À l’occasion du 3e forum franco-italien, organisé le 3 mars 2026 à Rome dans le cadre du Traité du Quirinal, Adolfo Urso et Sébastien Martin ont appelé à un sursaut stratégique de l’Europe pour préserver son appareil productif. Dans une déclaration commune, Paris et Rome plaident pour une réorientation claire des politiques industrielles européennes autour de la compétitivité, de la protection du marché intérieur et du soutien aux secteurs clés.
Une ligne commune pour défendre l’industrie européenne
Face à une concurrence internationale accrue et à des tensions géopolitiques persistantes, les deux ministres ont insisté sur l’urgence d’un changement de cap. L’objectif est explicite : renforcer la capacité de production européenne tout en protégeant les filières stratégiques, notamment l’automobile et les industries à forte intensité énergétique.
Les deux pays appellent ainsi à une réforme ciblée du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), jugé insuffisant dans sa forme actuelle pour répondre aux enjeux de compétitivité. Ils plaident également pour un renforcement des instruments de défense commerciale afin de lutter contre les pratiques déloyales et la surcapacité industrielle mondiale.
Cette convergence franco-italienne s’inscrit dans une volonté plus large de structurer un leadership industriel en Europe, avec l’ambition d’y associer pleinement l’Allemagne afin de constituer un véritable moteur continental.
Vers une préférence industrielle européenne assumée
Parmi les propositions phares figure l’introduction de critères « Made in Europe » dans les dispositifs industriels européens, notamment au sein de l’Industrial Accelerator Act. Cette orientation vise à favoriser les capacités de production locales dans des secteurs jugés critiques : automobile, acier, aluminium, ciment ou encore technologies de pointe.
Dans cette logique, Paris et Rome souhaitent également renforcer les chaînes d’approvisionnement, en particulier pour les matières premières critiques indispensables aux semi-conducteurs, aux batteries ou encore aux technologies numériques et de défense. Une révision ciblée du Chips Act européen est ainsi évoquée pour consolider la souveraineté technologique du continent.
Les deux pays insistent également sur la nécessité d’un soutien financier massif, notamment à travers le futur Fonds européen pour la compétitivité et une meilleure coordination des projets industriels d’envergure (IPCEI), afin d’accompagner la transition énergétique et numérique.
Mieux réguler le marché intérieur face aux distorsions
Autre axe majeur : la régulation du marché intérieur, en particulier face à l’essor du commerce en ligne et à l’afflux de produits importés à bas coût. La France et l’Italie alertent sur la multiplication des colis de faible valeur, souvent non conformes aux normes européennes, qui fragilisent les filières industrielles locales et posent des enjeux de sécurité pour les consommateurs.
Dans ce contexte, la Commission européenne prévoit l’instauration d’un droit de douane forfaitaire de 3 euros sur les colis de moins de 150 euros à partir de juillet, une mesure soutenue par Paris et Rome.
Une coopération industrielle renforcée entre Paris et Rome
Au-delà des orientations politiques, le forum a mis en lumière la densité des coopérations industrielles franco-italiennes, notamment dans des secteurs stratégiques comme l’espace. Les ministres ont ainsi visité les installations de Thales Alenia Space, symbole des synergies industrielles entre les deux pays.
Cette coopération s’étend également au nucléaire, aux technologies avancées et à la recherche, illustrant une intégration croissante des écosystèmes industriels et d’innovation.
À travers cette déclaration commune, la France et l’Italie entendent peser davantage dans les orientations économiques européennes. Leur message est clair : face aux bouleversements industriels mondiaux, l’Europe doit accélérer sa transformation, affirmer sa souveraineté et défendre sans ambiguïté ses intérêts économiques.


