Le groupe CARMAT a annoncé, mardi 6 janvier 2026 en fin de séance, sa liquidation judiciaire ainsi que son retrait prochain de la cote d’Euronext Growth. Cette décision marque l’aboutissement d’un long processus de fragilisation financière pour l’un des acteurs les plus emblématiques de la medtech française, tout en entérinant une séparation nette entre l’échec boursier et la poursuite de l’activité industrielle.
Placée en redressement judiciaire le 1er juillet 2025 par le Tribunal des activités économiques de Versailles, CARMAT SA n’a pas réussi à restaurer une trajectoire financière viable. Le tribunal avait toutefois validé, le 1er décembre 2025, un plan de cession des actifs et des activités au profit d’une nouvelle structure, CARMAT SAS, créée spécifiquement pour reprendre l’exploitation du cœur artificiel total développé par l’entreprise.
Une liquidation juridique, mais une continuité technologique
Le jugement rendu le 6 janvier 2026 acte la liquidation de CARMAT SA, l’entité cotée. Dans les prochains jours, le liquidateur judiciaire demandera officiellement la radiation des actions auprès d’Euronext Growth. La cotation, déjà suspendue, ne reprendra pas.
Ce point est essentiel : la liquidation concerne uniquement la société cotée et son passif financier. Les activités industrielles et médicales se poursuivent, désormais portées par CARMAT SAS, qui opère hors marché boursier. Le cœur artificiel total Aeson, présenté comme l’un des dispositifs les plus avancés au monde pour les patients atteints d’insuffisance cardiaque biventriculaire terminale, continue donc d’exister sur le plan clinique et technologique.
Actionnaires et créanciers lourdement impactés
Dans son communiqué, la société ne laisse planer aucune ambiguïté sur les conséquences financières de cette liquidation. Les actionnaires de CARMAT SA subiront une perte totale de leur investissement. Pour les créanciers, la situation est à peine moins sévère : au regard du niveau du passif et des conditions de la reprise, une perte très significative, pouvant aller jusqu’à 100 %, est jugée hautement probable.
Ce dénouement illustre une nouvelle fois la fragilité structurelle de certaines entreprises de biotechnologies et de dispositifs médicaux cotées, confrontées à des cycles de développement longs, coûteux et dépendants d’autorisations réglementaires complexes, dans un contexte de financement de plus en plus contraint.
Un symbole des limites du financement boursier de la deeptech médicale
Au-delà du cas CARMAT, cette liquidation interroge plus largement la capacité du marché boursier à accompagner durablement des projets industriels de rupture dans le domaine médical. Malgré une reconnaissance scientifique internationale et un fort soutien institutionnel à ses débuts, l’entreprise n’est jamais parvenue à stabiliser son modèle économique à court et moyen terme.
La poursuite de l’activité sous une structure non cotée marque peut-être un retour à une logique plus industrielle et partenariale, moins exposée aux exigences immédiates des marchés financiers. Mais pour les investisseurs historiques, cette page se referme brutalement.
La disparition de CARMAT SA de la cote n’efface ni l’ambition initiale du projet ni les avancées technologiques réalisées. Elle rappelle en revanche, avec une brutalité rare, que l’innovation médicale de pointe reste l’un des terrains les plus risqués du capitalisme contemporain.
