Après plusieurs années de ralentissement, le capital-investissement mondial amorce un retour en force. Selon le dernier rapport annuel publié par Bain & Company, l’année 2025 a marqué un rebond significatif de l’activité, avec une forte hausse des opérations de rachat et des sorties. Mais derrière cette reprise se dessine une transformation profonde du modèle économique du secteur, désormais confronté à des exigences de performance plus élevées et à un environnement financier moins favorable.
Une reprise portée par les grandes opérations
Le marché mondial du capital-investissement a connu en 2025 une accélération notable des transactions. La valeur totale des rachats a atteint environ 904 milliards de dollars, soit une hausse de 44 % sur un an. De leur côté, les sorties ont progressé encore plus fortement, bondissant de 47 % pour atteindre 717 milliards de dollars.
Ces chiffres rapprochent l’activité du secteur de ses niveaux historiques, juste derrière l’année exceptionnelle de 2021. La reprise s’explique en partie par la baisse progressive des taux d’intérêt et par la volonté des fonds d’investir les capitaux disponibles. À l’échelle mondiale, les sociétés de private equity disposent en effet d’environ 1 300 milliards de dollars de capitaux encore non investis.
Cette dynamique s’est toutefois concentrée sur un nombre limité d’opérations de très grande taille. Les transactions dépassant 10 milliards de dollars ont représenté près de 30 % de la valeur totale des rachats. Parmi les opérations emblématiques figurent la privatisation du groupe de jeux vidéo Electronic Arts pour 56,6 milliards de dollars ou encore la vente du spécialiste des data centers Aligned Data Centers pour environ 40 milliards de dollars.
Hors de ces « mégadeals », l’activité reste plus mesurée. Le nombre total de rachats a reculé d’environ 6 % sur un an, traduisant un marché encore prudent dans un contexte économique incertain.
Un secteur confronté à un problème persistant de liquidité
Malgré la reprise des sorties, le capital-investissement continue de faire face à un problème structurel de liquidité. Les distributions aux investisseurs restent faibles par rapport à la valeur des portefeuilles détenus.
Depuis quatre ans, les montants redistribués aux investisseurs représentent moins de 15 % de la valeur liquidative des fonds, un niveau inhabituellement bas pour l’industrie. Cette situation s’explique notamment par le nombre élevé d’entreprises encore détenues par les fonds : environ 32 000 sociétés, représentant une valeur estimée à près de 3 800 milliards de dollars.
Les périodes de détention des participations se sont également allongées. Alors qu’elles s’établissaient en moyenne entre cinq et six ans dans les années 2010, elles atteignent désormais environ sept ans.
Cette difficulté à restituer rapidement du capital aux investisseurs complique les levées de fonds. En 2025, les levées de capitaux dans le private equity ont poursuivi leur recul pour la quatrième année consécutive. Les fonds spécialisés dans les rachats d’entreprises ont ainsi levé environ 395 milliards de dollars, soit une baisse d’environ 16 % sur un an.
« 12 est le nouveau 5 » : un changement de paradigme
Au-delà des fluctuations conjoncturelles, le secteur entre dans une nouvelle phase de maturité. L’époque où les fonds pouvaient générer des rendements élevés grâce à l’effet de levier financier et à la hausse des valorisations semble révolue.
Dans les années 2010, une croissance annuelle de l’EBITDA d’environ 5 % suffisait généralement pour atteindre les rendements attendus par les investisseurs. Aujourd’hui, les conditions ont profondément changé : coût de la dette plus élevé, niveaux d’endettement plus faibles et multiples d’acquisition déjà élevés.
Dans ce nouveau contexte, les fonds doivent désormais viser une croissance annuelle de l’EBITDA comprise entre 10 % et 12 % pour atteindre des performances comparables. C’est ce que les analystes résument par une nouvelle règle : « 12 est le nouveau 5 ».
Concrètement, la création de valeur repose désormais davantage sur l’amélioration opérationnelle des entreprises détenues. Les fonds doivent renforcer leur expertise sectorielle, investir dans les technologies, notamment l’intelligence artificielle, et activer rapidement les leviers de croissance au sein des sociétés de leur portefeuille.
Vers une nouvelle hiérarchie du capital-investissement
Cette transformation du modèle favorise les acteurs les plus structurés et les mieux capitalisés. Les investisseurs institutionnels tendent à privilégier les grandes plateformes capables de démontrer des performances régulières et une stratégie claire.
Dans ce nouvel environnement, la capacité à générer durablement de la croissance et à créer de la valeur opérationnelle devient le principal facteur de différenciation entre les fonds.
Si la reprise des transactions laisse entrevoir un cycle plus favorable pour les années à venir, l’industrie du capital-investissement entre donc dans une phase plus exigeante. Les performances futures dépendront moins des conditions de marché que de la capacité des fonds à transformer en profondeur les entreprises dans lesquelles ils investissent.

