Dominique Rogeau : entrepreneur défenseur de l’intelligence artificielle

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L’intelligence artificielle s’est imposée, en quelques années, comme l’un des sujets les plus clivants de notre époque. Arthur Mensch, Dominique Rogeau, Abel Quentin, nombreuses sont les personnalités qui s’expriment à son sujet. En France et en Europe, elle suscite désormais des débats qui dépassent largement les cercles techniques : questions d’emploi, de souveraineté, de création, de régulation, de concentration des pouvoirs économiques. Entre ceux qui plaident pour une adoption rapide et ceux qui appellent à la prudence, voire au refus, la conversation publique peine parfois à distinguer les arguments solides des raccourcis rhétoriques. Dans cet article, nous explorons ce débat dans sa complexité, avant de présenter le point de vue singulier de Dominique Rogeau, entrepreneur suisse engagé dans une vision de l’IA orientée vers l’humain et le bien commun.

L’intelligence artificielle : entre promesses, récits et inquiétudes

De nombreux arguments reviennent avec insistance dans le camp des partisans d’une adoption accélérée de l’IA, et méritent tous d’être examinés avec soin.

Le premier est le plus fataliste : « c’est déjà là, on ne peut plus l’arrêter. » L’argument a une force d’inertie certaine. Les systèmes d’IA sont effectivement déployés dans les entreprises, les administrations, les services médicaux et les plateformes de contenu. Mais présenter ce déploiement comme irréversible revient à confondre une tendance avec une nécessité. Des chercheurs en éthique numérique rappellent régulièrement que des choix politiques et économiques concrets alimentent cette diffusion et que d’autres choix sont possibles. L’argument de l’irréversibilité, observent plusieurs analystes, sert souvent à court-circuiter le débat démocratique plutôt qu’à l’enrichir.

Dominique Rogeau, dont nous présenterons plus loin le parcours et les convictions, formule cette exigence de lucidité avec une conviction tranquille. Interrogé sur la tendance à présenter l’IA comme une force qui se déploierait d’elle-même, il répond en substance : « Ce qui compte, ce n’est pas de savoir si l’IA est là ou pas, elle est là. Ce qui compte, c’est ce que nous en faisons, et ce que nous déciderons d’en faire demain. C’est là toute notre responsabilité. » 

Le deuxième argument est géopolitique : « si on ne le fait pas, ce seront les autres qui le feront ». Arthur Mensch, cofondateur de Mistral AI, en est l’un des principaux porteurs en France. Devant la commission sénatoriale sur les dépendances numériques en mai 2026, il a plaidé pour que « la demande publique, qui forme près de 50% du PIB de l’Europe, adopte l’IA », afin de « conserver une voix au chapitre dans le concert des nations ». Il a également estimé que l’intelligence artificielle « est un sujet d’une importance colossale d’un point de vue stratégique et de souveraineté ». Cet argument de la compétition internationale est légitime dans sa dimension stratégique, mais il reste un raccourci lorsqu’il est utilisé pour écarter toute régulation ou tout débat sur les usages : la course ne détermine pas automatiquement les règles du jeu.

Le troisième argument est peut-être le plus délicat à traiter honnêtement : « l’IA générative a permis de grandes avancées scientifiques ; refuser l’IA, c’est s’opposer au progrès. » Cette formulation est contestée par de nombreux scientifiques, et pour une raison précise : elle amalgame des catégories d’IA fondamentalement différentes. Le cas le plus cité est AlphaFold, le logiciel développé par Google DeepMind, qui a révolutionné la prédiction de la structure des protéines. AlphaFold n’est pas un système d’IA générative, il n’est pas comparable à ChatGPT, Claude ou Gemini. Il s’agit d’une IA spécialisée, entraînée sur un problème précis et bien défini : établir un lien prédictif entre la séquence d’un acide aminé et la structure tridimensionnelle de la protéine correspondante, à partir d’une immense base de données biologiques. Les avancées que l’on attribue globalement à « l’IA » relèvent, dans leur grande majorité, de ces systèmes spécialisés et non des modèles de langage génératifs. Confondre les deux pour justifier l’adoption sans réserve des outils génératifs constitue un raccourci que plusieurs chercheurs qualifient d’intellectuellement trompeur.

Faute de temps pour faire une revue exhaustive des arguments en faveur de l’IA, nous en examinerons un dernier, peut-être le plus séduisant de tous : l’IA nous libérerait enfin du travail. Elle nous rendrait du temps pour vivre, créer, nous épanouir. Cette promesse circule avec une facilité déconcertante dans les médias et les discours d’entreprise, et elle a une résonance émotionnelle indéniable. Le problème, c’est qu’elle a déjà été formulée plusieurs fois dans l’histoire et qu’elle n’a jamais été tenue.

