Le groupe énergétique italien Eni a mis en service en 2024 son pôle environnemental de Ravenne, en Italie, un site industriel de 26 hectares entièrement réhabilité pour accueillir des infrastructures dédiées à l’économie circulaire et à la gestion des déchets spéciaux. L’opération, financée à hauteur de 100 millions d’euros, répond à un déficit structurel reconnu de capacités de traitement des déchets industriels en Italie.
Un site de 26 hectares transformé par 100 millions d’euros d’investissement
Eni a officialisé la mise en activité de son Centre environnemental de Ravenne, un complexe industriel développé sur une ancienne friche de 26 hectares située dans le quartier de Ravenna, dans le nord-est de l’Italie. La réhabilitation du site, conduite par Eni Rewind, filiale du groupe spécialisée dans la dépollution et la reconversion de terrains industriels dégradés, a mobilisé un investissement total de 100 millions d’euros. Ce projet s’inscrit dans une logique de valorisation industrielle de friches héritées de l’activité pétrolière et chimique, un enjeu que partagent de nombreux territoires européens confrontés au passif environnemental de leur passé industriel.
La reconversion de ce site illustre une tendance de fond observée à l’échelle du continent : les grands groupes énergétiques intègrent progressivement la gestion des déchets et la remédiation environnementale comme activités à part entière, au même titre que leur cœur de métier historique. Pour Eni, ce mouvement s’inscrit dans une stratégie de diversification vers des activités à moindre intensité carbone, tout en valorisant des actifs fonciers autrement inexploitables.
Le choix de Ravenne n’est pas anodin. Cette ville portuaire de l’Émilie-Romagne est historiquement liée à l’industrie pétrolière italienne et dispose d’infrastructures logistiques adaptées à la réception et à l’expédition de matières dangereuses. La concentration d’activités industrielles dans cette zone génère par ailleurs un gisement de déchets spéciaux qui justifie économiquement l’implantation d’une plateforme de traitement de grande capacité.
La plateforme HEA, un outil majeur de gestion des déchets industriels en Italie
Au cœur du dispositif figure la plateforme HEA, opérée par une coentreprise constituée entre HASI, filiale industrielle du groupe Herambiente, et Eni Rewind. Cette structure commune positionne l’installation comme l’un des projets de gestion intégrée des déchets industriels les plus significatifs actuellement opérationnels en Italie. La plateforme est conçue pour traiter des déchets spéciaux solides et liquides issus de procédés industriels variés ainsi que d’opérations de dépollution de sites contaminés.
Sa capacité de traitement atteint jusqu’à 60 000 tonnes par an. L’installation intègre une gamme étendue d’opérations : stockage sécurisé, reconditionnement de déchets conditionnés, déchiquetage et mélange de matières. Cette polyvalence technique fait de la plateforme HEA un outil multifonctionnel capable de répondre à des flux de déchets de nature très diverse, ce qui constitue un avantage concurrentiel dans un marché où les installations spécialisées restent insuffisantes par rapport aux besoins industriels.
L’Italie souffre en effet d’un déficit structurel reconnu en matière d’infrastructures dédiées aux déchets spéciaux. Une part significative de ces flux est aujourd’hui orientée vers d’autres pays européens, faute de capacités nationales suffisantes. Ce déficit engendre des surcoûts pour les industriels italiens, des délais de traitement allongés et des risques accrus de gestion non conforme. Le Centre environnemental de Ravenne entend combler partiellement ce manque, avec des répercussions attendues sur la compétitivité des entreprises industrielles implantées dans le nord de la péninsule.
La bioremédiation des sols, second pilier du hub environnemental
Le complexe de Ravenne accueille également une unité de biorécupération exploitée directement par Eni Rewind. Cette installation est dédiée au traitement des sols contaminés par des hydrocarbures, résidus directs des activités d’extraction, de raffinage ou de transport pétrolier. Sa capacité de traitement s’établit à 80 000 tonnes par an, ce qui en fait l’une des unités de bioremédiation les plus importantes d’Italie.
La biorécupération repose sur des procédés biologiques permettant de dégrader les contaminants organiques présents dans les sols, sans recourir à des méthodes thermiques ou chimiques plus énergivores. Cette approche s’aligne avec les objectifs de durabilité affichés par Eni dans le cadre de sa stratégie de transition, tout en répondant à une demande croissante des autorités italiennes et européennes pour des solutions de réhabilitation moins impactantes sur le plan environnemental.
La coexistence sur un même site d’une plateforme de traitement des déchets liquides et solides et d’une unité de bioremédiation des sols crée des synergies logistiques et opérationnelles. Les déchets issus d’opérations de dépollution externe peuvent être acheminés directement sur le site pour être traités selon leur nature, sans multiplier les transferts entre installations distinctes. Ce modèle de hub intégré constitue une référence pour les futurs projets de reconversion de friches industrielles en Europe.
Un modèle industriel à valeur d’exemple pour l’économie circulaire européenne
Au-delà de ses dimensions purement opérationnelles, le Centre environnemental de Ravenne incarne une approche industrielle qui mérite l’attention des décideurs français et européens. La reconversion d’un site pollué en infrastructure productive dédiée à l’économie circulaire répond à plusieurs priorités simultanément : réduction de l’empreinte foncière industrielle, création de valeur économique sur des actifs dépréciés, et développement de capacités nationales dans un secteur stratégique.
Pour la France, qui dispose elle aussi d’un stock important de friches industrielles liées à son passé pétrolier, chimique et minier, le modèle déployé par Eni à Ravenne offre une piste concrète. La question de la souveraineté dans le traitement des déchets industriels reste en effet largement sous-estimée dans les agendas politiques, alors même que la dépendance à des capacités étrangères expose les industries nationales à des vulnérabilités logistiques et économiques réelles. Le cas italien constitue à cet égard un avertissement autant qu’un exemple.
L’investissement de 100 millions d’euros consenti par Eni démontre par ailleurs que la rentabilité économique et la vocation environnementale peuvent converger sur ce type de projets, à condition de disposer d’une vision de long terme et d’un cadre réglementaire stable. C’est précisément ce cadre que les institutions européennes s’efforcent de consolider, notamment à travers les révisions en cours des directives sur les déchets et la taxonomie verte.

