Défense : le drone français Sonora d’Harmattan AI s’invite dans l’armée britannique

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La jeune pousse française de la défense Harmattan AI confirme son ancrage à l’export. Selon une annonce du ministère britannique de la Défense relayée le 16 septembre et détaillée par le média spécialisé Forces Operations Blog le 17 septembre, l’armée britannique va recevoir 110 drones Sonora, la version export du DELCO déjà utilisé par l’armée de Terre française. L’opération s’inscrit dans un contrat de 16 millions de livres sterling consacré aux « petits drones », lui-même adossé à un plan d’investissement de 5 milliards de livres présenté fin juin par Londres pour transformer ses forces armées grâce aux systèmes sans pilote.

Un contrat d’entraînement, premier jalon d’une coopération élargie

Les 110 exemplaires livrés au Royaume-Uni doivent servir à l’entraînement des soldats britanniques avant leur bascule vers des systèmes équivalents interopérables, dans le cadre du programme Rapstone de l’armée de terre britannique, dont l’objectif affiché est de faire passer une innovation de l’industrie au front en moins de vingt-quatre mois. Le contrat associe Harmattan AI à son distributeur local Brigantes Consulting, basé à Exeter. Il complète un premier accord noué dès septembre 2025, lors du salon DSEI de Londres, portant sur 3 000 systèmes aériens autonomes pour un montant alors qualifié de « plusieurs millions » sans précision publique du chiffre exact. Le même paquet budgétaire britannique de 16 millions de livres finance par ailleurs l’acquisition de plus d’un millier de petits drones au total, aux côtés d’un contrat distinct de 400 millions de livres avec le groupe portugais Tekever pour des drones de longue endurance AR5.

Le Sonora reprend l’architecture du DELCO conçu pour le combattant français : moins de 1,8 kilogramme, une autonomie de vol supérieure à quarante minutes, une portée de plus de deux kilomètres et un déploiement possible en moins d’une minute sans infrastructure dédiée. L’appareil embarque une caméra électro-optique avec zoom, un capteur bas niveau de lumière et un module infrarouge fourni par le français Lynred, spécialiste grenoblois de l’imagerie thermique. Sa conception modulaire et réparable, ainsi qu’une intelligence artificielle embarquée fonctionnant sans connexion au cloud, en font un système pensé pour l’autonomie logistique sur le terrain, un argument de poids dans un contexte où la guerre en Ukraine a démontré la vulnérabilité des chaînes de commandement dépendantes de réseaux extérieurs.

Une filière domestique déjà solide avant l’export

Le succès britannique intervient après une montée en puissance rapide sur le marché français. La Direction générale de l’armement avait commandé un millier de drones DELCO début 2026, rapidement suivis d’une commande supplémentaire de 5 000 exemplaires en juin, portant le programme total à 6 000 appareils pour l’armée de Terre, une des plus importantes commandes de son histoire dans ce segment. Harmattan AI a également conclu un accord avec l’armée marocaine, avant que la commande française ne soit élargie, illustrant une stratégie de diversification des débouchés qui dépasse désormais le seul marché domestique.

Fondée en avril 2024 par Mouad M’Ghari et Martin de Gourcuff, la société a levé 200 millions de dollars lors d’un tour de série B mené en janvier par Dassault Aviation, qui succédait à un premier financement de 42 millions de dollars réunissant notamment Atlantic, FirstMark, Motier Ventures et Sisyphus Ventures. Cette levée valorise Harmattan AI à 1,4 milliard de dollars et lui confère le statut de licorne, une première pour une entreprise française de défense spécialisée dans les drones. L’entrée de Dassault Aviation au capital doit permettre de développer des capacités d’intelligence artificielle embarquée pour les futurs systèmes de combat aérien, avec des applications visées dans l’interception de drones, la guerre électronique et le renseignement. Sur le plan industriel, l’entreprise s’appuie sur des partenaires établis de la filière française, dont l’équipementier automobile Valeo pour la production des moteurs électriques de ses appareils, un signe de la capacité de la base industrielle et technologique de défense à mobiliser des compétences issues de secteurs civils.

Une vitrine pour l’exportation de la BITD française

Pour Refrance, cette percée outre-Manche illustre un axe stratégique suivi de près par la filière : la capacité de jeunes pousses françaises à transformer une commande domestique en réussite à l’export, sans attendre la maturité industrielle habituellement associée aux grands groupes de l’armement. Le choix britannique s’inscrit également dans une dynamique plus large de rapprochement capacitaire entre Paris et Londres, alors que les deux pays cherchent à renforcer l’interopérabilité de leurs équipements face à la menace que représentent les essaims de drones bon marché, désormais centraux dans les conflits contemporains. Reste à voir si ce premier lot de 110 unités ouvrira la voie à des commandes plus substantielles, à mesure que le plan britannique de 5 milliards de livres consacré aux drones se déploiera dans les prochaines années.

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