Le groupe français PAREF, société de gestion et foncière cotée, a publié le 29 septembre ses résultats semestriels 2026. Le document dessine le portrait d’un acteur qui se recentre sur la gestion pour compte de tiers, alors que la collecte de ses fonds grand public a chuté de 60 % en un an. Un cas d’école des difficultés que traverse la pierre-papier française.
Un groupe qui réduit la voilure sur son propre patrimoine
Au 30 juin 2026, les actifs sous gestion de PAREF atteignent 2,9 milliards d’euros, en recul de 5,1 % par rapport à fin 2025. Le patrimoine détenu en propre, lui, s’établit à 165 millions d’euros (-5,0 %). L’encours géré, hors patrimoine propre, représente 2,8 milliards d’euros (-5,2 %) et se répartit entre 1,762 milliard d’euros de SCPI, 72 millions d’euros d’OPPCI et 634 millions d’euros d’autres fonds d’investissement alternatifs.
Le résultat net reste dans le rouge : -8,956 millions d’euros, contre -4,617 millions d’euros au premier semestre 2025, soit un déficit près de deux fois plus lourd. Le groupe met toutefois en avant l’amélioration de son résultat opérationnel courant, à 1,8 million d’euros (+80 %), porté par des revenus locatifs nets de 3,3 millions d’euros (+23,8 %) et des commissions de gestion de 8,3 millions d’euros (+1,6 %).
Ces chiffres traduisent une réalité : c’est l’activité de gestion, et non la détention directe d’immeubles, qui fait désormais tourner la maison.
La collecte des SCPI, baromètre d’un marché sous tension
Le chiffre le plus parlant du communiqué est sans doute celui de la collecte brute : 4,9 millions d’euros au premier semestre 2026, soit 60 % de moins qu’un an plus tôt. Pour une société dont les commissions de gestion dépendent du volume d’épargne confié, le signal est net.
La SCPI, véhicule qui permet aux particuliers d’investir indirectement dans l’immobilier d’entreprise, a longtemps été l’un des placements préférés des épargnants français. La hausse des taux, la correction des valeurs d’expertise et la concurrence des produits de taux ont refroidi cet engouement. PAREF n’est pas un cas isolé, mais son exposition est particulièrement visible, avec 1,762 milliard d’euros d’encours en SCPI sur 2,8 milliards d’euros gérés.
Du point de vue de la souveraineté économique, l’enjeu dépasse le sort d’une société de gestion. Les SCPI orientent une partie de l’épargne des ménages français vers le financement de bureaux, de commerces, de locaux de santé et de logistique. Quand la collecte se tarit, c’est un canal de financement de l’immobilier productif, largement tenu par des acteurs nationaux, qui se resserre.
Un bilan sous contrôle, une occupation en progression
Sur le plan de la solidité financière, le groupe respecte l’ensemble de ses covenants au 30 juin 2026 : ratio de couverture des intérêts (ICR) à 1,64x pour un minimum de 1,20x, endettement rapporté à la valeur du patrimoine (LTV) à 38 % pour un plafond de 50 %, dette financière sécurisée (DFS) à 30 % pour un plafond de 40 %. La trésorerie disponible s’élève à 10,7 millions d’euros.
Le patrimoine détenu en propre affiche un taux d’occupation financier de 78,2 % (+1,8 point), une maturité moyenne des baux de 4,06 ans et un rendement brut initial de 6,3 %, contre 5,9 % à fin 2025.
Une stratégie tournée vers l’Europe et les nouveaux segments
Le groupe a multiplié les opérations au cours du semestre. Il a signé un bail de quinze ans avec l’opérateur de clubs de sport Virgin Active sur 2 800 m² à Milan, obtenu un nouveau mandat d’asset management à Munich portant sur 28 000 m², et finalisé la cession de SOLIA Paref au groupe RYZE. Une promesse de vente a par ailleurs été signée le 23 juillet pour l’actif de Croissy-Beaubourg. PAREF a également lancé un nouveau fonds, PAREF Vitae Value Add Fund I, consacré à la santé et au bien-être.
On observe ainsi un double mouvement : un développement hors de France, à Milan et à Munich, et un repositionnement sur des thématiques porteuses comme l’immobilier de santé, là où le bureau traditionnel peine à attirer les capitaux.
Une gouvernance en transition
Sur le plan de la direction, Takuya Yamada a été nommé Président-Directeur Général par intérim le 16 juin 2026. Dans le communiqué, la direction affirme que « le premier semestre 2026 acte une nouvelle phase de développement pour PAREF », malgré un marché immobilier contraint. Elle annonce la poursuite du recentrage sur l’asset management, le fund management et l’investissement, avec l’objectif d’un rétablissement progressif des équilibres financiers et opérationnels.
Le choix de l’intérim reste un élément de fragilité à surveiller : la feuille de route annoncée devra être portée par une direction stabilisée pour convaincre à la fois les porteurs de parts et les marchés.
Ce qu’il faut retenir
PAREF illustre le virage d’une partie de la profession, qui abandonne la détention de murs au profit d’un modèle de gestion plus léger en capital, rémunéré par les commissions. Ce modèle a toutefois une contrepartie : il dépend directement de la confiance des épargnants, donc de la collecte. Avec un recul de 60 % de celle-ci, la trajectoire de retour à l’équilibre dépendra autant de la remontée de l’appétit pour la pierre-papier que de l’exécution du plan de recentrage.
Les prochains rendez-vous à suivre : l’évolution de la collecte des SCPI au troisième trimestre, l’issue de la vente de l’actif de Croissy-Beaubourg, et la nomination éventuelle d’un dirigeant permanent.
