Le laboratoire pharmaceutique français Ipsen a annoncé, le 18 septembre 2026, la nomination de Mariette Finet au sein de son conseil d’administration. Cette arrivée, effective immédiatement, s’inscrit dans un contexte où le groupe biopharmaceutique, porté par des résultats 2025 solides, dispose d’une capacité financière importante pour financer de nouvelles acquisitions et affirmer son rang parmi les laboratoires spécialisés internationaux.
Un profil médical et financier taillé pour les choix stratégiques du groupe
Mariette Finet est docteur en médecine, diplômée de l’université de Nancy, et compte plus de trente-cinq ans d’expérience dans les secteurs de la santé, de la pharmacie et des sciences de la vie. Elle a débuté sa carrière à la direction médicale des Laboratoires Beaufour à Paris, où elle a travaillé sur l’analyse d’actifs pharmaceutiques et la recherche clinique en gastro-entérologie, avant de rejoindre Beaufour-Ipsen Pharma puis Ipsen au sein du département marketing.
Depuis 2007, elle exerce des fonctions de conseil scientifique et médical, d’abord chez Mayroy puis chez Highrock S.à r.l., deux structures spécialisées dans l’analyse d’investissements dans la pharmacie, les technologies médicales et les sciences du vivant. Elle siège par ailleurs au conseil d’administration de deux sociétés du secteur, Lightinderm SAS et Kaerus Bioscience Ltd.
Chez Ipsen, elle succède à Michèle Ollier, démissionnaire depuis le 1er août 2026, et rejoint également le comité Portefeuille Produits du conseil, l’instance chargée d’éclairer les choix d’allocation de capital et d’arbitrage entre les actifs thérapeutiques du groupe. Son mandat court jusqu’à l’assemblée générale appelée à statuer sur les comptes de l’exercice 2026, sous réserve de ratification par la prochaine assemblée générale des actionnaires.
Cette nomination porte à quatorze le nombre d’administrateurs du conseil d’Ipsen, avec une composition strictement paritaire de sept femmes et sept hommes, dont quatre administrateurs indépendants et deux représentants des salariés. Le communiqué du groupe ne comporte pas de citation de ses dirigeants sur cette nomination, présentée essentiellement comme un renouvellement de compétences au sein de la gouvernance.
Un renfort de gouvernance au moment où Ipsen veut voir plus grand
Cette arrivée intervient à un moment stratégique pour Ipsen. Le groupe, dont le siège se trouve à Boulogne-Billancourt, a publié en février 2026 des résultats annuels 2025 en nette progression : un chiffre d’affaires de 3 675,9 millions d’euros, en hausse de 10,9 % à taux de change constant, porté par les trois grandes aires thérapeutiques du laboratoire. L’oncologie reste le principal moteur avec 2 545 millions d’euros de ventes, mais c’est le segment des maladies rares qui a connu la progression la plus spectaculaire, avec un chiffre d’affaires multiplié par plus de deux (+102,5 % à taux de change constant) à 384,3 millions d’euros, tandis que les neurosciences progressaient de 9,7 % à 746,6 millions d’euros.
Pour 2026, le directeur général David Loew a fixé des objectifs ambitieux : une croissance des ventes totales supérieure à 13 % à taux de change constant et une marge opérationnelle des activités dépassant les 35 %. « En 2025, Ipsen a enregistré une croissance solide de son chiffre d’affaires et de son résultat opérationnel », a-t-il déclaré, ajoutant anticiper « une nouvelle année de croissance à deux chiffres » pour 2026.
Cette dynamique s’accompagne d’une capacité financière que la direction du groupe a elle-même qualifiée de significative : selon des déclarations rapportées par la presse économique, Ipsen disposerait de l’ordre de 3,2 milliards d’euros à réinvestir, avec l’ambition affichée de pouvoir mener des opérations de croissance externe de plus grande ampleur que celles réalisées jusqu’ici. Le groupe a déjà multiplié les acquisitions ciblées ces dernières années pour étoffer son portefeuille, notamment en oncologie.
C’est dans ce contexte que l’arrivée d’un profil comme celui de Mariette Finet prend tout son sens : son expérience d’analyse d’actifs pharmaceutiques et d’évaluation d’investissements dans la pharmacie, les technologies médicales et les sciences du vivant correspond directement aux enjeux du comité Portefeuille Produits qu’elle intègre, à un moment où le conseil d’administration sera amené à se prononcer sur des choix d’acquisitions potentiellement structurants pour l’avenir du groupe.
Un enjeu de souveraineté sanitaire et industrielle
Au-delà du mouvement de gouvernance, cette nomination illustre un enjeu plus large pour l’industrie pharmaceutique française. Ipsen figure parmi les rares laboratoires d’origine française à s’être imposés comme acteur de taille intermédiaire sur le marché mondial des médicaments de spécialité, dans un secteur où la consolidation profite le plus souvent aux grands groupes américains, suisses ou britanniques. Maintenir un centre de décision et une capacité d’investissement en France, tout en se donnant les moyens financiers et humains de rivaliser à l’international, s’inscrit directement dans les enjeux de souveraineté économique et sanitaire régulièrement mis en avant par les pouvoirs publics depuis la crise sanitaire de 2020.
Le renforcement de la gouvernance d’Ipsen par une experte capable d’évaluer la valeur stratégique d’actifs pharmaceutiques intervient ainsi alors que le groupe cherche à transformer sa solidité financière en influence industrielle durable, sans perdre son ancrage français, à l’heure où plusieurs laboratoires tricolores ont vu leur indépendance capitalistique remise en question par des rachats étrangers.
