L’énergéticien allemand RWE a franchi mi-parcours dans la construction du parc éolien offshore Thor, au large du Jutland danois, avec 36 turbines sur 72 désormais installées. Le projet de 1,1 gigawatt, cofinancé par le fonds souverain norvégien, constitue le plus grand chantier éolien offshore du Danemark à ce jour.
Un chantier éolien offshore à mi-parcours sur la côte ouest danoise
RWE, le groupe allemand spécialisé dans la production d’énergie renouvelable, a atteint en 2025 le seuil symbolique des 36 turbines installées sur le parc éolien offshore Thor, situé au large des côtes danoises, dans la mer du Nord face au Jutland. Ce jalon marque exactement la moitié des 72 unités que compte le projet dans sa configuration finale. Chaque turbine, fournie par le fabricant hispano-allemand Siemens Gamesa, développe une puissance unitaire pouvant atteindre 15 mégawatts et s’élève à environ 148 mètres au-dessus du niveau de la mer, des dimensions qui placent ces équipements parmi les plus puissants actuellement déployés en mer à l’échelle mondiale.
Le calendrier prévisionnel établi par RWE, qui assure la maîtrise d’ouvrage et la conduite opérationnelle du chantier, fixe l’achèvement de l’installation des 36 turbines restantes avant la fin de l’année 2026. La phase de tests et la mise en service commerciale complète sont attendues au printemps 2027. Tobias Keitel, directeur technique de RWE Offshore Wind, a confirmé cet horizon en soulignant que l’objectif immédiat consiste désormais à finaliser les travaux de construction afin de porter Thor à pleine exploitation commerciale dans les délais annoncés.
Sur le plan de la capacité productive, le parc Thor, une fois ses 72 turbines pleinement opérationnelles, devrait générer suffisamment d’électricité pour couvrir les besoins de plus d’un million de foyers danois. Avec une puissance installée totale de 1,1 gigawatt, Thor s’imposera comme le parc éolien offshore le plus important jamais mis en service au Danemark, un pays qui figure pourtant parmi les pionniers historiques de cette filière énergétique depuis plusieurs décennies.
Des innovations technologiques qui distinguent le parc éolien offshore Thor
Au-delà de sa dimension, le projet Thor se singularise par plusieurs caractéristiques techniques qui en font un chantier de référence à l’échelle internationale. Thor sera le premier parc éolien offshore au monde à déployer 36 mâts de turbines en acier à faible empreinte carbone, une spécification issue d’un partenariat industriel avec Siemens Gamesa. Cette orientation répond à une exigence croissante des investisseurs et des régulateurs européens en matière de décarbonation de la chaîne de valeur industrielle elle-même, et non plus seulement de la production d’énergie.
Par ailleurs, 40 des 72 turbines seront équipées de pales de rotor recyclables, soit un total de 120 pales concernées. Ce choix technologique s’inscrit dans une problématique bien identifiée du secteur éolien : la gestion en fin de vie des pales, dont la composition en matériaux composites a longtemps rendu le recyclage complexe et coûteux. Les solutions industrielles permettant de traiter ces équipements en circuit fermé restent encore peu répandues à l’échelle commerciale, ce qui confère au déploiement de Thor une portée démonstrative pour l’ensemble de la filière européenne.
Ces choix techniques traduisent une stratégie industrielle cohérente avec les ambitions affichées par l’Union européenne dans le cadre de son plan REPowerEU, qui vise à accélérer le déploiement des énergies renouvelables tout en renforçant les critères de durabilité appliqués aux équipements eux-mêmes. Pour les décideurs économiques européens, Thor constitue un cas d’école quant à l’intégration de critères environnementaux dans les spécifications techniques d’un projet d’infrastructure énergétique de grande envergure.
Un montage financier associant RWE et le fonds souverain norvégien
Le parc éolien offshore Thor repose sur une structure de co-investissement entre deux acteurs majeurs du secteur énergétique européen. RWE détient 51 % du capital du projet et en assume la responsabilité opérationnelle, de la phase de construction jusqu’à l’exploitation sur l’ensemble du cycle de vie de l’installation. Les 49 % restants sont détenus par Norges Bank Investment Management, le fonds souverain norvégien qui gère les actifs accumulés par la Norvège grâce à ses revenus pétroliers et gaziers, et qui a depuis plusieurs années engagé une stratégie de diversification vers les infrastructures d’énergie renouvelable.
Ce type de montage illustre une tendance de fond dans le financement des grands projets éoliens offshore en Europe : l’entrée de fonds souverains ou de grands investisseurs institutionnels aux côtés des opérateurs industriels, permettant de partager les risques liés à des chantiers dont les durées d’exécution s’étendent sur plusieurs années et les coûts se chiffrent en milliards d’euros. Pour RWE, ce partenariat avec Norges Bank Investment Management sécurise une partie du financement tout en lui permettant de conserver le contrôle opérationnel du projet.
Du point de vue de la souveraineté énergétique européenne, la mise en service progressive de parcs tels que Thor s’inscrit dans un contexte de réorientation profonde de la politique énergétique du continent, accélérée depuis 2022 par la nécessité de réduire la dépendance aux importations de gaz fossile. La mer du Nord, dont le potentiel éolien offshore est considéré comme l’un des plus importants au monde, se positionne ainsi comme un axe stratégique majeur de la transition énergétique européenne. Les États riverains — Danemark, Allemagne, Pays-Bas, Belgique, Royaume-Uni — multiplient les appels d’offres et les investissements dans ce secteur, faisant de la façade atlantique septentrionale un espace de compétition industrielle et financière à part entière pour les décennies à venir.