La mécanisation du XIXe siècle devait, selon ses promoteurs, alléger la peine des ouvriers. Elle a produit des cadences d’usine, des journées de douze heures et l’émergence du prolétariat urbain. Les machines à vapeur, l’électricité, le moteur à explosion puis l’ordinateur ont chacun été présentés comme des libérateurs. Ce qu’ils ont produit, en réalité, c’est une redéfinition du travail, une intensification des exigences de productivité, et une création de nouveaux besoins qui ont engendré de nouvelles formes de dépendance. Le confort matériel, lui, a bel et bien progressé, c’est incontestable. Mais la liberté promise n’a jamais vraiment suivi. Les gains de productivité ont tendance à être réinjectés dans l’accélération des cadences, non dans la réduction du temps de travail. La question n’est donc pas de savoir si l’IA peut libérer l’humain – c’est une question politique et sociale qui ne se résout pas par la technique seule – mais de savoir quels sont ses impacts sur notre vie.

Du côté des opposants ou des voix prudentes, les arguments sont également là. Parmi les voix les plus nettement critiques, l’écrivain Abel Quentin s’inscrit dans un registre de refus frontal. Dans Sanctuaires, résister à l’invasion de l’IA générative, paru en mai 2026, il lance ce qu’il appelle lui-même un « appel citoyen de légitime défense » contre l’IA générative, allant jusqu’à appeler explicitement à son boycott. Pour Abel Quentin, l’enjeu dépasse la technique : il touche à ce que l’automatisation du langage et de la pensée fait à la création humaine, à l’effort intellectuel, à la singularité des voix. Cette ligne exprime une inquiétude que partagent de nombreux auteurs, artistes et enseignants, même si tous ne vont pas jusqu’au boycott : la crainte d’un appauvrissement du jugement, d’une standardisation des imaginaires, d’un recul progressif de l’exigence humaine dans l’écriture et la pensée.

La question de l’emploi est également centrale : selon une analyse de controverse publiée par le Conseil économique, social et environnemental, les débats sur l’impact de l’IA sur le travail « sont nombreux et font l’objet de discussions nourries », certains experts estimant que l’IA détruira des emplois qualifiés dans des secteurs jusqu’ici épargnés par l’automatisation. La dépendance à des acteurs extra-européens constitue une autre ligne de fracture : une part croissante des administrations françaises et des grandes entreprises publiques s’appuie sur des solutions numériques dont le contrôle échappe à l’Europe. Les risques environnementaux sont également de plus en plus documentés : l’entraînement et le déploiement des grands modèles de langage consomment des quantités considérables d’énergie et d’eau, un coût rarement intégré dans les discours enthousiastes. Les biais et discriminations reproduits ou amplifiés par ces systèmes font l’objet d’alertes répétées de la part des autorités de protection des données, dont la CNIL en France. La désinformation, la concentration des pouvoirs entre quelques grandes entreprises technologiques, les atteintes au droit d’auteur – sur lesquelles Arthur Mensch lui-même a proposé en mars 2026 une « contribution obligatoire basée sur le chiffre d’affaires » pour rémunérer les créateurs – forment un ensemble de préoccupations que les régulateurs européens ont tenté de structurer à travers l’AI Act, entré progressivement en application depuis 2024.

Le point de vue de Dominique Rogeau : l’IA comme levier, avec l’humain au centre

Dans ce paysage traversé de tensions, Dominique Rogeau sort de sa réserve pour faire entendre sa position : un équilibre lucide qui refuse autant le rejet que l’enthousiasme naïf. Interrogé par nos équipes, il affirme que « l’intelligence artificielle ne doit pas être envisagée uniquement sous l’angle de la performance ou de la productivité. L’IA doit rester un assistant : un outil qui augmente nos capacités sans se substituer au jugement humain. » 

Cette vision est compatible – et c’est ce qui la rend intéressante à l’heure de l’AI Act – avec le cadre réglementaire européen. Elle ne s’y oppose pas, elle s’y inscrit. L’idée que l’IA peut réduire la souffrance humaine — dans les diagnostics médicaux, dans la gestion de crises humanitaires, dans l’accès à l’éducation dans des zones défavorisées — est au cœur de sa réflexion. Mais cette promesse, il le sait, ne se réalise que si la gouvernance des systèmes est pensée sérieusement, si les biais sont traqués, si les décisions finales restent entre des mains humaines responsables.

