OHB lève 500 millions d’euros pour financer ses lanceurs spatiaux

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Le fabricant allemand de satellites OHB a annoncé lundi une augmentation de capital pouvant atteindre 510 millions d’euros, combinée à une cession partielle de titres par le fonds américain KKR, afin d’accélérer ses investissements dans les lanceurs spatiaux européens.

Une opération boursière de grande ampleur pour OHB spatial

Le groupe allemand OHB, basé à Brême, a annoncé lundi le lancement d’une augmentation de capital destinée à lever jusqu’à 510,7 millions d’euros, en émettant jusqu’à 1,7 million de nouvelles actions à un prix unitaire de 300 euros. L’opération intervient dans un contexte de forte appétence des marchés financiers pour le secteur spatial, illustrée mi-juin par l’introduction record de SpaceX à Wall Street. En se positionnant sur cette dynamique, l’entreprise familiale cherche à consolider sa valorisation boursière tout en dégageant les ressources nécessaires à une stratégie d’investissement industriel ambitieuse.

Simultanément, le fonds d’investissement américain KKR, deuxième actionnaire du groupe, procédera à la cession d’une partie de ses titres, portant sur jusqu’à 1,23 million d’actions. Cette sortie partielle ramènera la participation de KKR de 29 % à environ 20 % du capital. La famille Fuchs, actionnaire majoritaire, maintient quant à elle sa position à 60 %, ayant renoncé à souscrire aux nouvelles actions sans pour autant céder aucun titre. À l’issue de ces deux opérations, la part du capital d’OHB effectivement négociée en Bourse devrait passer de 5,7 % à 19,2 %, en cas d’exercice de l’option de surallocation, marquant une ouverture significative aux investisseurs de marché.

Sur le plan boursier, l’annonce a pesé sur le titre en séance, qui reculait de 2,84 % à 394 euros vers 08h45 GMT le jour de l’annonce, après avoir atteint un sommet de 685 euros en mai dernier. Ce repli reflète l’effet mécanique de dilution associé à toute émission d’actions nouvelles, sans remettre en cause la trajectoire haussière enregistrée ces derniers mois.

Les lanceurs spatiaux, axe stratégique de la croissance du groupe

L’affectation des fonds levés révèle la priorité absolue accordée par OHB à l’industrialisation de sa chaîne de production, et en particulier au développement de ses capacités dans les lanceurs spatiaux. Le groupe indique vouloir permettre une forte croissance en poursuivant l’industrialisation grâce à des investissements significatifs dans ses outils de production. Cet objectif renvoie directement à RFA, acronyme de Rocket Factory Augsburg, start-up détenue majoritairement par OHB et engagée depuis 2018 dans la conception d’une fusée dédiée à la mise en orbite de petits satellites.

Le vol inaugural de ce lanceur, plusieurs fois repoussé, reste officiellement prévu pour l’année en cours. RFA évolue dans un segment de marché particulièrement disputé à l’échelle européenne, où elle se mesure notamment à l’allemand Isar Aerospace ainsi qu’à des concurrents français et espagnols positionnés eux aussi sur le créneau des micro et mini-lanceurs. La conquête de ce marché revêt une dimension stratégique pour l’Europe, qui cherche à réduire sa dépendance aux opérateurs extra-européens pour l’accès autonome à l’espace.

La montée en puissance d’OHB sur le segment des lanceurs s’inscrit dans une trajectoire plus large de réorientation de l’industrie spatiale européenne. Historiquement reconnu pour la fabrication de petits satellites civils destinés aux programmes institutionnels de l’Union européenne, notamment Galileo — le système de navigation par satellite européen concurrent du GPS américain — et Copernicus, dédié à l’observation de la Terre, OHB entend désormais élargir son périmètre vers des activités à plus forte valeur ajoutée et à fort potentiel commercial.

Le spatial européen, enjeu de souveraineté dans un contexte de réarmement

L’opération financière d’OHB s’inscrit dans un environnement macroéconomique et géopolitique profondément reconfiguré depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine en février 2022. L’espace figure désormais parmi les axes prioritaires de la hausse des budgets de défense en Europe, à mesure que les États membres de l’OTAN et de l’Union européenne prennent conscience des vulnérabilités de leurs infrastructures orbitales dans un contexte de compétition stratégique accrue.

Les satellites de reconnaissance, de communication sécurisée et de navigation constituent des actifs militaires critiques dont la maîtrise industrielle conditionne l’autonomie stratégique des nations européennes. Dans ce cadre, la capacité à lancer des charges utiles de manière indépendante, sans recourir à des opérateurs américains ou russes, est devenue un impératif politique autant qu’industriel. Les gouvernements européens, dont l’allemand et le français, multiplient les appels à renforcer la base industrielle spatiale du continent.

OHB se trouve ainsi dans une position favorable : héritier d’une expertise reconnue dans les satellites institutionnels, il bénéficie de contrats publics structurants tout en cherchant à capitaliser sur la dynamique privée qui transforme le secteur spatial mondial depuis plusieurs années. L’afflux de capitaux privés vers les entreprises du New Space, dont l’entrée en Bourse de SpaceX constitue l’illustration la plus spectaculaire, offre une fenêtre d’opportunité que le groupe brêmois entend saisir pour financer sa montée en gamme industrielle.

Pour les décideurs économiques européens, l’augmentation de capital d’OHB rappelle que la souveraineté spatiale du continent ne se construira pas sans investissements privés massifs, en complément des financements publics portés par l’Agence spatiale européenne et les États membres. La compétition entre acteurs allemands, français et espagnols sur le marché des micro-lanceurs dessine en creux les contours d’une filière européenne encore fragmentée, dont l’intégration constitue l’un des défis industriels majeurs de la décennie.

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