Stellantis : redressement en cours mais marges encore sous pression

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Stellantis a publié jeudi des résultats du deuxième trimestre 2026 en demi-teinte, avec un chiffre d’affaires en hausse de 13 % à 43,5 milliards d’euros mais un bénéfice opérationnel ajusté inférieur aux attentes des analystes. L’action du constructeur a chuté à la Bourse de Milan, illustrant les doutes persistants sur le rythme de la transformation du groupe.

Un redressement commercial réel, mais des marges décevantes pour Stellantis

Le quatrième constructeur automobile mondial a enregistré au deuxième trimestre 2026 un chiffre d’affaires de 43,5 milliards d’euros, en progression de 13 % sur un an, conformément au consensus des analystes établi à 43,4 milliards d’euros. Ce résultat commercial, porté en grande partie par un rebond de 32 % en Amérique du Nord, témoigne d’une dynamique de volumes retrouvée sous la direction d’Antonio Filosa, nommé directeur général fin 2024 après le départ précipité de Carlos Tavares.

Mais c’est sur la ligne du bénéfice opérationnel ajusté que le groupe a déçu les marchés. Avec 773 millions d’euros, ce résultat reste inférieur au consensus de 914 millions d’euros, malgré une multiplication par près de quatre par rapport à la même période de l’année précédente. La marge d’exploitation ajustée, à 1,8 %, est jugée « déconcertante » par les analystes de Citi, qui pointent un écart notable entre la vigueur du chiffre d’affaires et la faiblesse persistante de la rentabilité opérationnelle.

Plusieurs facteurs structurels expliquent cet écart. En Europe, le groupe a délibérément abaissé ses prix de vente et accru ses volumes sur des canaux à forte rotation pour contrer l’offensive commerciale des marques chinoises, au prix d’une stagnation du chiffre d’affaires régional. À cela s’ajoutent une hausse des coûts administratifs et de recherche et développement, des effets de change défavorables, ainsi que le poids croissant des droits de douane américains, estimés à entre 1 et 1,2 milliard d’euros pour l’ensemble de l’année 2026.

L’Amérique du Nord, locomotive provisoire d’un groupe en restructuration

La performance nord-américaine constitue le principal point d’appui du discours managérial d’Antonio Filosa. Le rebond de 32 % du chiffre d’affaires dans cette zone repose essentiellement sur la demande soutenue pour les pick-ups Ram et les SUV Jeep à plus forte valeur ajoutée, deux gammes que le directeur général a placées au cœur de sa stratégie de reconquête des parts de marché perdues sous la précédente direction.

Toutefois, des voix au sein de l’actionnariat relativisent l’ampleur de ce redressement. Fabio Caldato, gérant de fonds chez AcomeA Sgr, actionnaire du groupe, a souligné que cette progression reflète en partie un phénomène de stockage chez les concessionnaires plutôt qu’une demande finale pleinement consolidée. Il préconise un assainissement des stocks avant que Stellantis puisse véritablement engager une montée en gamme durable et pérenne.

Sur le plan des flux de trésorerie, le groupe affiche un redressement notable : les free cash flow industriels sont redevenus positifs au deuxième trimestre, à hauteur d’un milliard d’euros, après une sortie nette de 1,9 milliard au trimestre précédent. Ce retournement est présenté par la direction comme un signal de stabilisation, même si les objectifs de free cash flow positifs en régime de croisière ne sont attendus qu’en 2027.

La Bourse a tranché avec sévérité : l’action Stellantis a cédé jusqu’à 8 % en début de séance à Milan avant de limiter ses pertes à 5,62 %, revenant sous la barre des 5 euros. Ce mouvement reflète une impatience des investisseurs face à un calendrier de redressement que la direction elle-même situe dans la durée.

Un plan stratégique à 60 milliards d’euros dont les effets restent à venir

Présenté en mai dernier, le plan stratégique de Stellantis prévoit un engagement de 60 milliards d’euros et le lancement de 60 nouveaux modèles d’ici 2030. Antonio Filosa a réaffirmé jeudi la validité de cette trajectoire tout en prenant soin de modérer les attentes à court terme. « Nous avons besoin de temps, ce ne sont pas des défis que l’on règle en une nuit », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse, insistant sur la bonne exécution du plan et sur la nécessité d’une progression méthodique.

Le groupe confirme ses objectifs pour 2026 : une croissance du chiffre d’affaires dans le milieu d’une fourchette à un chiffre, une marge opérationnelle dans le bas de cette même fourchette, et une amélioration des free cash flow industriels, attendus positifs en 2027. Ces prévisions s’inscrivent dans un contexte sectoriel difficile, qui n’épargne pas les concurrents directs de Stellantis : Volkswagen et BMW ont également publié des résultats trimestriels en deçà des attentes, pénalisés par les mêmes vents contraires — concurrence chinoise, droits de douane et inflation des coûts. Seul Renault se distingue positivement, avec des résultats semestriels supérieurs au consensus.

La direction a par ailleurs averti que la répartition des résultats du second semestre serait déséquilibrée, avec une concentration attendue sur le quatrième trimestre en raison d’un arrêt de production programmé durant la période estivale. Pour Stellantis, issu de la fusion entre PSA et FCA, la question centrale reste celle du rythme : regagner des volumes, restaurer les marges et convaincre les marchés que la transformation industrielle engagée est à la fois crédible et suffisamment rapide pour faire face aux mutations profondes du secteur automobile mondial.

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