Reconnecté au réseau le 12 septembre après plus de huit mois d’arrêt, le réacteur normand ouvre la voie à la poursuite d’exploitation des vingt réacteurs de ce palier, au cœur du système électrique français.
Le 12 septembre 2026 à 8h17, l’unité n°1 de la centrale nucléaire de Paluel (Seine-Maritime) a été reconnectée au réseau électrique national. Selon EDF, il s’agit du premier réacteur de 1 300 MW du parc français à avoir achevé sa quatrième visite décennale, le grand rendez-vous de sûreté qui conditionne l’exploitation d’une installation au-delà de quarante ans. Pour un pays dont l’indépendance énergétique repose sur son parc nucléaire, l’événement dépasse largement le cadre d’une simple opération de maintenance.
Plus de huit mois d’arrêt et un chantier industriel considérable
Le réacteur était à l’arrêt depuis le 2 janvier 2026. D’après EDF, plus de 30 000 activités ont été menées pendant cette période par ses équipes et par plus de 130 entreprises partenaires. Le chantier a notamment comporté le remplacement d’environ 1 200 kilomètres de tuyauteries du circuit secondaire et de deux tambours filtrants de 22 mètres de diamètre, utilisés pour la filtration de l’eau de mer.
Au-delà de la maintenance lourde, l’électricien fait état de plus de 105 modifications de l’installation destinées à relever son niveau de sûreté. Elles comprennent des alimentations électriques et en eau supplémentaires, un troisième système de secours et un dispositif de récupération du corium sous la cuve du réacteur, c’est-à-dire du combustible fondu en cas d’accident grave.
Trois épreuves ont jalonné l’arrêt : l’inspection de la cuve du réacteur en février 2026, l’épreuve hydraulique du circuit primaire en mai, puis l’épreuve de l’enceinte de confinement du bâtiment réacteur en juin. EDF indique que les trois ont été passées avec succès.
Un cadre réglementaire fixé par l’ASNR
La prolongation n’a rien d’automatique. Le 1er juillet 2025, l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) a pris sa décision relative à la poursuite de fonctionnement des 20 réacteurs de 1 300 MWe exploités par EDF au-delà de 40 ans. Elle a estimé que les dispositions prévues par l’électricien, complétées par celles qu’elle a elle-même prescrites, ouvrent la perspective d’une poursuite de fonctionnement pendant les dix ans qui suivent le quatrième réexamen périodique de chaque réacteur.
Cette décision est assortie de prescriptions. L’ASNR demande la mise en œuvre des améliorations de sûreté significatives prévues par EDF, ainsi que de mesures supplémentaires qu’elle juge nécessaires. Elle impose aussi à l’électricien un compte rendu annuel sur l’avancement de ces modifications et sur sa capacité industrielle à les réaliser. La décision a été précédée d’une consultation nationale menée entre janvier et septembre 2024, puis d’une consultation du public sur le projet de décision, du 16 mai au 15 juin 2025.
Cette étape ne vaut toutefois pas blanc-seing pour chaque unité. Les réexamens se déroulent réacteur par réacteur, jusqu’en 2040, et chacun donne lieu à une enquête publique. Pour Paluel 1, EDF précise que l’ASNR doit désormais examiner la documentation transmise et rendre son avis sur la poursuite d’exploitation pour la décennie à venir. Un précédent existe : une décision comparable avait été adoptée en février 2021 pour les 32 réacteurs de 900 MWe.
Ce que cela dit de la souveraineté économique
Pour Refrance, la reconnexion de Paluel 1 illustre une réalité souvent éclipsée par les annonces sur les futurs réacteurs : la souveraineté électrique française se joue aussi, et d’abord, dans la durée de vie des centrales existantes. Les maintenir au meilleur niveau de sûreté permet de préserver une capacité de production pilotable et bas carbone déjà amortie, au service de l’industrie et de la sécurité d’approvisionnement du pays.
La stratégie suppose cependant que plusieurs conditions soient réunies. L’ASNR devra valider chaque réacteur à son tour, dans un calendrier qui court jusqu’en 2040. EDF devra démontrer, année après année, sa capacité industrielle à réaliser les modifications prescrites, ce que l’autorité de sûreté lui demande explicitement de documenter. Enfin, chaque prolongation devra passer par l’épreuve de l’enquête publique.
Le franchissement de ce premier jalon sur le palier de 1 300 MWe constitue donc un signal encourageant : la tête de série a achevé sa visite décennale et revient sur le réseau. Le retour d’expérience de ce premier chantier devra toutefois être scruté avant d’extrapoler aux dix-neuf autres unités du palier. Prochaine échéance à surveiller : l’avis de l’ASNR sur Paluel 1, qui constituera le premier verdict individuel du palier.
