Budget 2027 : 54 milliards d’effort, une épargne des Français épargnée mais sous surveillance

"Bercy" ou le Ministère de l'Économie et des Finances, Paris 12e - Crédits photo : Arthur Weidmann

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Présenté ce jeudi 1er octobre en Conseil des ministres, le projet de loi de finances 2027 vise un déficit de 5 % du PIB. Derrière le chiffre, une question de souveraineté : la charge de la dette absorbe désormais une part croissante de la marge de manœuvre de l’État, et l’épargne des ménages reste le principal rempart du financement de l’économie française.

Un effort de 54 milliards d’euros pour tenir la trajectoire

Le gouvernement de Sébastien Lecornu a présenté ce 1er octobre son projet de budget pour 2027, articulé autour d’un « effort budgétaire » d’environ 54 milliards d’euros. Selon les éléments détaillés par Europe 1 et repris par plusieurs titres, sans ces mesures le déficit public atteindrait environ 5,5 % du PIB en 2026 et près de 6,5 % en 2027. L’objectif affiché est de ramener le déficit à 5 % du PIB en 2027, ou 4,8 % hors dépenses militaires nouvelles, tout en restant sous la barre des 5,5 % cette année.

Le Premier ministre revendique une « stabilité fiscale » : pas de nouvelle hausse d’impôt généralisée pour les particuliers. L’effort repose en partie sur le gel de l’indice des traitements de la fonction publique (environ 2 milliards d’euros attendus) et sur une contribution des retraités qui resterait « inférieure à six milliards d’euros », sans baisse nominale des pensions. Le rythme de revalorisation sera arbitré par le Parlement. La contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises est maintenue mais réduite, autour de 5 milliards d’euros par an contre environ 8 milliards auparavant, avec une exemption pour les entreprises de taille intermédiaire.

La dette, première contrainte

Le contexte financier explique l’ampleur de l’effort. Le gouvernement doit trouver chaque année environ 10 milliards d’euros supplémentaires pour couvrir la charge de la dette, alourdie par la hausse des taux liée aux tensions géopolitiques. La veille, l’Insee confirmait une dette publique de 119 % du PIB au deuxième trimestre. Plus la charge d’intérêts grossit, moins l’État dispose de ressources pour financer ses priorités, de la défense à la réindustrialisation. C’est là que se joue la souveraineté économique : un pays dont le service de la dette dicte le budget perd en autonomie stratégique.

Épargne : pas de choc annoncé, mais des signaux

Pour les épargnants, le texte contient peu de mesures frontales. Le projet prévoit notamment, selon Toutsurmesfinances, une exonération de donations jusqu’à 50 000 euros et un taux temporaire de 6 % pour les donations taxables jusqu’à 100 000 euros, destinés à favoriser la transmission aux jeunes générations. Un prêt à taux zéro serait créé pour les familles attendant un enfant ou ayant un enfant de moins de trois ans. Le chèque énergie serait versé dès janvier 2027.

Le sujet de l’épargne salariale reste, lui, en suspens. Début septembre, Les Échos avaient évoqué une piste de prélèvements sociaux au-delà de 3 000 euros par an, pour un rendement estimé à environ 1 milliard d’euros. Matignon a depuis démenti, ce qui illustre la fluidité de la période : rien de ce qui touche à l’épargne n’est voté.

Dans le même temps, la Cour des comptes a publié le 21 septembre un rapport sur la fiscalité du patrimoine des ménages. Elle plaide pour « stabiliser » la flat tax et demande d’évaluer les dérogations dont bénéficient le PEA et l’assurance-vie. Fin 2025, selon les chiffres cités par France-Epargne, on comptait 7,3 millions de PEA pour environ 126,5 milliards d’euros d’encours. Ces enveloppes, qui orientent l’épargne vers les actions européennes, sont au cœur du financement des entreprises françaises ; leur éventuel durcissement fiscal serait un signal à surveiller de près.

Une épargne abondante, mais en repli sur les livrets

L’épargne réglementée montre une demande de sécurité toujours forte. D’après la Caisse des dépôts, le Livret A et le LDDS ont enregistré une collecte positive de 0,54 milliard d’euros en août, pour un encours de 608,9 milliards à fin août, et le LEP a collecté 0,06 milliard pour 83,4 milliards d’encours. Le rebond reste modeste après une période de décollecte, alors que le Livret A est à 1,7 % depuis le 1er août. Ces fonds financent en partie le logement social et les collectivités, un autre pilier de l’investissement domestique.

Ce qu’il faut surveiller

Le texte doit maintenant être examiné par les députés à partir de la mi-octobre, avec un vote en séance prévu en novembre selon les calendriers publiés ; le Parlement doit en principe conclure avant le 31 décembre, même si les précédents récents ont vu des retards jusqu’en février. Trois points concentreront l’attention des épargnants et des investisseurs : le sort de la fiscalité du PEA et de l’assurance-vie, l’éventuelle taxation de l’épargne salariale, et la capacité du gouvernement à réunir une majorité autour d’un déficit de 5 %. Pour les marchés, c’est ce dernier point qui conditionnera l’écart de taux entre l’OAT et le Bund.

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