Rheinmetall bâtit la plus grande poudrière d’Europe en Bavière

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Le groupe allemand de défense Rheinmetall a lancé en Bavière la construction d’une usine de poudre à canon destinée à devenir l’une des plus grandes et des plus modernes d’Europe, dans un contexte de réarmement accéléré du continent et de stocks militaires fortement entamés par le conflit ukrainien.

Un investissement de 500 millions d’euros pour la poudre à canon européenne

Rheinmetall a officialisé en 2024, lors d’une cérémonie inaugurale tenue sur son site historique d’Aschau am Inn, en Bavière, le lancement d’un chantier industriel majeur destiné à renforcer la capacité de production de poudre à canon en Europe. L’événement a réuni le ministre-président bavarois Markus Söder, le secrétaire d’État parlementaire auprès du ministère fédéral allemand de la Défense Nils Schmid, ainsi que le ministre bavarois des Affaires économiques Hubert Aiwanger, soulignant la dimension stratégique et politique du projet. Le groupe prévoit d’investir 500 millions d’euros dans cette installation, qui s’inscrit dans son programme industriel baptisé Firepower. L’emprise foncière du site sera portée de 90 à 110 hectares afin d’accueillir les nouvelles infrastructures de production. La montée en puissance progressive débutera en 2027, avec un objectif de capacité maximale atteint en 2028. Cet effort capacitaire répond à une réalité bien documentée : les stocks de poudre balistique des armées allemande, alliées de l’OTAN et membres de l’Union européenne ont été significativement réduits depuis 2022, sous l’effet des livraisons massives de munitions à l’Ukraine et de l’intensification des commandes nationales. Dans ce contexte, la poudre propulsive est redevenue un facteur limitant majeur pour les chaînes d’approvisionnement en munitions d’artillerie à grande cadence.

Des volumes de production appelés à plus que doubler d’ici deux ans

Le site d’Aschau am Inn, opéré par la filiale Nitrochemie, fonctionne déjà en continu, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Sa production actuelle atteint environ 1 700 tonnes de poudre à canon et quelque 300 000 modules de charges propulsives par an. D’ici vingt-quatre mois, ces volumes sont appelés à plus que doubler. À terme, le site produira jusqu’à 2 500 tonnes supplémentaires de poudre à canon, plus de cinq millions de pièces moulées combustibles et plus d’un million d’éléments modulaires de charges propulsives. Ces composants sont destinés en priorité à l’artillerie à tube et aux systèmes de gros calibre, catégories d’armements dont la demande a explosé depuis le déclenchement du conflit russo-ukrainien. L’ambition industrielle de Rheinmetall ne s’arrête pas à Aschau : le groupe vise une capacité totale de 20 000 tonnes de poudre à canon par an d’ici 2030, afin d’alimenter la Bundeswehr, les armées des pays membres de l’OTAN et les besoins croissants des États de l’Union européenne. Cette trajectoire place Rheinmetall en position dominante sur un marché européen de la poudre balistique structurellement déficitaire, aux côtés du français Eurenco et du consortium scandinave Nammo, qui demeurent les trois seuls fabricants significatifs de poudre à usage militaire sur le continent.

La poudre à canon, enjeu de souveraineté industrielle pour l’Europe

L’accélération industrielle de Rheinmetall illustre une dynamique plus large qui interpelle directement les décideurs économiques et politiques français et européens. La production de poudre à canon à usage militaire repose sur une chaîne d’approvisionnement extrêmement concentrée, techniquement complexe et soumise à des contraintes réglementaires sévères. Le nombre limité d’acteurs capables de produire à l’échelle industrielle des poudres propulsives de qualité balistique constitue un goulet d’étranglement structurel pour toute politique de réarmement crédible. En France, Eurenco, dont la gouvernance associe des intérêts publics et privés, occupe un rôle similaire à celui de Nitrochemie pour l’Allemagne. La montée en puissance de Rheinmetall, adossée à un investissement massif et à un soutien politique affiché au plus haut niveau de l’État bavarois, illustre l’avance que l’industrie allemande de défense entend prendre sur ses concurrents européens dans cette course aux capacités. La dimension emploi n’est pas négligeable : depuis 2022, les effectifs du site d’Aschau ont progressé de près de 80 %, dépassant désormais 800 salariés. La nouvelle phase industrielle prévoit de porter ce chiffre à 1 400 personnes, soit la création de plusieurs centaines de postes supplémentaires dans une région dont l’économie industrielle reste profondément ancrée dans le tissu manufacturier traditionnel. Pour les décideurs économiques européens, l’enjeu dépasse la simple capacité de production : il s’agit de déterminer si la base industrielle de défense du continent sera en mesure de soutenir durablement un effort de réarmement collectif sans dépendance excessive à un nombre réduit d’acteurs nationaux. La réponse de Rheinmetall à cette question est, pour l’heure, la plus concrète et la mieux financée du marché européen de la poudre à canon.

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