Le géant américain ConocoPhillips a annoncé vendredi l’acquisition d’une participation de 42 % dans une société exploitant plusieurs champs pétroliers majeurs dans le nord de l’Irak, en reprenant cette part au groupe britannique BP. La transaction, dont le montant n’a pas été divulgué, devrait être finalisée avant la fin de l’année 2026.
ConocoPhillips s’empare d’une part stratégique dans les champs pétroliers de Kirkouk
ConocoPhillips, groupe énergétique américain, a conclu vendredi un accord portant sur l’acquisition d’une participation de 42 % dans BP Energy Company of Kirkuk (BP ECKL), une entité détenue par le groupe britannique BP et opérant au cœur des zones pétrolières du nord de l’Irak. Cette prise de participation concerne directement les champs de Baba et d’Avanah, réputés historiquement productifs, situés dans le vaste gisement de Kirkouk, ainsi que les champs adjacents de Bai Hassan, Jambur et Khabbaz, tous implantés en Irak fédéral. L’opération s’inscrit dans un contexte géopolitique significatif : elle devrait être officiellement actée lors de la visite d’une semaine du Premier ministre irakien Ali al-Zaidi à Washington, entamée lundi, signalant une convergence d’intérêts entre Bagdad et les capitales occidentales autour de la valorisation des ressources énergétiques irakiennes.
Le contrat de développement et de production (DPC) au cœur de cet accord porte sur un volume initial exploitable estimé à plus de trois milliards de barils équivalents pétrole. Il prévoit également la possibilité de conduire des opérations d’exploration complémentaires, ouvrant la voie à une revalorisation potentielle des réserves identifiées. Ryan Lance, directeur général de ConocoPhillips, a qualifié cette acquisition d’« unique opportunité de développement » s’inscrivant dans la continuité d’une politique d’investissement disciplinée, visant des ressources importantes, de haute qualité et durables, dans le respect des critères de coûts de production retenus par le groupe.
Sur le plan structurel, BP ECKL est considérée comme un actif affilié de ConocoPhillips et non comme une filiale à part entière, ce qui implique, selon le communiqué du groupe, une mobilisation limitée de capitaux propres. La rémunération de ConocoPhillips sera calculée sur la base d’une répartition proportionnelle de la production et des coûts d’exploitation. La transaction, dont les détails financiers demeurent confidentiels, devrait être finalisée avant la fin de l’année 2026, avec une entrée en vigueur rétroactive fixée au 1er juillet.
L’Irak, deuxième producteur de l’OPEP, au cœur des enjeux pétroliers mondiaux
Cette opération intervient quelques mois après un accord conclu fin mars 2025 entre Bagdad et BP, portant sur la réhabilitation et le développement de quatre champs pétroliers à Kirkouk. L’entrée de ConocoPhillips dans ce schéma de gouvernance amplifie la présence du capital américain dans un bassin dont l’importance stratégique dépasse largement les frontières irakiennes. Deuxième producteur au sein de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), l’Irak repose structurellement sur l’or noir, qui représente près de 90 % des recettes budgétaires nationales. En juin dernier, le pays produisait environ deux millions de barils par jour selon le dernier rapport mensuel de l’OPEP.
Avec 145 milliards de barils de réserves prouvées, l’Irak détient approximativement 9 % des réserves mondiales de pétrole, ce qui représente, au rythme de production actuel, un horizon d’exploitation estimé à près de 96 ans. Ces chiffres placent le pays parmi les acteurs incontournables de la sécurité énergétique mondiale, et en font une cible naturelle pour les majors pétrolières en quête de volumes à long terme à des coûts compétitifs.
Pour ConocoPhillips, cette acquisition s’inscrit dans une logique de renforcement du portefeuille d’actifs internationaux à fort potentiel de production. Le groupe américain accède ainsi à des ressources considérables situées dans une zone dont la productivité est attestée depuis plusieurs décennies, tout en limitant son exposition financière directe grâce à la structure juridique retenue pour l’opération.
Des implications pour l’équilibre énergétique et la diplomatie économique occidentale
Au-delà de la dimension industrielle, cet accord illustre la compétition que se livrent les grandes puissances pour sécuriser des positions dans les pays à fort potentiel en hydrocarbures. La présence renforcée de capitaux américains à Kirkouk, combinée à l’implication de BP, groupe britannique, dessine un paysage dans lequel les acteurs européens et américains partagent, au moins partiellement, les mêmes intérêts économiques en Irak. Dans ce contexte, la question de la place des opérateurs du Vieux Continent — français en particulier — dans les grands projets pétroliers irakiens mérite d’être posée avec acuité, alors que la souveraineté énergétique européenne reste un sujet sensible face à la dépendance persistante aux importations d’hydrocarbures.
La signature formelle de la transaction lors de la visite du Premier ministre irakien à Washington revêt également une dimension diplomatique non négligeable. Elle témoigne de la volonté de Bagdad de diversifier et de consolider ses partenariats avec les investisseurs occidentaux, dans un environnement régional encore marqué par des fragilités politiques et sécuritaires. Pour les décideurs européens, cet accord rappelle l’importance de maintenir une présence active et compétitive dans les bassins énergétiques mondiaux, au moment où la transition vers les énergies renouvelables s’étale sur plusieurs décennies et où la demande mondiale en pétrole continue de peser lourd dans les équilibres macroéconomiques globaux.
