveraineté européennes de demain ? La réponse à cette question conditionnera en grande partie les conditions dans lesquelles une telle transaction pourrait, le cas échéant, recevoir l’aval des pouvoirs publics français.

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