France : MBDA chargé du développement du missile nucléaire ASN4G

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La Direction générale de l’armement a notifié le 2 juin à MBDA un accord-cadre de réalisation et un marché de développement pour le missile air-sol nucléaire de quatrième génération, dit ASN4G. Ce projectile hypersonique, destiné à équiper le Rafale F5, doit entrer en service à l’horizon 2035 et succéder à l’ASMPA rénové actuellement déployé au sein des forces nucléaires françaises.

L’ASN4G, nouveau pilier du missile nucléaire aéroporté français

La Direction générale de l’armement (DGA) a officiellement notifié, le 2 juin, à la société MBDA l’accord-cadre de réalisation ainsi que le marché de développement du missile Air-Sol Nucléaire de quatrième génération, désigné ASN4G. Ce contrat majeur engage la France dans un programme de modernisation de sa composante nucléaire aéroportée, dont l’aboutissement est fixé à l’horizon 2035. Le missile est conçu pour remplacer l’ASMPA rénové, actuellement en dotation au sein des Forces Aériennes Stratégiques et de la Force Aéronavale Nucléaire.

MBDA, maître d’œuvre industriel de ce programme, est une filiale détenue conjointement par trois groupes européens de défense : Airbus à hauteur de 37,5 %, BAE Systems pour 37,5 % et Leonardo pour les 25 % restants. Cette structure capitalistique trinationale, associant capitaux français, britanniques et italiens, illustre la dynamique d’intégration industrielle qui caractérise le secteur de l’armement en Europe, tout en plaçant la maîtrise technologique au cœur d’un partenariat stratégique de long terme.

L’ASN4G sera intégré au Rafale dans sa version F5, la prochaine évolution majeure de l’avion de combat de Dassault Aviation. Ce standard, dont le développement est lui-même inscrit dans la loi de programmation militaire, concentre plusieurs programmes technologiques critiques pour les décennies à venir. L’association du Rafale F5 et de l’ASN4G constitue ainsi l’épine dorsale de la future capacité de frappe nucléaire aéroportée de la France.

Hypervélocité et technologies de rupture au service de la dissuasion

La caractéristique technique la plus déterminante de l’ASN4G réside dans son hypervélocité. Selon la DGA, cette propriété est précisément ce qui doit permettre de préserver la crédibilité de la dissuasion aéroportée française face à l’évolution des menaces. En clair, le missile est conçu pour contourner ou saturer les systèmes de défense antimissile les plus modernes, dont la sophistication n’a cessé de progresser chez plusieurs puissances militaires mondiales.

Le recours à des technologies dites de rupture distingue ce programme des générations précédentes. Sans que la DGA détaille publiquement les solutions retenues pour des raisons de confidentialité opérationnelle, le qualificatif de rupture signale des choix techniques qui sortent du registre des évolutions incrémentales. Propulsion, matériaux, guidage ou furtivité : plusieurs domaines sont potentiellement concernés, chacun faisant appel à des compétences industrielles et scientifiques de très haute spécialisation.

La DGA souligne par ailleurs que ce savoir-faire est maîtrisé par un nombre limité de pays dans le monde. Cette précision n’est pas anodine dans un contexte géopolitique où la maîtrise des technologies hypersoniques est devenue un enjeu de puissance à part entière. La Russie a déployé des vecteurs hypersoniques opérationnels, la Chine multiplie les essais et les États-Unis ont engagé des programmes de rattrapage. L’Europe, via la France et le consortium MBDA, entend donc ne pas demeurer en retrait sur ce segment technologique critique.

Un programme ancré dans la loi de programmation militaire

Le développement de l’ASN4G s’inscrit dans le cadre défini par la loi de programmation militaire (LPM) française, qui couvre la période 2024-2030 et prévoit une enveloppe globale de 413 milliards d’euros pour les armées. La modernisation de la composante nucléaire aéroportée figure parmi les priorités explicitement retenues par ce texte, aux côtés du renouvellement de la force océanique stratégique.

Pour la filière industrielle de défense française, la notification de ce contrat représente une étape structurante. MBDA, dont le siège est établi en France et qui emploie plusieurs milliers de salariés sur le territoire national, voit ainsi se consolider un carnet de commandes déjà significatif dans un contexte de remontée en puissance générale des budgets de défense en Europe. Le programme ASN4G mobilisera sur une longue durée des compétences en ingénierie de systèmes, en propulsion avancée et en intégration de charges spéciales, autant de domaines où la souveraineté industrielle revêt une dimension directement politique.

La dimension européenne du programme mérite également d’être soulignée. Si la décision nucléaire reste une prérogative exclusive du président de la République française, la réalisation concrète du vecteur repose sur un tissu industriel transnational. BAE Systems au Royaume-Uni et Leonardo en Italie participent à la structure actionnariale de MBDA et, partant, aux travaux de développement. Cette configuration rappelle que la souveraineté stratégique française s’appuie, sur le plan industriel, sur des coopérations européennes profondément enracinées.

Vers une dissuasion aéroportée crédible à l’horizon 2035

L’entrée en service de l’ASN4G est attendue à l’horizon 2035, une échéance qui coïncide avec la montée en puissance prévue du Rafale F5. D’ici là, l’ASMPA rénové continuera d’assurer la mission de dissuasion aéroportée, garantissant la permanence opérationnelle de cette composante dans le dispositif nucléaire français.

Pour les décideurs économiques et industriels, ce programme représente un signal fort quant à la trajectoire d’investissement public dans les technologies de défense avancées. La France maintient son engagement en faveur d’une dissuasion nucléaire autonome et crédible, ce qui implique des flux de commandes stables vers un écosystème industriel spécialisé, capable de tenir des délais technologiques particulièrement exigeants. Dans un environnement stratégique durablement dégradé, la modernisation des vecteurs nucléaires aéroportés s’impose désormais comme une constante budgétaire et industrielle de premier ordre pour les années à venir.

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