Alors que la concurrence internationale s’intensifie sur le marché des sous-marins, Naval Group vient de franchir une étape décisive en Pologne. L’industriel français a signé un accord de coopération industrielle avec Polska Grupa Zbrojeniowa (PGZ), le principal groupe polonais de défense, dans le cadre du programme « Orka » visant à doter Varsovie de nouveaux sous-marins à propulsion diesel-électrique. Ce partenariat intervient dans un contexte délicat pour Naval Group, récemment évincé de plusieurs appels d’offres majeurs.
Un marché polonais hautement stratégique
Relancé en 2023 après plusieurs années de suspension, le programme Orka prévoit l’acquisition d’au moins trois sous-marins, pour un montant estimé à 2,5 milliards d’euros. Varsovie avait initialement sollicité onze industriels, et sept restent aujourd’hui en compétition : Babcock (Royaume-Uni), Fincantieri (Italie), Saab (Suède), TKMS (Allemagne), Navantia (Espagne), Hanwha Ocean (Corée du Sud) et Naval Group (France).
Dans ce contexte, chaque constructeur rivalise de promesses en matière de transfert de technologie et d’implication de l’industrie polonaise. Hanwha Ocean s’est engagé à livrer une première unité avant 2028, une rapidité qui séduit Varsovie. Saab, de son côté, bénéficie du soutien politique direct de Stockholm, renforçant la dimension stratégique de sa candidature malgré les difficultés techniques rencontrées sur son programme A26.
Pour Naval Group, la carte polonaise n’est pas nouvelle. L’entreprise avait déjà noué des accords avec PGZ en 2017, alors qu’elle s’appelait encore DCNS. Le nouvel accord signé au salon MSPO de Kielce permet d’élever cette coopération à un niveau supérieur, notamment en élargissant la participation de l’industrie polonaise à la chaîne de production du Scorpène, le modèle proposé par le groupe français.
Une coopération industrielle ancrée dans le traité franco-polonais
Selon Naval Group, la signature de ce nouvel accord industriel « constitue une étape importante dans la relation stratégique entre les deux entreprises » et « ouvre la possibilité d’intégrer l’industrie polonaise de défense à notre chaîne d’approvisionnement ». L’industriel français souligne également que cette initiative s’inscrit dans le cadre du traité d’amitié franco-polonais signé le 9 mai 2025 à Nancy, preuve que la dimension politique et diplomatique joue un rôle central dans les négociations.
La démarche a été précédée d’une visite officielle en juillet à Toulon, où une délégation conduite par le vice-ministre polonais de la Défense, Paweł Bejda, avait évalué les capacités industrielles françaises. Cette mission portait notamment sur les perspectives de transfert de technologie et l’implication directe de l’industrie polonaise dans le programme Orka.
Pour Varsovie, l’enjeu est double : renforcer sa souveraineté militaire face aux tensions en mer Baltique et consolider son industrie nationale en s’associant à un partenaire étranger crédible et technologiquement avancé.
Entre succès et revers, Naval Group joue gros à l’international
Cette avancée polonaise intervient dans un moment contrasté pour Naval Group. L’été 2025 a été marqué par deux revers de taille : l’élimination de sa candidature pour le méga-contrat canadien de 12 sous-marins, au profit de TKMS et Hanwha Ocean, et la défaite face à BAE Systems pour la fourniture des futures frégates norvégiennes. Dans ce dernier cas, Oslo a justifié son choix par son « intimité stratégique » avec Londres, illustrant combien les considérations politiques pèsent autant que la compétitivité industrielle.
Pour Pierre Éric Pommellet, PDG de Naval Group, ces échecs ne doivent pas masquer les succès récents, comme la commande de frégates par la Grèce ou le contrat remporté aux Pays-Bas. « On ne peut pas tout gagner, partout, tout le temps », a-t-il relativisé lors du Forum économique breton à Saint-Malo. Mais il reconnaît que les succès à l’export sont vitaux pour amortir les coûts de production et maintenir la compétitivité de l’entreprise, alors que les finances publiques françaises traversent une période de tension.
Une décision attendue d’ici fin 2025
Varsovie devrait trancher d’ici la fin de l’année. Le choix polonais sera déterminant pour l’équilibre de Naval Group sur le marché international, mais aussi pour la coopération stratégique entre Paris et Varsovie.
Dans un contexte géopolitique marqué par la guerre en Ukraine, la pression militaire russe en Baltique et la nécessité pour l’OTAN de renforcer ses flancs orientaux, le programme Orka dépasse le simple cadre industriel. Il incarne une bataille stratégique où se mêlent diplomatie, souveraineté et équilibre des forces en Europe.
Pour Naval Group, l’accord signé avec PGZ constitue un atout diplomatique et industriel indéniable. Mais face à des concurrents offensifs comme Hanwha Ocean ou TKMS, la victoire finale dépendra autant de la solidité technique de l’offre française que des équilibres politiques régionaux.