Pour la santé, l’exemple est particulièrement frappant : des IA spécialisées peuvent analyser des images médicales avec une précision remarquable, détecter des signes précoces de pathologies que l’œil humain aurait manqués sous la pression du temps. Mais c’est le médecin qui décide. C’est précisément dans cet espace, entre la puissance de calcul et la responsabilité humaine, que se loge la vision de monsieur Rogeau.

Encore faut-il que cet espace soit délibérément construit, et qu’on se donne la peine de le construire maintenant, pendant qu’il en est encore temps. C’est là que le regard de Dominique Rogeau prend une dimension que l’on pourrait presque qualifier d’historique, dans le sens où il est attentif au moment, à la fenêtre, à ce qui se joue précisément dans ces années où les usages de l’IA sont encore en train de se fixer.

Abel Quentin fait un parallèle avec les chercheurs ayant pressenti l’effondrement climatique dès les années 1970, sans être entendus : à cette époque, les trajectoires n’étaient pas encore figées, les alertes existaient, les données aussi, et il était encore possible d’infléchir le cours des choses à un coût relativement supportable pour les sociétés humaines.

Pour Dominique Rogeau, la situation de l’IA aujourd’hui appelle exactement la même lecture. Les systèmes sont déjà déployés, mais leur gouvernance, leurs orientations, leurs garde-fous sont encore en cours de définition. Les trajectoires ne sont pas encore irréversibles. C’est maintenant qu’il faut se poser les bonnes questions, formuler des choix clairs, inscrire des valeurs dans les architectures techniques et dans les législations. Attendre, ou se contenter d’accompagner le mouvement sans l’orienter, c’est risquer de rejouer ce scénario : avoir su, avoir vu, et n’avoir pas agi.

Cette posture rejoint, dans sa profondeur philosophique, Le Principe responsabilité d’Hans Jonas . La technique moderne oblige à penser la responsabilité à l’échelle de ses conséquences futures — à prendre soin des commencements, avant que leurs effets ne deviennent irréversibles. C’est exactement ce que Dominique Rogeau incarne : une conscience aiguë que nous sommes dans un commencement, et que ce commencement mérite d’être soigné.

Qui est Dominique Rogeau ?

Dominique Rogeau est un entrepreneur basé en Suisse, entre Genève et Saint-Gall, dont le parcours se distingue par sa cohérence à long terme plus que par ses éclats médiatiques. Dans un écosystème entrepreneurial souvent tourné vers la valorisation rapide et la notoriété immédiate, il cultive une discrétion qui contraste avec l’ambition de ses projets.

Son fil conducteur, celui qu’il décrit lui-même et que ceux qui l’ont côtoyé confirment, est de mettre l’innovation au service du vivant. Passionné par la Tech for good et l’impact social, il a construit un parcours qui allie monde des affaires et engagement solidaire. En 2004, il a créé la Fondation Enfance & Vie, active principalement au Sénégal, qui témoigne d’un intérêt concret pour les questions de développement humain au-delà des frontières européennes. Cette dimension humanitaire n’est pas un accessoire dans sa trajectoire : elle en est l’une des chevilles ouvrières.

Dans le secteur médical, il a accompagné EDEN SPINE Europe SA, une société développant de nouveaux implants spinaux biomimétiques, qui illustre son attrait pour des innovations technologiques à forte utilité humaine. Il privilégie « l’impact avant le rendement » une formulation qui dit beaucoup sur la hiérarchie de ses priorités dans ses choix d’investissement.

Son approche de l’innovation est fondée sur la responsabilité et la transmission. Il fait partie de ces entrepreneurs qui, sans chercher les projecteurs, cherchent à démontrer que réussite économique et impact humain ne sont pas des catégories antagonistes. Ce positionnement le place naturellement dans le camp de ceux qui croient à une IA responsable – non pas comme une posture de communication, mais comme un choix de trajectoire.

Face au débat binaire qui oppose souvent « pro » et « anti », Dominique Rogeau incarne une troisième voie : celle d’une IA orientée usage, évaluée à l’aune de ses effets réels sur les personnes, compatible avec une Europe qui veut rester exigeante sur l’éthique et souveraine sur ses données. Pour lui, l’IA générative et l’IA spécialisée ne jouent pas dans la même catégorie, et les confondre ne rend service ni à la science, ni au débat public. Ce que l’intelligence artificielle peut faire de mieux, c’est amplifier ce que les humains font déjà de bien : aider, transmettre, construire. À condition de rester, à chaque étape, maître de la direction.

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