Face à l’accumulation des crises sanitaires, économiques et structurelles, le Gouvernement affiche une volonté de reprise en main du dossier agricole. Dans une lettre adressée aux organisations professionnelles et à l’issue d’une conférence de presse, l’exécutif dévoile un ensemble de onze mesures représentant un engagement financier de 300 millions d’euros, avec un objectif affiché : protéger les exploitations, restaurer la compétitivité des filières et préparer l’avenir de la souveraineté alimentaire française.
Dermatose nodulaire contagieuse : contenir la crise et adapter le protocole sanitaire
La lutte contre la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) constitue l’un des axes centraux de ce plan. Selon le Gouvernement, 87 % des bovins situés dans les départements concernés ont été vaccinés en l’espace de trois semaines, et aucun nouveau foyer n’a été détecté depuis plusieurs jours.
Une mission scientifique a été confiée au CIRAD afin d’évaluer les conditions dans lesquelles le protocole sanitaire pourrait évoluer en cas d’immunité collective avérée sur un territoire donné. En parallèle, l’État mobilise l’ensemble des leviers disponibles pour accélérer le développement d’un test de dépistage fiable permettant d’identifier les porteurs asymptomatiques.
Les indemnisations destinées aux exploitations touchées sont engagées afin de préserver leur trésorerie. L’exécutif annonce par ailleurs que ces indemnisations seront exonérées de cotisations sociales et de fiscalité dès 2026, avec un effet rétroactif au 1er janvier, sous réserve de l’adoption du budget. Les aides exceptionnelles accordées aux acteurs pénalisés par le blocage des bovins seront doublées pour atteindre 22 millions d’euros.
Revenu agricole : PAC sécurisée et suspension du MACF sur les engrais
Le Gouvernement affirme qu’« il ne manquera pas un centime » au budget de la future Politique agricole commune par rapport à la programmation précédente. La France défend une PAC prenant en compte l’inflation, refusant toute renationalisation et maintenant le soutien aux territoires ultramarins via le POSEI.
Sur le front des charges, Paris annonce avoir obtenu de la Commission européenne la suspension de l’application du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) sur les engrais. Cette mesure, rétroactive au 1er janvier 2026, vise à éviter une hausse des coûts de production et à préserver la compétitivité des exploitations agricoles.
Mettre fin aux distorsions de concurrence sur les produits phytosanitaires
Un arrêté pris le 7 janvier interdit l’importation de denrées contenant des résidus de cinq substances prohibées en Europe. Trois d’entre elles ont déjà été validées par Bruxelles, ouvrant la voie à une extension de la mesure à l’échelle européenne. D’autres arrêtés sont annoncés afin de garantir une concurrence loyale et une protection accrue des consommateurs.
Une brigade spéciale pérenne sera par ailleurs chargée de renforcer les contrôles sur les produits importés, notamment dans les ports et les aéroports.
Viticulture et grandes cultures : aides ciblées et restructurations accompagnées
Le plan viticulture présenté lors du SITEVI sera intégralement déployé si le budget 2026 est adopté. Concernant l’arrachage, une enveloppe de 130 millions d’euros sera engagée rapidement via le conseil spécialisé de FranceAgriMer, permettant aux vignerons de déposer leurs dossiers sans délai. La France a également sollicité l’activation de la réserve de crise européenne.
Pour les grandes cultures, des aides d’urgence de 40 millions d’euros sont prévues afin de soutenir les exploitations les plus fragilisées, là encore sous réserve de l’adoption du budget.
Loup, eau, fiscalité : desserrer les contraintes structurelles
Le reclassement du loup dans le cadre de la Convention de Berne doit, selon le Gouvernement, produire des effets concrets. Le plafond de tirs autorisés passera de 19 % à 21 %, permettant le prélèvement d’une vingtaine de loups supplémentaires, avec des conditions d’accès au tir simplifiées pour mieux protéger les troupeaux.
Sur la gestion de l’eau, le fonds hydraulique de l’État sera triplé pour atteindre 60 millions d’euros. Les projets bloqués seront réexaminés au niveau national, tandis que les règles du contentieux seront simplifiées afin de réduire le risque juridique pesant sur les porteurs de projets.
Enfin, l’exécutif confirme la poursuite du choc fiscal engagé en faveur des agriculteurs, la mise en œuvre de la réforme des « 25 meilleures années » pour les retraites, et le lancement d’une mission d’inspection sur la hausse des charges filière par filière. Objectif affiché : alléger durablement les contraintes pesant sur le monde agricole et reconstruire une souveraineté alimentaire et sanitaire à horizon de dix ans.
