CARMAT reprend sa cotation mais reste sous la menace d’une liquidation

Crédits photo : Carmat
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Alors que son avenir s’assombrit, la medtech française CARMAT, conceptrice du cœur artificiel Aeson®, a annoncé la reprise de la cotation de son action à partir du 21 août 2025. Cette décision intervient dans un contexte de redressement judiciaire marqué par l’incertitude et un risque élevé de liquidation.

Une offre de reprise de Carmat encore incertaine

Depuis le 1er juillet 2025, CARMAT est engagée dans une procédure de redressement judiciaire. Un appel d’offres a été lancé pour tenter de sauver l’entreprise, qui développe depuis plus de quinze ans le premier cœur artificiel total physiologique au monde.

Une seule offre a été déposée : celle de HOUGOU, le family office de Pierre Bastid, président du conseil d’administration et déjà actionnaire à hauteur de 17 % via la société LOHAS. Présentée comme un plan de cession, cette offre a été examinée le 19 août par le Tribunal des Activités Économiques de Versailles.

Le Tribunal a néanmoins jugé nécessaire d’accorder un délai supplémentaire au repreneur pour lever les conditions suspensives et finaliser son projet. Une nouvelle audience a été fixée au 30 septembre 2025.

Dans l’attente, et afin de financer temporairement l’activité, Pierre Bastid s’est engagé à injecter immédiatement 1,3 million d’euros dans CARMAT. Cette somme, versée en compte courant, est non remboursable et restera acquise à la société, même si l’offre de reprise échoue.

Des actionnaires exposés à une perte totale

Malgré cette avance financière, les perspectives restent extrêmement sombres. CARMAT a prévenu qu’en toutes hypothèses – que l’offre aboutisse ou non – la société sera probablement liquidée dans les semaines à venir.

Deux scénarios sont désormais envisageables :

  • En cas d’échec de l’offre, CARMAT sera liquidée sans reprise d’activité. Les actionnaires perdront la totalité de leur investissement et les créanciers subiront des pertes très importantes.
  • Si l’offre est validée, les activités de CARMAT seraient transférées dans une nouvelle entité contrôlée par le repreneur. Mais dans ce cas également, compte tenu du niveau de passif et des conditions de l’offre, les actionnaires actuels n’ont pratiquement aucune chance de récupérer leur mise. Ils seraient très fortement dilués.

Dans les deux cas, la société insiste sur le fait que la perte pour les investisseurs est quasi inévitable, tandis que les créanciers risquent également de voir leurs créances s’évaporer.

Une activité réduite au strict minimum

En attendant la prochaine audience, CARMAT a drastiquement limité ses opérations. L’entreprise concentre désormais ses ressources sur deux priorités :

  • le suivi des patients déjà implantés avec le cœur artificiel Aeson®,
  • la poursuite des activités réglementaires et techniques essentielles pour maintenir une possibilité de redémarrage futur si sa pérennité venait à être assurée.

Toutes les nouvelles implantations, qu’elles soient commerciales ou cliniques, restent suspendues. La société assure toutefois qu’elle fera tout pour garantir la continuité du support médical auprès des patients équipés, même en cas de liquidation judiciaire.

Carmat : une technologie pionnière mais fragilisée

Fondée en 2008, CARMAT s’est imposée comme un symbole de l’innovation médicale française. Son cœur artificiel Aeson® est le premier dispositif physiologique hémocompatible, pulsatile et auto-régulé, destiné à offrir une alternative à la transplantation cardiaque.

Malgré des avancées cliniques notables et une homologation en Europe pour une utilisation en « pont à la transplantation », la société n’a jamais réussi à franchir le cap de la rentabilité. Les coûts de développement, les aléas réglementaires et la difficulté à industrialiser le dispositif à grande échelle ont progressivement fragilisé sa structure financière.

Aujourd’hui, la survie de cette technologie dépend entièrement de la décision du Tribunal de Versailles et de la capacité du repreneur à relancer l’activité dans une nouvelle entité.

Une décision cruciale attendue fin septembre

La prochaine étape clé est fixée au 30 septembre 2025, date à laquelle le Tribunal examinera de nouveau l’offre de reprise. En attendant, la cotation de l’action reprendra le 21 août sur Euronext Growth, une décision qui permettra aux marchés d’intégrer ces nouvelles données.

Mais pour les investisseurs comme pour les salariés, l’incertitude reste totale. À ce stade, l’hypothèse la plus probable demeure la liquidation de CARMAT, avec la disparition pure et simple de la société telle qu’elle existe aujourd’hui.

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