Baromètre industriel de l’État : la France maintient le cap malgré un ralentissement de la réindustrialisation

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La Direction générale des Entreprises (DGE), rattachée au ministère de l’Économie, publie son nouveau Baromètre industriel de l’État pour le premier semestre 2025. Après deux années de forte dynamique, les indicateurs confirment une stabilisation du mouvement de réindustrialisation, dans un contexte international marqué par la concurrence accrue et les tensions commerciales.

Une réindustrialisation qui résiste

Avec un solde net de +9 ouvertures et extensions de sites industriels au premier semestre 2025, la France continue d’ouvrir plus d’usines qu’elle n’en ferme. Si le chiffre marque un net ralentissement par rapport au précédent semestre (+48), il confirme néanmoins la résilience du tissu industriel français, soutenu par les dispositifs publics comme le plan France 2030 ou le crédit d’impôt pour l’industrie verte (C3IV).

La DGE rappelle que ces données reposent sur des faits effectifs — chaque nouvelle usine étant comptabilisée à partir de la première production réelle. Cette approche met en lumière la réalité de la réindustrialisation française, au-delà des annonces.

Les ouvertures demeurent concentrées dans les secteurs stratégiques identifiés par l’État, avec une contribution majeure de l’industrie verte (+11) et une montée en puissance notable de la défense (+8), portée par la relance de l’aéronautique militaire.

Une pression internationale qui s’intensifie

Ce ralentissement n’est pas spécifique à la France. Après une période d’expansion en 2022-2023, les grandes économies industrielles européennes — Allemagne, Italie, Espagne — subissent elles aussi les effets d’un environnement international tendu.
Les tensions commerciales entre les grandes puissances, la surproduction chinoise sur certains marchés (métallurgie, automobile, chimie) et la hausse des droits de douane américains affectent directement la compétitivité des filières industrielles européennes.

En parallèle, les investissements directs étrangers ont reculé de 7 % entre 2023 et 2024, selon le baromètre EY, même si la France demeure le pays le plus attractif d’Europe pour les implantations industrielles.
Les indicateurs français témoignent d’un effort constant pour préserver cette attractivité, malgré une hausse des défaillances d’entreprises et une baisse des nouvelles autorisations ICPE (installations classées pour la protection de l’environnement).

L’industrie verte et la défense tirent la croissance de l’industrie française

Le premier semestre 2025 confirme la place de l’industrie verte comme moteur de la réindustrialisation. Les ouvertures dans ce domaine concernent notamment les sites de recyclage, de valorisation des matières ou de reconditionnement d’équipements, soutenant une économie circulaire désormais bien ancrée.

Le secteur de la défense fait également une percée remarquée : pour la première fois, il figure parmi les plus dynamiques avec un solde de +8 ouvertures nettes, dont 40 % dans l’aéronautique militaire.
Ces tendances s’inscrivent dans un contexte géopolitique tendu, où la souveraineté industrielle et la sécurisation des chaînes d’approvisionnement redeviennent prioritaires.

À l’inverse, certains secteurs historiques connaissent des difficultés persistantes :

  • La chimie affiche un solde de –4, pénalisée par la hausse des coûts de l’énergie et la concurrence internationale.
  • Le transport, notamment l’automobile, enregistre 13 fermetures de sites, confirmant une mutation structurelle du secteur.
  • L’agroalimentaire, bien que restant attractif (19 ouvertures), ralentit également sous l’effet de la hausse des intrants et de la concentration des acteurs.

Des dynamiques régionales contrastées

Sur le plan territorial, les régions Occitanie et Nouvelle-Aquitaine se distinguent avec un solde positif de +8 chacune, soutenues par les filières aéronautique et défense.
À l’inverse, les régions industrielles du Nord-Est (Grand Est, Hauts-de-France) enregistrent un recul (–5), traduisant une transformation plus lente de leurs modèles productifs.
Les Pays de la Loire, habituellement portés par la construction navale et l’automobile, basculent pour la première fois en solde négatif (–6), affectés par les difficultés du secteur automobile.

Une politique industrielle européenne à renforcer

Malgré cette phase de stabilisation, la France reste déterminée à poursuivre sa politique de réindustrialisation et à renforcer la coordination européenne face aux nouvelles rivalités économiques.
Paris plaide pour une meilleure régulation des importations, la mise en place de quotas stratégiques et l’application du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, afin de garantir une concurrence équitable et de soutenir les filières locales.

L’enjeu, désormais, n’est plus seulement de créer des usines, mais de pérenniser les capacités productives et d’ancrer durablement la souveraineté industrielle française dans un environnement mondialisé en recomposition.

Un signal d’alerte mesuré, une dynamique à préserver

Si la courbe des ouvertures d’usines marque une pause, la tendance reste structurellement positive.
Le Baromètre industriel de l’État souligne que la France conserve un tissu industriel dynamique, soutenu par des dispositifs d’aide ciblés, une volonté politique affirmée et un socle technologique robuste.

La vigilance demeure toutefois de mise : la réindustrialisation ne se décrète pas, elle se construit dans la durée, à la croisée des politiques publiques, de la compétitivité des entreprises et de la stabilité internationale.

En somme, la France reste en mouvement, entre résistance et adaptation, dans une bataille industrielle qui s’annonce mondiale et stratégique.

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