Trois mois après l’arrivée de Léa Dunand-Chatellet à sa tête, Mirova, la filiale d’investissement durable de Natixis Investment Managers, a annoncé le 17 septembre le renouvellement complet de son comité exécutif. Une réorganisation qui vise à consolider le rang de la société de gestion parisienne parmi les leaders mondiaux de la finance durable, dans un secteur où la France entend peser face aux places anglo-saxonnes.
Une équipe resserrée autour de la nouvelle directrice générale
Léa Dunand-Chatellet, nommée directrice générale de Mirova le 1er juillet 2026, s’entoure désormais de six dirigeants aux fonctions redéfinies. Candice Brenet devient directrice générale déléguée en charge de la stratégie et de la transformation, tandis que Laurence Willig occupe le même rang pour les finances et la gouvernance. Raphaël Lance prend la direction des investissements pour les actifs privés, et Karen Kharmandarian celle des actifs cotés, où elle succède à Hervé Guez, dont le départ est acté au 30 septembre. Alix Boisaubert est nommée directrice du développement, et Mathilde Dufour prend en charge la durabilité et les talents.
Cette recomposition intervient après la fusion, en janvier 2026, avec Thematics Asset Management, société spécialisée dans la gestion thématique actions, elle aussi logée sous l’ombrelle de Natixis Investment Managers. L’intégration des deux entités a porté les encours gérés par Mirova à 36,7 milliards d’euros au 30 juin 2026, un montant qui en fait l’un des principaux acteurs européens de l’investissement responsable et durable.
Un test pour l’ambition française en finance durable
Filiale de Natixis Investment Managers, elle-même adossée au groupe bancaire coopératif BPCE, Mirova est depuis sa création en 2012 l’un des vaisseaux amiraux de la finance verte à la française. La société a bâti sa réputation sur une approche intégrée des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance, appliquée aussi bien aux marchés cotés qu’aux actifs privés (infrastructures énergétiques, capital naturel, dette privée à impact).
Le renouvellement de sa gouvernance, à peine trois mois après le changement de direction générale, traduit une accélération assumée plutôt qu’une crise de gouvernance. Dans un communiqué, Léa Dunand-Chatellet a justifié cette réorganisation par la maturation rapide du marché de la finance durable, qui fait naître, selon elle, de nouvelles attentes de la part des investisseurs institutionnels. L’enjeu affiché est de mettre en cohérence l’organisation interne avec l’ambition de la société : s’appuyer sur son ADN durable et sur la complémentarité entre gestion cotée et gestion privée pour asseoir son statut de leader mondial.
Ce positionnement dépasse le seul cadre de Mirova. Dans la compétition internationale pour la définition des standards de la finance durable, terrain où les grands gestionnaires d’actifs américains et britanniques disposent de moyens considérables, la France a fait de ce secteur l’un des axes de sa stratégie de place financière, en misant sur des acteurs capables de conjuguer taille critique, expertise réglementaire européenne et crédibilité extra-financière. La montée en puissance de Mirova, portée par un groupe bancaire mutualiste français, s’inscrit dans cette logique de souveraineté financière verte, à un moment où l’Union européenne cherche elle-même à consolider son propre écosystème de gestion d’actifs face à la concurrence des grands groupes anglo-saxons.
Trois priorités affichées pour la suite
Selon les informations rapportées par la presse spécialisée, la nouvelle équipe dirigeante doit porter trois priorités stratégiques : l’accélération du développement sur les marchés privés, où Mirova a investi de longue date dans les infrastructures de la transition énergétique et le capital naturel ; le renforcement de la présence internationale du groupe, notamment en dehors de ses marchés historiques français et européens ; et l’intensification de la collecte d’actifs, dans un contexte où les flux vers les fonds durables se sont ralentis en Europe après plusieurs années de forte croissance, sous l’effet conjugué du durcissement réglementaire (SFDR) et d’une défiance accrue des investisseurs à l’égard du risque de greenwashing.
La nomination de Candice Brenet à la stratégie, associée à un profil venu renforcer l’expertise sur les marchés privés, et le maintien de Karen Kharmandarian sur la partie cotée en dépit du départ de Hervé Guez, dessinent une organisation pensée pour assurer la continuité de la gestion tout en préparant une nouvelle phase de croissance. Reste à savoir si cette réorganisation permettra à Mirova de retrouver un rythme de collecte plus soutenu, dans un marché de la finance durable où la France, via ses grands groupes bancaires et ses sociétés de gestion spécialisées, continue de revendiquer un rôle de premier plan.


