Vers une économie humano-centrée : la relève du soin plutôt que celle de l’industrie

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Pierre Veltz signe un essai qui déplace le débat économique : et si les emplois de demain n’étaient plus dans l’usine, mais dans le soin, la formation et l’écologie ?

Il faut rompre avec une illusion : l’industrie traditionnelle ne créera plus beaucoup d’emplois.

Un essai qui interroge le modèle économique français

Ingénieur, sociologue et économiste né en 1945, Pierre Veltz n’en est pas à son premier essai sur les mutations du travail et des territoires. Avec Vers une économie humano-centrée, publié aux éditions de l’Aube, il propose un diagnostic tranché : la course à la réindustrialisation, aussi légitime soit-elle pour préserver la souveraineté technologique, ne suffira pas à résoudre la question de l’emploi. Selon lui, une autre économie est déjà à l’œuvre, silencieuse et sous-reconnue, centrée non plus sur la production de biens mais sur le corps, les émotions, les capacités et les milieux de vie des individus.

Le soin, la formation et l’écologie comme nouveaux gisements d’emploi

La thèse centrale de l’ouvrage tient en une bascule : ce que l’on considère encore comme des charges — santé, éducation, culture, transition écologique — constitue en réalité le cœur de la création de valeur de demain. Veltz documente comment ces métiers du lien et du soin, aujourd’hui précarisés et mal rémunérés, portent pourtant l’essentiel de la croissance de l’emploi en France depuis plusieurs décennies. L’auteur ne se contente pas d’un constat statistique : il interroge les raisons structurelles de cette dévalorisation, entre héritage industriel, logiques comptables de réduction des coûts et représentations culturelles qui associent encore la richesse à la production matérielle.

Refonder une classe moyenne autour des besoins essentiels

Le sous-titre de l’essai, Refonder une classe moyenne autour des besoins essentiels, résume l’ambition politique du livre. Pour Veltz, revaloriser les métiers du soin et de la formation n’est pas seulement une question de justice sociale envers des professions largement féminisées et sous-payées. C’est aussi, écrit-il, le signe d’un changement de cap civilisationnel : sortir d’une économie qui mesure la valeur à l’aune de la production industrielle pour entrer dans une économie qui place les besoins humains fondamentaux au centre de ses priorités. Cette refondation suppose des choix budgétaires et fiscaux assumés, que l’auteur esquisse sans toujours les détailler jusqu’au bout.

Une critique de l’illusion technologique

Sans renier l’importance de rester dans la course technologique mondiale — condition, selon lui, pour ne pas être vassalisé économiquement —, Veltz refuse d’en faire l’alpha et l’oméga de la politique économique. Ce distinguo est l’un des apports les plus stimulants du livre : il permet de sortir du faux dilemme entre high-tech et décroissance, pour poser une question plus fine, celle de la répartition des efforts collectifs entre innovation technologique et investissement humain. Le lecteur familier des débats sur la réindustrialisation retrouvera ici un contrepoint utile aux discours dominants sur la souveraineté industrielle.

Les limites d’un format court

Le format bref de la collection l’Aube, précieux pour la clarté et l’accessibilité de l’argumentaire, montre aussi ses limites. Certaines pistes de financement de cette économie du soin — fiscalité, statut des travailleurs, articulation avec les finances publiques déjà tendues — sont davantage esquissées que démontrées. On regrette également que la comparaison internationale reste discrète, alors que plusieurs pays européens expérimentent déjà des politiques de revalorisation salariale dans ces secteurs.

Notre avis sur ce livre engagé

Reste un essai utile et bien construit, qui a le mérite de déplacer le débat économique loin des sentiers battus. Plutôt que d’opposer réindustrialisation et services, Veltz invite à penser une économie où le soin aux personnes devient un moteur de prospérité à part entière. Un texte à mettre entre les mains de quiconque s’intéresse à l’avenir du travail et à la refondation des classes moyennes.

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