Le géant taïwanais de l’électronique Foxconn a enregistré au deuxième trimestre 2025 une hausse de son chiffre d’affaires de près de 40 % en glissement annuel, dépassant les attentes des analystes. La dynamique est portée par une demande soutenue en infrastructures d’intelligence artificielle, dont le groupe est devenu un acteur central à l’échelle mondiale.
Une croissance trimestrielle tirée par l’IA
Foxconn, officiellement dénommée Hon Hai Precision Industry, a publié dimanche des résultats qui confirment l’accélération de sa transformation vers les infrastructures numériques avancées. Au cours du deuxième trimestre, d’avril à juin, le premier sous-traitant mondial de l’électronique a réalisé un chiffre d’affaires de 2 513 milliards de nouveaux dollars taïwanais, soit environ 78,71 milliards de dollars américains, en progression de 39,8 % par rapport à la même période de l’année précédente.
Ce résultat dépasse l’estimation de référence établie par LSEG SmartEstimate, fixée à 2 372 milliards de nouveaux dollars taïwanais. Cet écart positif illustre la capacité du groupe à surperformer les projections des analystes dans un contexte de montée en puissance rapide des besoins en calcul intensif liés à l’intelligence artificielle.
La division dédiée aux produits cloud et de réseau constitue le principal moteur de cette progression. Foxconn est aujourd’hui le premier fabricant mondial de serveurs pour le concepteur de puces Nvidia, dont les processeurs graphiques sont devenus un standard incontournable pour l’entraînement et l’inférence des modèles d’intelligence artificielle. Cette position de partenaire industriel privilégié place le groupe taïwanais au cœur de la chaîne de valeur mondiale de l’IA.
Parallèlement, la division d’électronique grand public intelligente, qui regroupe notamment l’assemblage des iPhone pour Apple — dont Foxconn est le principal fournisseur mondial —, a également enregistré une croissance qualifiée de « significative » par la direction. Cette double dynamique, sur les marchés professionnels comme grand public, confère au groupe une résilience sectorielle notable.
Un mois de juin historique, des perspectives orientées à la hausse pour l’IA
Le mois de juin s’est révélé particulièrement remarquable. Le chiffre d’affaires mensuel a atteint 821,8 milliards de nouveaux dollars taïwanais, en progression de 52,1 % en glissement annuel. Il s’agit du niveau le plus élevé jamais enregistré pour un mois de juin dans l’histoire du groupe, témoignant d’une accélération sensible de la demande en fin de trimestre.
Pour le troisième trimestre en cours, Foxconn anticipe une poursuite de la croissance, tant en séquentiel qu’en glissement annuel. Le groupe souligne notamment que les racks d’intelligence artificielle — ces ensembles intégrés de serveurs haute densité destinés aux centres de calcul — maintiennent leur tendance haussière. Cette orientation confirme que la demande en infrastructure physique pour l’IA ne montre aucun signe d’essoufflement à court terme, portée par les investissements massifs des hyperscalers américains et asiatiques.
Pour les décideurs européens, ce dynamisme soulève une question structurelle : le Vieux Continent reste largement absent de cette chaîne de valeur industrielle, aussi bien du côté de la conception des puces que de leur assemblage en volume. L’Europe ne dispose d’aucun équivalent de Foxconn, ni de fabricant de processeurs IA comparable à Nvidia. Les initiatives engagées dans le cadre du règlement européen sur les semi-conducteurs, l’European Chips Act, visent à corriger partiellement ce déséquilibre, mais leurs effets industriels concrets ne se feront pas sentir avant plusieurs années.
Des incertitudes géopolitiques qui pèsent sur les perspectives de l’IA
Malgré ces performances solides, Foxconn a introduit une note de prudence dans sa communication. Le groupe a explicitement mentionné la nécessité de surveiller « l’impact de la situation politique et économique mondiale instable », sans préciser les zones de tension visées. Cette formulation, volontairement générale, renvoie aux tensions commerciales persistantes entre les États-Unis et la Chine, aux incertitudes tarifaires liées aux politiques commerciales américaines, ainsi qu’au risque géopolitique entourant Taïwan elle-même.
Cette prudence est d’autant plus significative que Foxconn, dont les sites de production sont majoritairement implantés en Chine continentale, bien que le groupe diversifie activement vers l’Inde, le Mexique et d’autres territoires, demeure exposé à toute escalade des tensions commerciales sino-américaines. La question de la résilience des chaînes d’approvisionnement en composants électroniques stratégiques reste entière pour les industriels européens qui dépendent de ces flux.
Sur le plan boursier, l’action Foxconn affichait une progression limitée de 4,3 % depuis le début de l’année au moment de la publication des résultats, sous-performant nettement l’indice de référence taïwanais, qui avait progressé de 61,5 % sur la même période. Ce décalage reflète en partie les interrogations des investisseurs sur la capacité du groupe à traduire sa croissance opérationnelle en marges durablement améliorées, dans un secteur de la sous-traitance structurellement sous pression tarifaire.
Le groupe, qui ne communique pas de prévisions chiffrées officielles, devrait néanmoins bénéficier d’un contexte porteur au second semestre, à mesure que les commandes liées aux déploiements d’infrastructure d’intelligence artificielle continuent de progresser à l’échelle mondiale. La capacité de Foxconn à maintenir sa position de fournisseur de référence pour les acteurs technologiques dominants constituera le principal indicateur à surveiller dans les prochains mois.

